Les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence ont débuté hier et réunissent pendant 3 jours plusieurs personnalités du monde de l’entreprise, mais aussi de la politique. Patrick Martin, président du Medef, était l’invité de la matinale de Radio Classique ce vendredi, en direct d’Aix-en-Provence. Il est revenu sur les mesures proposées par l’organisation patronale pour réduire le déficit des finances publiques, et insiste sur la nécessité de faire des économies.
Le Medef a proposé un plan pour faire 100 milliards d’euros d’économies dans les finances publiques. N’est-ce pas une révolution culturelle que cette organisation s’intéresse aux finances publiques ? Avant, vous n’évoquiez que la baisse des charges sociales, les impôts sur les sociétés et la flexibilité de l’emploi. Aujourd’hui, vous avez une vision globale du budget de l’État ?
PATRICK MARTIN : Quand on est dans un pays avec 44 % de prélèvements obligatoires et 57 % de dépenses publiques, on ne peut pas ne pas s’intéresser aux finances publiques, surtout dans l’état de délabrement dans lequel elles se trouvent.
On s’est toujours intéressé à ce sujet, mais on n’était pas à 116 % d’endettement public, à plus de 5 % de déficit, et on n’avait pas des créanciers qui nous regardaient de manière suspicieuse, sachant que la dette française est majoritairement détenue par des étrangers. C’est donc dans l’ordre des choses qu’on s’intéresse à ce sujet.
Vous proposez 100 milliards d’euros d’économies, où allez-vous les trouver ?
P.M. : On les trouve de manière assez évidente. D’abord sur les coûts de fonctionnement de la fonction publique.
Patrick Martin : « On ne supprime pas des emplois, on ne renouvelle seulement pas certains postes »
L’Etat continue à créer des emplois alors qu’on sait qu’il y a bien plus de fonctionnaires en France, en proportion de la population, que partout ailleurs. Au moment même où l’intelligence artificielle permet des gains de productivité, et où la démographie fait qu’un certain nombre de fonctionnaires partent et pourraient ne pas être remplacés.
J’insiste dessus : on ne supprime pas des emplois, on ne renouvelle seulement pas certains postes. C’est ce qu’on fait dans les entreprises. L’État, les services de santé et les collectivités locales sont au bout du rouleau financièrement et s’ils augmentent encore les impôts, c’est un très mauvais calcul.
Que répondez-vous aux Français qui réclament plus de services publics et plus de fonctionnaires dans la santé, la grande dépendance, la petite enfance et la sécurité ?
P.M. : Je leur réponds qu’ils ont bien raison, car les emplois dont on parle sont des emplois de back-office, l’administration de l’administration. Les fonctionnaires de première ligne, dont on a absolument besoin, se plaignent eux-mêmes d’être enfermés dans des procédures et des contrôles sans fin, je pense entre autres aux ARS [Agence régionale de santé].
« Il y a un vrai problème de responsabilité et d’organisation » de l’Etat selon Patrick Martin
Il faut mieux payer ces gens précieux qui assurent un réel service public dans tous les secteurs que vous avez cités, afin d’attirer des profils encore meilleurs. Il faut faire du qualitatif et arrêter le quantitatif.
Avez-vous une méthode pour que l’Etat fasse des économies ?
P.M. : Il y a un vrai problème de responsabilité, d’autorité et d’organisation. Les responsabilités sont beaucoup trop diluées. A la fin, on ne sait plus qui est responsable de quoi, ce qui n’incite pas au courage.
« Nos régimes sociaux menacent de s’écrouler » alerte Patrick Martin
Il faut absolument et très rapidement faire des économies, mais celles-ci n’affecteront pas la base productive du pays. Il faut passer par là pour ensuite rebondir. Personne n’est dupe, nos concitoyens savent que nos régimes sociaux menacent de s’écrouler. Il faut assainir tout ça pour que le pays rebondisse le plus vite possible et réponde à l’attente prioritaire des Français : le pouvoir d’achat.
Le pouvoir d’achat pourrait être rogné du côté des retraités : vous proposez de ne plus indexer les pensions des retraités les plus aisés. Qu’est-ce qui le justifie ?
P.M. : Ce qu’on propose surtout, c’est de consolider les régimes de retraite. Je suis toujours surpris que beaucoup de nos concitoyens pensent cotiser pour eux-mêmes, alors qu’ils cotisent en réalité pour des gens qui sont déjà à la retraite.
Progressivement, ceux qui travaillent se rendent compte que le jour venu, ils n’auront pas les mêmes retraites que celles qu’ils financent aujourd’hui. C’est la principale dépense publique, on est décroché par rapport aux autres pays, et ça dérive d’année en année. On doit rétablir durablement les régimes de retraite, sans quoi ils s’effondreront, c’est une responsabilité vis-à-vis de la population et des salariés.
La retraite est au centre des préoccupations sur les dépenses publiques
En France, c’est une singularité, les retraités ont un niveau de vie comparable, parfois légèrement supérieur, à celui des actifs. Dans ce système par répartition, on charge de plus en plus les entreprises et les actifs : on scie la branche sur laquelle on est assis. Nous proposons donc, pour les retraités les plus aisés, une contribution à l’effort collectif.
Vous ne proposez pas d’augmenter les impôts. Certains disent qu’on sera obligé d’augmenter les impôts. Que leur répondez-vous ?
P.M. : Ce serait une ânerie. Si on payait beaucoup d’impôts avec une performance économique remarquable et des services publics qui fonctionnent, pourquoi pas.
Mais il se trouve que c’est la double peine : on paye beaucoup d’impôts, on a beaucoup de déficits, des services publics qui se dégradent et une performance économique médiocre. C’est donc simplement du bon sens que de s’interroger et de proposer des solutions pour que la France atteigne les performances dont elle est capable.
En matière d’économies budgétaires, Javier Milei, le président argentin, y arrive : il a fait 27 % d’économies budgétaires en 2024. Avez-vous songé à l’inviter à la rencontre des entrepreneurs de France fin août ?
P.M. : On l’a invité. Notre ligne, c’est d’inviter des dirigeants élus démocratiquement qui ne portent pas atteinte aux libertés fondamentales. On a également invité la présidente socialiste du Mexique, ainsi qu’Ursula von der Leyen.
L’Argentine est un exemple dont l’Etat français doit apprendre les leçons
Ce sont des profils très différents, mais tous démocratiquement désignés et respectueux des libertés publiques. On n’avait pas invité M. Orbán, encore moins M. Maduro.
Les méthodes de Javier Milei vous paraissent-elles intéressantes ?
P.M. : Elles sont en tout cas efficaces, à en juger par l’évolution de l’activité et des finances publiques en Argentine. Et ses scores électoraux plaident en sa faveur.
L’histoire de l’Argentine est un bon indicateur : le pays était à une époque l’un des plus prospères du monde, et il s’est effondré parce qu’il n’a pas été tenu, parce que ses finances publiques ont dérivé. Je ne dis pas que ça arrivera immanquablement à la France, mais ça devrait être un signal d’alarme.
La rencontre des entreprises de France en août est placée sous le signe du courage. Quel est, selon vous, l’homme politique le plus courageux dans cette pré-campagne présidentielle ?
P.M. : A dix mois de la présidentielle, c’est normal que le paysage ne soit pas totalement décanté et que les candidats n’aient pas encore posé toutes leurs propositions. Ce qui nous intéressera, et c’est à cela qu’on verra qui est courageux, c’est qui livrera un diagnostic lucide, en arrêtant d’enfumer les Français avec la taxe Zucman, des surcroîts de taxation et l’occultation des vrais problèmes sur les retraites et la santé, et qui proposera en regard des solutions concrètes pour remobiliser le pays, et singulièrement sa jeunesse.
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La Confédération des PME s’est rebaptisée « Les Entrepreneurs ». Est-ce un défi lancé au Medef ? Viennent-ils chasser sur vos plates-bandes ?
P.M. : Je suis pour l’unité patronale, et au regard des circonstances qu’on vient d’évoquer, ce ne sont pas des rivalités d’appareil ni de personnes qui nous feront avancer. Il faut être solidaires, et je ne veux que du bien à mes confrères.
Les jeunes sont la priorité du Medef
Vous allez publier à la rentrée un livre sur les jeunes. Si vous n’aviez qu’une seule mesure à faire adopter par les candidats à la présidentielle pour encourager le travail des jeunes, laquelle choisiriez-vous ?
P.M. : C’est la priorité absolue pour le Medef, et elle devrait l’être pour le pays : c’est un scandale national insuffisamment pris en compte. Il faut faire ce que font d’autres pays, je pense à la Suisse en particulier.
Il y a 22 % de chômage des jeunes en France, dont beaucoup de diplômés du supérieur, contre 3,2 % en Suisse. C’est sept fois moins, parce que 70 % de chaque classe d’âge en Suisse passe par l’apprentissage. Or, on est en train de rogner le système français d’apprentissage, alors qu’on venait enfin d’enregistrer un succès. Il faut aller à fond sur l’apprentissage, à tous les niveaux d’études et dans toutes les tailles d’entreprises, c’est un espoir pour les jeunes, qui accèdent bien plus facilement à l’emploi par cette voie.
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