Dans plusieurs villages de Franche-Comté jusqu’à la fin du mois une nouvelle production inspirée de l’opéra Carmen pose la question « C’est quoi l’amour ? » et se débarrasse de la notion de « crime passionnel » pour mieux dénoncer le féminicide dont est victime l’héroïne de Georges Bizet.
Ce Carmen revu et corrigé à la sauce #MeToo se présente comme un « Opéra Promenade ». Le concept : chaque acte est joué dans un lieu différent d’un village, les quelque 300 spectateurs se déplaçant avec leur tabouret pliant d’un endroit à l’autre aux côtés des solistes, des choristes et des musiciens, loin de l’ambiance compassée des grandes salles internationales.
Le spectacle, qui se produit jusqu’au 28 août dans huit villages de la région, est une version très originale de l’opéra de Georges Bizet. Baptisé Carmen, oiseaux rebelles, il est accompagné par un orchestre de percussions clavier (xylophone, marimba, glockenspiel, vibraphone…), qui respecte la mélodie originale mais lui donne une saveur étonnamment moderne. « Le cliché de l’opéra qui est très cher et élitiste, malheureusement perdure, mais en réalité, voilà ce qu’on peut faire aujourd’hui », se félicite Marie Le Normand, qui interprète le rôle-titre.
Carmen n’est pas sacrifiée devant le public
Mais surtout, l’œuvre, qui s’achève par le meurtre de Carmen par son amant Don José, est fréquemment interrompue par des acteurs qui mettent en cause les préjugés machistes sous-tendant l’opéra de Georges Bizet, chanté pour la première fois en 1875.
Si Carmen, à la nuit tombée, est habillée d’un tailleur rouge vif, évoquant la couleur du sang, elle ne sera pas sacrifiée devant le public. « Il faut arrêter avec ces œuvres où on applaudissait la mort en disant que c’était une histoire d’amour », explique le metteur en scène, Olivier Letellier.
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A la place du finale habituel, le compositeur Didier Puntos a écrit un « bal de l’amour » qui enchante les spectateurs, invités à danser sur scène avec les chanteurs.
« Il ne fallait pas avoir peur de réécrire l’histoire », s’enchante Anna Pida, 66 ans, pour qui on n’a pas trahi Bizet. « Il est temps qu’on change la vision des choses », affirme cette retraitée de La Poste, venue avec son mari d’un village voisin.
L’opéra Promenade, qui existe depuis 20 ans en Franche-Comté, compte sur la population locale pour assurer les chœurs, mais aussi pour accueillir chaque soir entre 20 et 30 chanteurs, techniciens et musiciens d’un village à l’autre : faute d’hôtellerie, ces derniers sont hébergés chez l’habitant. Au total, en huit soirées, le spectacle devrait attirer entre 2.500 et 3.000 spectateurs, dont beaucoup n’ont jamais eu l’opportunité d’aller à l’opéra.
Philippe Gault (avec AFP)
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