L’idée du Medef de créer un dispositif pour lutter contre le chômage des jeunes, permettant une rupture sans motif lors des premières années, a déjà mis le feu aux poudres avant d’être rapidement écartée par le gouvernement. Invité de la matinale de Radio Classique, Gilbert Cette, professeur de politique économique à NEOMA Business School et co-auteur de Sauver la démocratie sociale (Calmann-Lévy), a exprimé ses doutes quant à l’efficacité d’une telle mesure, et appelle à prendre la proposition de l’organisation patronale « avec prudence ».
« La démocratie sociale s’est dévitalisée sur les 10-15 dernières années », observe Gilbert Cette. Autrefois génératrice de normes collectives, la France peine aujourd’hui à retrouver la dynamique du compromis « gagnant-gagnant » entre travailleurs et entreprises. Le nombre et la portée des accords nationaux interprofessionnels signés par les partenaires sociaux se sont réduits, tout comme l’ambition de ceux conclus dans les branches et les entreprises. « Cette dévitalisation fait tache quand on se compare à d’autres pays », souligne-t-il.
Interrogé sur les maux des syndicats français, trois phénomènes sont pointés : la radicalisation, la politisation et le recours fréquent à la grève. « La grève est un droit fondamental, personne ne souhaite le remettre en cause », précise-t-il. Mais il constate que la France compte huit syndicats ayant au moins 5 % des voix aux élections professionnelles, un record dans l’OCDE. Cette pluralité « pousse à la radicalisation du discours », car « les petits syndicats veulent se faire entendre » et adoptent des positions très contestataires, faute de pouvoir peser dans la négociation. Résultat : la recherche du compromis s’efface derrière la logique d’opposition. Pour Gilbert Cette, cette posture traduit un désengagement des syndicats vis-à-vis de leur mission première : la négociation.
Le pari risqué du Medef, d’un dialogue social à une méfiance généralisée
L’exemple de la proposition du Medef d’un « CDI jeunes », contrat pouvant être rompu sans motif lors des premières années, révèle la crispation du dialogue social à la française. L’invité de David Abiker reconnaît la difficulté d’insertion professionnelle des jeunes en France, où le taux d’emploi reste faible, et salue l’efficacité, mais aussi le coût, de la réforme de l’apprentissage. Concernant la proposition du Medef, s’il admet que la mesure serait transitoire pour les jeunes, il appelle à la prudence : « Il faut proposer des choses qui marchent. Est-ce que cette proposition est basée sur des études qui montrent qu’à l’étranger, des dispositifs de ce type ont fonctionné ? […] Il ne faut pas fonctionner comme si la France était un petit village, ignorant ce qui se passe ailleurs. »
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Gilbert Cette revient également sur la réforme des retraites, qu’il estime victime d’une « politisation extrême » en France, contrairement à la plupart des pays européens. « En Italie, en Espagne, dans les pays nordiques, l’âge de départ est de 67 ans, voire 70 ans au Danemark à l’horizon 2040, sans opposition syndicale forte », rappelle-t-il. « En France, le débat a été vicié par une extrême politisation. Les partenaires sociaux y ont pris une place qu’ils n’auraient pas dû avoir, car il s’agissait d’un projet de loi relevant de l’Assemblée nationale. » Résultat : un accord national interprofessionnel signé en 2024, « vide de contenu », et un conclave qui a échoué à trouver une solution. « Les partenaires sociaux se sont montrés incapables d’aboutir sur une question aussi importante que les retraites. »
Daphnée Cataldo
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