Paris La Défense Arena racheté par Live Nation : « Nous voulons que les grands évènements ne soient pas seulement saisonniers »

Personne ne s’y attendait : la plus grande salle d’Europe, Paris La Défense Arena, va être rachetée par le géant mondial des concerts Live Nation. Son directeur général France Angelo Gopee était l’invité de la matinale éco de Radio Classique ce mercredi, il dévoile au micro de Stéphane Pedrazzi les coulisses de ce rachat organisé en toute discrétion.

Live Nation, leader mondial du spectacle vivant, va racheter Paris La Défense Arena. Pourquoi ce rachat ?

ANGELO GOPEE : C’est une opportunité. Nous sommes avant tout entrepreneurs, et on n’avait pas de salle en France depuis 16 ans. 99 % sont des salles municipales, territoriales ou régionales. Les deux seules salles qui n’étaient pas détenues par l’État ou une région, c’est la salle de Lyon, qui a été construite par Jean-Michel Aulas, et La Défense Arena qui a été pensée, imaginée, créée par Jacky Lorenzetti, ce merveilleux entrepreneur.

Live Nation est déjà propriétaire de plusieurs salles en Europe, à Lisbonne, à Bruxelles, à Amsterdam. C’est la première salle que vous achetez en France. Pourquoi avoir autant attendu pour entrer sur le marché français ?

A.G. : Notre rôle n’est pas d’opérer des salles qui appartiennent à l’État, parce que ce sont des Délégations de Service Public. Là, c’est une salle sur laquelle on va pouvoir entreprendre, imaginer, créer et se projeter sur les deux ou trois prochaines années, parce qu’on voit très bien que depuis quelques mois, voire 5 ans, la musique change, les tournées changent, les cycles de tournée changent, et il ne faut pas laisser passer une opportunité comme celle-ci.

Est-ce qu’il y a une volonté d’intégration verticale ? Est-ce que ce rachat est une façon pour vous de maîtriser davantage les coûts dans un contexte où le cachet des artistes, notamment internationaux, est de plus en plus élevé ?

A.G. : Pas du tout. C’est l’achat d’une salle. Il faut savoir aujourd’hui que les artistes décident de leur tournée et de leur salle par rapport à un site. S’ils veulent tourner dans un Arena, ils vont dans un Arena. Si c’est une tournée de stade, ils vont dans une tournée de stade. Nous, on achète la salle pour être gérant et producteur dans une salle et propriétaire d’une salle, et non pas forcer les artistes à venir à La Défense Arena. L’idée c’est de continuer à accueillir de plus en plus de producteurs d’événements, sportifs et non sportifs, et de créer un nouveau modèle de salle.

Angelo Gopee : « La démocratisation de la musique a permis l’émergence de nouveaux courants »

Paris La Défense Arena, c’est une salle colossale, plus de 40 000 places dans certaines configurations. C’est la moitié de la capacité du Stade de France. Beaucoup d’artistes remplissent potentiellement cette salle ?

A.G. : Il y a eu 38 à 40 concerts en 2025. C’est un travail assez fabuleux. Je pense qu’il y en aura encore cette année. Il y a un cycle de tournée qui est différent. Ce qu’on veut faire, c’est que des grands événements aujourd’hui ne soient pas seulement saisonniers. Ça ne peut pas être uniquement du mois de juin au mois de juillet, voire août ou mi-septembre. Là on va pouvoir accueillir des grands événements et des grandes tournées entre le 1er janvier et le 31 décembre.

La façon de consommer de la musique et de rémunérer les artistes a beaucoup évolué en l’espace d’une décennie. Aujourd’hui, le modèle économique tourne autour de la scène. Est-ce que la France s’est adaptée, à votre avis, suffisamment vite pour suivre cette évolution ?

A.G. : Les Zénith, qui ont été construits en France, sont les seules salles au monde qui appartiennent au gouvernement, aux régions et aux villes. Il faut savoir que dans d’autres pays, il y a encore des gymnases dans les villes de province et pas dans les capitales. Je pense qu’on a le réseau de salles, que ce soit les Zénith, les SMAC (Scènes de Musiques Actuelles) ou les petites salles, qui est unique au monde. Donc à ce niveau-là, c’est adapté. Maintenant, il y a un renouvellement qui s’est mis en place depuis une dizaine d’années, qui est dû à la consommation de la musique. L’accessibilité et la démocratisation à la musique a permis l’émergence de courants et de genres qui n’existaient pas avant. On a pu voir, en premier lieu, la K-pop qui a explosé. L’année dernière, l’artiste le plus écouté au monde est un Portoricain, il s’appelle Bad Bunny. Cette émergence de courants amène de plus en plus de gens à aller voir les concerts et c’est ce qui va être dynamique dans les prochaines années.

Les « hospitalités », ce sont des invitations à des concerts ou des événements sportifs que les entreprises adressent à leurs partenaires, à leurs prospects, à leurs clients. Comment se porte ce marché en France ? On dit souvent qu’il est très loin de ce qu’il est dans les pays anglo-saxons.

A.G. : Il est très loin parce qu’il y avait très peu de salles qui en avaient. Quand l’Accor Arena a reconstruit la salle, ils ont commencé à mettre des loges. Maintenant le Stade de France aussi a des loges. La Défense Arena en a, mais on est très loin des modèles anglo-saxons. Il y a des stades aux États-Unis où vous avez trois, voire quatre niveaux de loges. C’est un marché très intéressant parce que recevoir des clients, recevoir des prospects dans un cadre où on peut écouter un concert et discuter, c’est quelque chose qui se fait déjà dans le milieu sportif. On voit très bien que le rugby a de plus en plus du VIP, des salons et des loges.

« La Défense Arena va être le lieu pour tous les spectacles, que ce soit de la musique mais également du sport »

La Défense Arena est une salle relativement récente, elle a été inaugurée il y a un peu plus de 8 ans. Vous avez prévu d’y effectuer des travaux ? Est-ce que vous allez, par exemple, augmenter le nombre de loges ?

A.G. : On va réajuster les loges. On ne va pas casser la structure en place. On se rend compte aujourd’hui que pour faire un événement ou un grand concert à la Défense Arena, c’est un voire deux jours de préparation et un jour d’opérationnel. C’est-à-dire que dans une semaine, vous avez peut-être deux concerts voire trois maximum. Sur une année, ça ne fait pas beaucoup. On va essayer de construire un grill technique qui va nous permettre, comme c’est le cas aujourd’hui dans n’importe quelle salle en France, d’arriver le matin à 5h et de repartir le soir à 2h.

Et de proposer parfois des concerts différents plusieurs jours de suite. Ça veut dire que pour les spectateurs, vous allez augmenter considérablement l’offre grâce à cette salle ?

A.G. : Grâce à cet ajustement technique, on va pouvoir le faire. Ce qui est important, c’est qu’on voit très bien l’émergence des courants musicaux, que ce soit, la K-pop, le reggaeton, ou la C-pop, la Chinese pop. On note depuis cette année l’émergence de la I-pop, qui est la musique indienne. Il y a une émergence et des courants qui arrivent. Et encore une fois, la Défense Arena, ça va être aussi le lieu pour tous les spectacles, que ce soit de la musique mais également du sport.

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Certains de vos concurrents s’inquiètent. Est-ce que vous êtes confiant sur le fait d’obtenir l’accord des autorités de la concurrence pour ce rachat ?

A.G. : Je ne comprends pas l’inquiétude des concurrents. Aujourd’hui, nous sommes le plus gros client de l’Accor Arena qui est détenu par AEG, le plus gros client du Stade de France qui est détenu par GL Events. On a une volonté qui est entrepreneuriale. C’est un privé qui achète à un privé. Ce qui est le plus important, c’est l’ambition qu’on va avoir et surtout se dire que plus on aura de concerts à la Défense Arena, plus on aura de retombées économiques, plus on aura de TVA, plus on aura de taxes à payer, plus on aura d’emplois directs et indirects. Et ça, je pense que c’est le plus important.

 

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