« S’il n’y a pas de choc extérieur, la dette va continuer à augmenter » avertit François Ecalle

REVELLI-BEAUMONT NICOLO/SIPA

La tentative de compromis budgétaire a tourné court. Réunis en commission mixte paritaire, députés et sénateurs ont acté vendredi l’impossibilité de s’entendre sur le budget 2026, affirmant les profonds clivages politiques et une fragilité persistante des finances publiques. Invité de la matinale, François Ecalle, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes et auteur de Mécomptes publics (Odile Jacob), décrypte les grandes masses budgétaires et pointe les renoncements successifs qui éloignent la France d’un véritable redressement.

« Quand on dit le budget de la France, ça peut vouloir dire deux choses », indique François Ecalle. D’un côté, le budget de l’Etat stricto sensu, environ 550 milliards d’euros, incluant ses agences et organismes satellites. De l’autre, la vision retenue au niveau international, qui englobe l’Etat, la Sécurité sociale et les collectivités locales. « Là, on est sur des montants beaucoup plus importants », précise le conseiller maître honoraire à la Cour des comptes en désignant les 1 700 milliards d’euros de dépenses publiques, soit environ 55 % du PIB, pour des recettes avoisinant 1 500 milliards, principalement issues des impôts et des cotisations sociales. Résultat : un déficit public de 160 à 170 milliards d’euros.

Au sein du seul budget de l’Etat, certaines lignes pèsent lourd. « Le principal budget, c’est quand même l’Education nationale », avec près de 80 milliards d’euros par an. Autre charge devenue incontournable : le service de la dette. « Les intérêts de la dette de l’Etat, c’est aujourd’hui entre 50 et 60 milliards d’euros », un montant en forte progression ces dernières années. Les dépenses militaires atteignent également un niveau élevé, autour de 50 milliards d’euros, tandis que d’autres missions, telles que le travail, l’écologie, les politiques publiques diverses, connaissent des hausses plus diffuses.

Des économies évaporées

C’est sur le terrain des économies que le constat est le plus sévère. François Ecalle rappelle que le projet initial porté par l’ancien Premier ministre, François Bayrou, prévoyait 40 milliards d’euros d’économies, en grande partie concentrées sur les dépenses sociales. « Il y avait des très grosses économies qui étaient d’abord sur les retraites », explique-t-il, rappelant que celles-ci représentent à elles seules près de 400 milliards d’euros, soit environ un quart de la dépense publique totale.  Le projet de désindexation des pensions, susceptible de générer plusieurs milliards d’économie, a disparu, tout comme certaines mesures sur les dépenses de santé. « Il y a beaucoup de choses qui ont disparu depuis le projet initial », constate-t-il, laissant planer le doute sur la capacité réelle du pays à maîtriser ses finances.

Autre sujet sensible, celui des prélèvements pesants sur les entreprises. François Ecalle dénonce un débat souvent caricatural. « Quand on parle d’impôts sur les entreprises, […] on nous rétorque qu’il y a plein d’aides, des «cadeaux» ». Or, l’invité rappelle que la plupart de ces aides, comme les allègements de cotisations ou les dépenses fiscales, sont déjà intégrées dans les calculs officiels. Même après déduction de ces dispositifs, « la France est le deuxième ou troisième pays qui taxe le plus les entreprises », selon que l’on inclut ou non les aides directes, derrière la Suède et Chypre.

A lire aussi

 

Pour François Ecalle, le risque est désormais clair. Sans choc extérieur, la France ne se résoudra pas à l’effort. « S’il n’y a pas de choc extérieur, la dette va continuer à augmenter, bientôt on sera au niveau italien, on croisera après les Grecs », avertit-il, évoquant un rapprochement progressif avec les niveaux d’endettement italien, puis grec. Un scénario malheureusement classique : « La plupart des pays qui ont fait des efforts très importants de redressement de leur compte public l’ont fait sous une contrainte extérieure. »

Daphnée Cataldo

Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique