L’actualité politique est particulièrement dense, entre les débats nationaux sur le budget 2026 et les enjeux internationaux liés au Mercosur ou à la politique américaine. Invité de la matinale, Christian Saint-Étienne, économiste, membre du Cercle des économistes, livre une analyse sans concession sur la politique migratoire, le budget de l’État et la position de l’Europe face aux enjeux mondiaux.
Interrogé sur la politique migratoire française, Christian Saint-Étienne estime qu’il y a une nécessité à repenser la composition des flux migratoires. « On peut discuter indéfiniment des flux d’immigration, mais le plus intéressant, c’est la composition de l’immigration », explique-t-il. Selon lui, la France gagnerait à attirer des talents dans des secteurs stratégiques : « Si on était en mesure d’attirer 100 000 personnes travaillant dans les biotechs, le numérique, l’espace, la réindustrialisation, il faudrait les prendre. » Or, il déplore que « 40 % des personnes immigrées sont sans qualification et vont pour l’essentiel augmenter les statistiques du chômage ».
Il regrette une intégration insuffisante, estimant que « l’immigration actuelle tente d’imposer ses propres comportements » au lieu de « se mouler dans les habitudes françaises, comme c’était le cas dans le passé ». Il continue en expliquant que le manque d’intégration serait aussi dû à une croissance française trop faible, « seulement 1 % en moyenne depuis 20 ans ». Il appelle à « mettre en place des techniques et des mécanismes permettant de réguler la nature de l’immigration », plaidant pour une « immigration choisie » plutôt que « subie ».
Budget 2026, une hausse des dépenses publiques sous-estimée
Christian Saint-Étienne analyse ensuite l’adoption du budget 2026, marqué par le rejet des motions de censure et le recours au 49.3. Il reconnaît que « faire passer les 6 milliards de hausse du budget de la Défense était absolument clé », mais reste critique sur l’ensemble du texte, estimant que « ce n’est pas un bon budget ». Selon lui, contrairement à ce que laisse entendre le discours politique, « la dépense publique a augmenté de 80 milliards sur deux ans » et le déficit « ne baisse que marginalement ». Il précise : « On va passer de 1 670 milliards d’euros de dépenses en 2024 à 1 750 en 2026 », tandis que le déficit devrait passer de 170 à 160 milliards d’euros sur la même période. Pour l’économiste, « l’effort qui est nécessaire n’est pas fait » : la France reste à un niveau de dette élevé, alors que « tous les économistes s’accordent sur le fait que ce n’est pas tenable » et qu’il est impératif de « ramener le déficit autour de 2 % du PIB ».
L’économiste met en lumière une spécificité française : « Nous sommes aujourd’hui la seule démocratie dans laquelle une majorité d’électeurs vit d’argent public. » Il précise : « Sur 45 millions d’électeurs inscrits, vous avez 17 millions de retraités, 6 millions de fonctionnaires avec les familles, plus tous les allocataires d’une façon ou d’une autre. » Cette situation « transforme la nature de la société » et explique, selon lui, la nécessité de « réformer l’âge de départ à la retraite et les allocations diverses ».
L’Europe face à la concurrence
Christian Saint-Étienne dénonce l’absence de coordination fiscale au sein de l’Union européenne, pointant « les cinq renégats » : Irlande, Pays-Bas, Luxembourg, Chypre et Malte, qui « mènent des politiques fiscales de compétition ». Cette situation découle, selon lui, de l’unanimité imposée par le traité de Maastricht, qui « permet à ces minuscules pays de continuer la concurrence fiscale à l’intérieur de l’Union ».
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L’invité analyse également le rapport de force mondial : « Les États-Unis, c’est à peu près 23 % du PIB mondial, la Chine 20 % et l’Europe autour de 17. » Il insiste sur la dépendance européenne dans le secteur numérique : « L’Europe, malheureusement, est une colonie numérique et militaire des États-Unis. » Il voit dans cette situation le résultat de « 50 années de dérive de l’Union européenne ».
Daphnée Cataldo
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