Héloïse et Abélard : « La concupiscence t’a uni à moi plus que l’amitié », ce que révèle leur correspondance

MARY EVANS/SIPA

L’histoire d’amour entre Héloïse et Abélard a traversé les siècles pour nous apparaître aujourd’hui comme la quintessence de la passion brûlante. Un échange de lettres du Moyen-Âge, copiées au XVe siècle et redécouvertes dans les années 70, révèle une autre lecture de cette histoire, par Héloïse elle-même.

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Après leur séparation brutale, Abélard erre de monastère en monastère. Héloïse, de son côté, est abbesse de l’abbaye du Paraclet, en Champagne. En 1132, une connaissance commune apporte à Héloïse une lettre adressée à un ami anonyme par Abélard. Pour consoler cet ami, Abélard aurait entrepris de lui raconter ses propres malheurs

Abélard revient sur les difficultés qu’il a pu rencontrer au cours de sa vie. D’abord sa position enviée de philosophe et les jalousies qu’elle a pu lui susciter, les querelles avec un certain nombre d’intellectuels, les machinations. Sur ces 70 pages, dix seulement sont consacrées à son histoire avec Héloïse.

Elle en est très blessée. « Ces choses écrites ont rafraîchi mes douleurs », écrit-elle. loïse prend la plume pour s’adresser à Abélard : « Mon bien-aimé, je me jetais sur ta lettre et je la dévorais avec toute l’ardeur de ma tendresse, puisque j’avais perdu la présence corporelle de celui qui l’avait écrite. […] Alors que j’étais […] depuis longtemps dans l’affliction, tu n’as pas tenté une seule fois de me consoler. »

116 lettres échangées entre un maître et son élève : on pense qu’il s’agit d’Abélard et Héloïse

Abélard répond à Héloïse, c’est le début d’une longue correspondance, qui reste un mystère de l’histoire. La découverte dans les années 70 d’un manuscrit copié au XVe siècle laisse penser que 116 lettres échangées entre un homme et une femme pourraient constituer la correspondance entre Héloïse et Abélard.

Le tombeau d’Héloïse et Abélard au cimetière du Père-Lachaise, à Paris / LASKI/SIPA

Le style, les références littéraires et les emprunts laissent penser qu’il pourrait bien s’agir d’une correspondance entre un maître réputé et son élève. Les faits relatés concordent avec l’histoire d’Abélard et Héloïse.

Abélard reconnaît avoir obligé Héloïse à « consentir par des menaces physiques »

« Obligé de répondre aux interrogations de son amante, Abélard définit l’amour comme une certaine force de l’âme qui n’hésite pas par elle-même, qui se reporte toujours sur autrui, de sorte que de deux volontés distinctes, il n’en résulte qu’une, sans aucune différence », écrit Sylvain Guggenheim, dans un ouvrage dirigé par Patrice Gueniffey sur les couples illustres de l’histoire de France.

Au fil des lettres, on perçoit un déséquilibre entre Héloïse et Abélard. Tandis qu’elle affirme son amour immodéré, son estime intellectuelle, son attachement indéfectible, lui, avoue surtout son désir charnel.

Voici ce qu’elle écrit dans ses lettres : « Je n’ai pas cherché à assouvir ma sensualité ou mes volontés, mais les tiennes ». Abélard lui répond :« Tu sais à quelle turpitude ma libido immodérée avait asservi nos corps. Tu avais beau ne pas vouloir, tu étais trop faible. Le plus souvent, je t’obligeais à consentir par des menaces physiques et en te donnant du fouet […] j’en rougis encore rien que d’en parler ».

Héloïse continue d’envoyer des mots brûlants à Abélard

Elle lui adresse ces paroles cinglantes : « Pourquoi, après notre conversion [à la vie monacale] que tu as décidé seul, suis-je tombée dans un tel oubli ? Dis-le-moi, ou moi je dirai ce que je pense […] La concupiscence t’a uni à moi plus que l’amitié, l’ardeur du désir plus que l’amour ».

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Malgré ces mots, elle ne parvient pas à en faire son deuil, et continue d’envoyer des mots brûlants à Abélard. Lorsqu’il meurt en 1142, il est enterré au Paraclet, à la demande expresse d’Héloïse. 22 ans plus tard, à sa mort, Héloïse est ensevelie dans le tombeau d’Abélard.

Franck Ferrand

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