Les cours du sucre flambent de manière spectaculaire. Ils ont augmenté de 100% depuis 2020 et de 35% depuis le début de l’année seulement. Les prix sont aujourd’hui au plus haut depuis 2011. Un phénomène qui s’explique davantage par les tensions sur le front de l’offre que par les fluctuations de la demande.
La consommation de sucre progresse de façon régulière mais la météo influence considérablement les rendements. Résultat : les besoins étant gigantesques à l’échelle mondiale, le déséquilibre lié aux mauvaises conditions météorologiques actuelles provoque une hausse des prix.
Au-delà de l’évolution des cours, l’année 2023 a également prouvé à quel point le sucre était devenu un enjeu géopolitique.
Un commerce très internationalisé
Le chercheur Sébastien Abis explique les enjeux stratégiques qui se cachent derrière le commerce du sucre : « Le monde entier consomme cette denrée au quotidien mais seulement la moitié des pays en produisent. Ceci explique qu’il fasse l’objet d’un commerce extrêmement important et très internationalisé. Les échanges portent sur 40 % de la production mondiale, bien plus que le blé (25%) ou le riz et le maïs (10 %) ».
Il suffit que la situation soit tendue comme en ce moment pour que l’Inde, le plus gros consommateur de sucre au monde, encadre très sévèrement ses exportations pour protéger ses propres acheteurs.
La France a fait du sucre une véritable filière
Un autre fait notable sur la scène internationale est la confirmation de la montée en puissance de la Russie sur le marché. Vladimir Poutine a déjà fait du blé une arme d’influence, en particulier en Afrique et au Moyen-Orient.
La stratégie avec le sucre est plus ou moins la même. La Russie est devenue en cinq ans un géant du secteur grâce à la culture des betteraves : elle produit désormais plus de sucre que la France et ses exportations ne cessent de croître.
La France, elle, a fait du sucre une véritable filière rien qu’à partir de la betterave alors qu’au niveau mondial, le sucre est tiré de la canne à 80%. Aujourd’hui, l’Hexagone est le premier producteur de l’Union européenne. Il y a 17 usines qui raffinent, 24 000 planteurs et deux groupes industriels, Cristal Union et Tereos.
La betterave, un légume aux usages prometteurs
Mais la concurrence ne cesse de s’intensifier. En plus de la Russie, la Chine et les Etats-Unis produisent également de plus en plus. La France s’est mise dans une position difficile en interdisant les néonicotinoïdes, un insecticide servant à lutter contre les pucerons.
Les agriculteurs prennent toujours le risque de cultiver de la betterave car les cours du sucre restent à un niveau relativement haut. Mais si ces derniers chutent, cela nous amènerait à moins planter et donc à moins récolter.
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Ce serait une mauvaise nouvelle car la betterave a de plus en plus d’usages, le plus prometteur étant l’éthanol, un carburant avec lequel l’essence est mélangée pour faire rouler les voitures de façon plus écologique.
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