Budget 2023 : « Un budget de gauche », que « ni Mitterrand ni Hollande n’auraient osé mettre en place », selon Eric Le Boucher

Lev Radin/PACIFIC PRESS/SIPA

Eric Le Boucher, directeur de la rédaction d’ Enjeux-Les Echos, était l’invité de Guillaume Durand ce matin sur Radio Classique. Le budget de 2023 présenté ce lundi 26 septembre prévoit une hausse des dépenses étatiques de 21,7 milliards d’euros, à rebours des injonctions à la réforme de l’Etat, selon le journaliste. Celui-ci espère que cet argent sera correctement investi par les ministères.

11.000 nouveaux postes de fonctionnaires sont prévus dans le budget 2023

Le gouvernement a présenté un budget nettement ancré à gauche, constate Eric Le Boucher : « je crois que François Mitterrand n’aurait plus osé le faire à partir de 1983 [année de la fin de sa politique de relance] et François Hollande n’a jamais osé le faire ». Le projet de loi de finances pour 2023 vient conforter l’Etat français et s’inscrit dans la nouvelle logique du monde capitaliste, selon le journaliste. « Globalement, il y a une volonté de sortir de l’ultralibéralisme et donc de rétablir l’État partout ». Cela est logique, poursuit-il, car il est nécessaire d’investir « dans l’éducation, dans la santé et dans les armées ». La création de 11.000 postes de fonctionnaires et la hausse de 3,6 milliards d’euros pour l’enseignement scolaire sont la preuve que les économies attendues par une partie de la classe politique – notamment des LR, qui voteront contre le budget – ne sont pas au rendez-vous. « La réforme de l’État dont on parle depuis 30 ans est encore mise sous le tapis en attente de jours meilleurs », commente Eric le Boucher.

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L’augmentation substantielle des budgets des ministères – notamment de l’Intérieur, de la Justice, des Armées ou du Travail – ne pose pas problème tant que l’argent est bien dépensé, « pas uniquement pour les dépenses courantes mais aussi pour l’investissement », insiste le journaliste, regrettant l’état de la recherche dans l’Hexagone. La France est le seul pays membre du Conseil de sécurité de l’ONU à ne pas avoir produit de vaccin, ajoute Guillaume Durand.

Emmanuel Macron permet de telles dépenses car les marchés financiers « continuent de l’adorer »

Avec ce budget, l’image d’Emmanuel Macron comme « banquier libéral » tient encore moins debout d’après Eric le Boucher. « Jamais Macron n’a été ultralibéral, c’est au contraire un étatiste », rétorque-t-il. Le chef de l’Etat se permet de telles dépenses car les marchés financiers « continuent de l’adorer » : en Italie, en Angleterre et en Allemagne, la tendance est aussi à l’accélération des dépenses, ce « dont profite le président ». Il y a une limite à ces dépenses car la « corde est tendue », nuance-t-il, « à l’euro près » comme le rappelle le ministre de l’Economie et des Finances publiques Bruno Le Maire.

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L’état de la balance commerciale reste préoccupant selon le journaliste, avec un déficit du commerce extérieur qui a quasiment doublé en 40 ans. Hormis les géants du luxe, TotalEnergies et Airbus, l’industrie française souffre, notamment le secteur automobile dans lequel la France est désormais importatrice, regrette-t-il. « La reconquête sera longue, on ne va pas passer d’une part de l’industrie dans le PIB de 10 à 20% comme les Allemands ». Mais des initiatives sont prises et certains résultats sont encourageants, affirme-t-il, comme l’entrepreneuriat des jeunes Français qui a atteint un niveau « historique ».

Clément Kasser

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