« Le genre masculin est le plus noble » écrivait, sans détour, le grammairien Vaugelas au XVIIe siècle. Le français est-il structurellement sexiste ? les linguistes se divisent…
Le mot femme fait double emploi en français : il désigne à la fois l’être humain de sexe féminin et l’épouse, la compagne. Le mot homme, lui, désigne à la fois l’être humain de sexe masculin et l’être humain en général.
À cette asymétrie s’ajoute le fait que l’homme dispose du mot mari pour désigner son statut marital, tandis que la femme ne bénéficie d’aucun terme spécifique équivalent. Quant à l’usage d’homme pour désigner l’humanité entière, il génère des confusions et une impression d’inégalité — notamment dans l’expression droits de l’homme, ce qui explique que l’on entende de plus en plus parler de droits humains.
La même asymétrie lexicale existe pour les mots fille et garçon. Le mot fille renvoie à deux réalités distinctes : l’opposé du garçon, mais aussi l’opposé du fils. Un seul terme pour deux significations. Le garçon, lui, bénéficie de deux mots distincts — garçon pour l’enfance, fils pour la filiation. La langue se montre décidément plus généreuse avec lui.
L’écriture inclusive cristallise les débats : l’Académie française y est opposée
Ces asymétries sont-elles le signe que le français est structurellement sexiste ? C’est précisément là que les linguistes se divisent. Certains, comme Éliane Viennot, spécialiste de la langue et du genre, soulignent que ces déséquilibres ne sont pas innocents : ils reflètent une société qui a longtemps défini la femme par sa relation à l’homme — épouse, fille, mère. D’autres rappellent que la langue n’est pas un complot, mais un sédiment historique : elle enregistre le monde tel qu’il était, sans intention malveillante.
La règle du masculin pluriel, que l’on nous enseigne encore aujourd’hui, n’a en réalité que trois siècles. Elle a été fixée par le grammairien Vaugelas au XVIIe siècle, qui écrivait sans détour : le genre masculin est le plus noble. Avant cela, on accordait souvent avec le genre du nom le plus proche.
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Aujourd’hui, c’est l’écriture inclusive qui cristallise les débats. L’Académie française y est fermement opposée, au nom de la lisibilité. Mais entre le point médian — sur lequel se sont fixées toutes les crispations — et l’immobilisme, il existe une autre voie : celle de la conscience. Être conscient de ce que la langue dit de nous et de notre histoire.
Karine Dijoud
Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?