Jacques Delors, figure de la construction européenne, est mort ce mercredi à l’âge de 98 ans. L’ex-commissaire européen Pierre Moscovici estime que c’est en partie grâce à lui que « la Commission a pris son envol », grâce à son travail au sommet des institutions européennes. Il était l’invité de la matinale de Radio Classique ce jeudi.
Ministre de l’Economie, des Finances et du Budget de 1981 à 1984 dans les gouvernements dirigés par Pierre Mauroy, Jacques Delors a surtout marqué par son engagement infaillible en faveur de la construction européenne.
Il a pourtant failli se présenter à l’élection présidentielle française de 1995, dans laquelle il était donné favori selon les sondages. « C’était un homme qui mettait les idées avant les postes » estime Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes.
Une caractéristique essentielle démarque Jacques Delors des autres hommes politiques selon l’ex-commissaire européen : « c’était son don pédagogique unique ». Il avait la capacité de « faire comprendre des choses compliquées à absolument tous les électorats », à travers « une parole claire et un verbe simple ».
Jacques Delors avait renoncé à l’élection présidentielle par crainte de ne pas pouvoir gouverner
L’homme politique a cependant décidé de ne pas être candidat à la présidence de la République, invoquant « beaucoup de raisons personnelles [le] poussant à dire non ».
Selon l’analyse de Pierre Moscovici, Jacques Delors se demandait d’une part « s’il pouvait entraîner un parti socialiste dont la ligne était beaucoup plus à gauche [que lui] », et d’autre part « si les centristes allaient le suivre ». En d’autres termes, il redoutait d’être empêché de gouverner.
« Je continue de penser qu’il y a un regret ou une interrogation » déclare le Premier président de la Cour des comptes. Dans un entretien au Point donné il y a deux ans, l’ancien président de la Commission européenne avait confié « se poser encore des questions ».
Il a « projeté » sa vision de l’Europe dans la Commission européenne
Le parcours politique de Jacques Delors a culminé au sommet des institutions européennes, dont il était « un fils fondateur », après « les pères fondateurs qu’étaient Robert Schuman et Jean Monnet ».
Il partageait une « vision » avec ces derniers : celle que « l’intégration économique amènerait l’intégration politique ». Finalement, la perception de l’homme d’Etat de l’Europe s’est avérée « très holistique et globale ».
A travers la présidence de la Commission européenne, dans laquelle il a « projeté » sa vision de l’Europe, il a participé à la création d’une communauté « d’abord économique », puis « monétaire », « sociale », et enfin « éducative ».
La nécessité d’une Europe « d’emblée politique et pas seulement économique »
Pour Pierre Moscovici, c’est en partie grâce à lui que « la Commission a pris son envol ». Mais il reste « un homme du siècle dernier ». « Aujourd’hui, il faudrait qu’il y ait des petits-fils fondateurs de l’Europe parce que celle-ci a changé ».
Les défis auxquels doit faire face le Vieux Continent, comme « la menace russe, l’illibéralisme et la guerre en Ukraine », imposent d’avoir une Europe « d’emblée politique et pas seulement économique ».
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En juin 2024, les élections européennes auront lieu pour élire les députés du Parlement. « On a besoin de voix européennes claires et fortes » : pour Pierre Moscovici, de ce point de vue-là, l’une des futures têtes de listes à gauche « Raphaël Glucksmann a compris quelque chose ».
Paul Cassedanne
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