BÖHM Karl – biographie

(1894-1981) Chef d'orchestre

Karl Böhm n’est pas précoce comme nombre de ses confrères. Il ne décide de se consacrer à la musique qu’à vingt-trois ans et commence alors une carrière de chef d’orchestre. Il dirige plusieurs théâtres d’opéra jusqu’à la fin de la guerre, sans quitter l’Allemagne nazie. Sa rencontre avec Richard Strauss le propulse à la tête de théâtres importants, jusqu’à l’Opéra d’Etat de Vienne en 1943. Sanctionné à la fin de la guerre, il reprend ensuite ses activités de chef d’orchestre et développe une carrière internationale, de Buenos Aires à Paris, devenant l’un des grands interprètes de Wagner et Strauss.

 

Karl Böhm en 10 dates :

  • 1894 : Naissance à Graz (Autriche)
  • 1917 : Dirige son premier opéra à Graz
  • 1921 : Engagé comme chef de troupe à l’opéra de Munich
  • 1927 : Directeur du théâtre de Darmstadt
  • 1931 : Directeur de l’Opéra de Hambourg
  • 1934 : Directeur de l’Opéra de Dresde, avec le soutien de Richard Strauss
  • 1943 : Directeur de l’Opéra d’Etat de Vienne
  • 1947 : Reprise de son activité de chef d’orchestre après sa mise à l’index
  • 1973 : Tristan et Isolde à Orange
  • 1981 : Mort à Salzbourg

Karl Böhm suit d’abord des études de droit avant de devenir chef d’orchestre et se faire remarquer par Bruno Walter.

Son père avocat ne souhaite pas le voir devenir musicien. Il poursuit des études de droit jusqu’au doctorat, tout en fréquentant le conservatoire de Graz puis de Vienne. Blessé pendant la guerre, il revient à Graz et décide de devenir chef d’orchestre. Le théâtre de Graz lui confie la direction de plusieurs opéras et le nomme directeur en 1920. L’année suivante Bruno Walter l’engage à Munich comme chef de troupe et quatrième chef.

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Richard Strauss le hisse en haut de l’affiche à Hambourg et à Dresde.

En 1927 le théâtre de Darmstadt l’engage et lui permet de monter beaucoup d’opéras, malgré de faibles moyens. Il donne Parsifal de Wagner et Boris Godounov de Moussorgski, mais aussi des œuvres de contemporains comme Honegger, Hindemith et Berg. Puis il part à Hambourg, où il rencontre Richard Strauss, qui va accélérer sa carrière.

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Strauss lui permet de prendre la direction de l’Opéra de Dresde en 1934, à la place de Fritz Busch, chassé par les nazis. Il y reste dix ans et crée de nombreux opéras et symphonies. En 1938 il dirige pour la première fois à Salzbourg, où il retournera presque chaque année.

 

Nommé à l’Opéra d’Etat de Vienne en 1943, Böhm y reviendra en 1955 pour inaugurer sa réouverture.

Plutôt docile sous le régime nazi, il est nommé directeur du Staatsoper de Vienne, qui est détruit en mars 1945 par un bombardement. Böhm est interdit d’activité pendant deux ans après la guerre et recommence à diriger en 1947. Il est invité à Milan, Paris, Londres, Buenos-Aires et bientôt New York. En 1955 il fait la réouverture du Staatsoper avec Fidelio de Beethoven, mais ne réussit pas à prendre la direction du Festival de Salzbourg, face à Karajan qui est choisi et y restera trente ans !

Il voyage beaucoup et à partir de 1962 dirige chaque année des opéras à Bayreuth, devenant un spécialiste de Wagner. Mais il est aussi considéré comme un grand interprète de Mozart, auquel Bruno Walter l’avait initié, et se voit souvent proposer Don Giovanni. Son enregistrement du Requiem avec le Philharmonique de Vienne en 1971 reste l’une des grandes versions de référence.

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Böhm dirige aux Chorégies d’Orange un Tristan et Isolde resté dans les mémoires.

En 1973, Les Chorégies d’Orange lui confient un Tristan et Isolde d’anthologie avec Birgit Nilsson et Jon Vickers. Dans Le Monde du 10 juillet, le critique Jacques Lonchampt s’extasie : « Birgit Nilsson, Jon Vickers, Karl Böhm, au sommet de leur talent, ont rendu lisible, évidente, contagieuse, la grandeur du chef-d’œuvre wagnérien. Les voix des deux héros s’élevaient dans la nuit comme des fontaines de lumière, timbres et lyrisme admirables, phrasé subtil développant la magie des mots, comme celui de chanteurs de lieder, mariées à un jeu scénique d’une simplicité et d’une richesse bouleversantes. Et Karl Böhm, entraînant l’Orchestre national de l’O.R.T.F. sur des sommets dont celui-ci n’a plus guère l’habitude, éveillait sans cesse la prodigieuse radioactivité de cette musique où se sont concentrés toute la passion et le génie d’un homme, l’angoisse, le bonheur, les transes, le feu, la transcendance de l’amour charnel». Le film du spectacle, tourné par Pierre Jourdan, montre Böhm dirigeant l’ouverture dans une nuit noire, émergeant à peine dans un halo de lumière, venant par en-dessous, tel un spectre !

Böhm continue de diriger jusqu’à la fin. Son dernier concert est pour Les Noces de Figaro. Il meurt à Salzbourg en 1981, pendant une répétition d’Elektra de Strauss, son mentor et compositeur préféré.

 

Philippe Hussenot

 

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