WALTER Bruno – biographie

(1876-1962) Chef d'orchestre

Contemporain de Furtwängler, Bruno Walter est comme lui né à Berlin, pianiste, compositeur et chef d’orchestre. Il lui succède à Leipzig en 1928, mais devra quitter l’Allemagne hitlérienne pour l’Autriche. Il s’installera en France et aux Etats-Unis après l’Anschluss. Après avoir assisté Gustav Mahler dont il restera un fidèle interprète, il occupe des postes successivement à Munich, Berlin, Leipzig, Amsterdam et New York. Aux Etats-Unis, il dirige beaucoup et enregistre de nombreux disques avec la firme Columbia, exprimant toujours ce qu’il appelle « les forces morales de la musique ».

 

Bruno Walter en 10 dates :

  • 1876 : Naissance à Berlin
  • 1894 : Engagé à Hambourg auprès de Mahler
  • 1901 : Adjoint de Mahler à Vienne
  • 1913 : Directeur de la musique à Munich
  • 1925 : Directeur de l’Opéra municipal de Berlin
  • 1928 : Directeur du Gewandhaus de Leipzig
  • 1933 : Départ pour Vienne
  • 1946 : Autobiographie « Thèmes et Variations »
  • 1947 : Rencontre avec Kathleen Ferrier
  • 1962 : Mort à Los Angeles

Bruno Walter montre très tôt un talent de pianiste mais se découvre une vocation de chef d’orchestre.

Né dans une famille modeste, il entre à huit ans au Conservatoire de Berlin et se produit en public comme pianiste. Son nom est Schlesinger, qu’il changera pour postuler à un poste à Breslau, où ce patronyme est trop courant. Sa vocation de chef d’orchestre naît en entendant Hans von Bülow diriger l’Orchestre philharmonique de Berlin. A dix-huit ans, après avoir dirigé son premier concert (un opéra léger), il obtient un poste de répétiteur puis de chef de chœur à l’Opéra de Hambourg, où Mahler est directeur de la musique. Il en deviendra l’un des plus fidèles interprètes et créera plus tard la Neuvième symphonie et Le Chant de la terre. Lorsque Mahler est nommé à Vienne en 1901, il le rejoint et restera auprès de lui jusqu’à sa mort dix ans plus tard.

 

Après avoir été l’assistant de Mahler, il est nommé à Munich, Berlin et Leipzig.

Alors qu’il menait une vie tout à fait bourgeoise et heureuse avec sa famille, il souffre en 1906 d’une névralgie persistante dans un bras qui l’empêche de diriger et de jouer du piano. Ne parvenant pas à la traiter médicalement, il consulte Freud, qui lui conseille un voyage puis après son retour de rediriger à nouveau. Malgré l’appréhension de Walter, il reprend son activité et parvient à oublier son mal, qui disparaîtra définitivement.

En 1913 il est nommé directeur général de la musique à Munich où il restera jusqu’en 1922. Ses interprétations des opéras de Mozart, Verdi et Wagner lui confèrent une notoriété nouvelle, qui lui vaut d’être nommé en 1925 directeur de l’Opéra municipal de Berlin, où il reste trois ans. Enfin son dernier poste en Allemagne est à Leipzig, où il succède à Furtwängler, mais devra partir au moment de l’arrivée au pouvoir des nazis. Il s’installe alors à Vienne où il restera jusqu’à l’Anschluss. Il dirige à l’Opéra de Vienne, à Salzbourg et à Amsterdam où il est chef associé de l’orchestre du Concertgebouw. En 1938, il arrive à Paris où il enregistre avec l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire. Puis il part l’année suivante à New York et s’installe aux Etats-Unis.

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La rencontre avec Kathleen Ferrier produit une des plus belles versions du Chant de la Terre de Mahler.

En 1947, après la guerre, il rencontre la grande contralto anglaise Kathleen Ferrier à Édimbourg, où il la dirige dans Das Lied von der Erde (Le Chant de la Terre) de Mahler. L’enregistrement qui s’en suit devient une version mythique de l’œuvre. Il arrive aussi à Bruno Walter d’accompagner la cantatrice au piano pour des récitals. Jusqu’à la mort prématurée de la chanteuse en 1953, il sera souvent à ses côtés, admirant sa voix unique et ses interprétations bouleversantes. Leur ultime enregistrement du Chant de la Terre et des Rückert Lieder a lieu à Vienne en 1952.

 

La firme Columbia met à sa disposition un orchestre symphonique et lui permet d’enregistrer tous les grands classiques allemands et autrichiens.

Bruno Walter nous a laissé un ensemble magistral d’enregistrements effectués aux Etats-Unis dans les années 1940 et 1950, réalisés avec Columbia. Sa Cinquième symphonie de Beethoven, sa Septième de Bruckner, ses interprétations de Mozart et de Mahler sont particulièrement remarquées. Pour les oeuvres lyriques, il choisit Lotte Lehmann, Ezio Pinza et Lily Pons. L’intégrale de ces enregistrements avec le New York Philharmonic et le Columbia Symphony Orchestra, sont aujourd’hui disponible dans un coffret de 77 CD (!) chez Sony. Soit 176 œuvres. Le legs de Bruno Walter à la postérité est impressionnant.

Bruno Walter faisant répéter le Final de la 2ème Symphonie de Brahms (archives de la CBC, Toronto)

Bruno Walter meurt chez lui à Beverly Hills en 1962, où il s’était installé dans les années 1940 non loin d’Alma Mahler.

Il donne son dernier concert en décembre 1960 avec le Los Angeles Philharmonic et le pianiste Van Cliburn. Sa marque de fabrique aura été une conception apaisée de la direction d’orchestre, appelant les musiciens « ses amis » et ne se plaçant jamais en chef autoritaire. Les vidéos le montrent dirigeant ses musiciens avec empathie, un regard très vif et expressif, la main gauche très active. Contrairement à d’autres de ses confrères célèbres, il n’a pas cherché à construire une image médiatique et n’a pas toujours bénéficié d’une publicité importante. Son ouvrage Thèmes et Variations est un bel hommage à l’art musical, auquel il a consacré une vie pourtant bien chahutée par des événements tragiques.

Bruno Walter s’était aussi essayé à la composition. Peu connues, et datées d’avant 1910, ses œuvres comprennent deux symphonies, une sonate pour violon, et surtout des lieder, enregistrés par Dietrich Fischer-Dieskau.

 

Philippe Hussenot

 

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