La Symphonie n°5 de Beethoven : Pom pom pom pom, ça vous dit quelque chose ?

Pom pom pom pom ! Qui n’a pas dans la tête le début de la Symphonie n°5 de Beethoven. Cette oeuvre, qui semble si évidente à l’écoute, a pourtant été écrite en plusieurs années, le compositeur devant faire face à d’autres commandes en même temps. Des coups fracassants de son entrée jusqu’à la fanfare finale, cette symphonie a toujours eu beaucoup d’effet sur le public.

 

La Symphonie n°6 « Pastorale » fut crée en même temps que la Cinquième

Comment ne pas rêver d’assister à ce concert du 22 décembre 1808 au Theater an der Wien, à Vienne ? Un tel événement donne le vertige. Le programme entièrement consacré à Beethoven proposait à la fois les créations des Cinquième et Sixième Symphonies, du Concerto pour piano n°4, de la Fantaisie pour piano op.77 et de la Fantaisie Chorale op.80 !

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Ce concert démesuré mit à rude épreuve la patience des musiciens et du public. L’orchestre, nullement habitué à de telles difficultés techniques, joua de la plus mauvaise grâce. Fidèle à son caractère, Beethoven s’emporta et il s’en fallut de peu qu’on n’en vînt aux mains. Finalement, les musiciens acceptèrent de jouer sa musique à condition qu’il se tienne hors de leur vue… Quant à la critique, globalement élogieuse, elle émit quelques réserves que l’on jugera assez piquantes : « L’auditeur saturé peut craindre que le bruit monstrueux ne le rende sourd ».

 

Beethoven, à bout de nerfs, envisagea un moment de quitter Vienne pour entrer au service du frère de Napoléon

Les premières esquisses de la Cinquième remontent à l’année 1803. Toutefois, l’essentiel de la composition fut réalisé entre 1807 et 1808. Tout au long de l’écriture de la symphonie, Beethoven fut interrompu par de nouvelles commandes, répondant dans l’urgence à de multiples sollicitations. Ses finances étaient si précaires et les rapports qu’il entretenait avec certains viennois si détestables qu’il envisagea d’accepter la proposition du roi de Westphalie, Jérôme Bonaparte, qui lui proposait la fonction de maître de chapelle à Cassel ! L’amoureux de la Révolution, l’ennemi du « tyran français » (Napoléon) avait mis beaucoup d’eau dans son vin… Finalement, de puissants soutiens lui accordèrent une rente annuelle. A l’abri du besoin, Beethoven revint sur sa décision et resta à Vienne. La Cinquième Symphonie était achevée et elle fut dédiée en 1808 au prince Lobkowitz et au comte Razoumovski. L’instrumentation définitive est ambitieuse pour l’époque  : 3 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 3 bassons, 2 cors, 2 trompettes, 3 trombones, 2 timbales et le quintette à cordes.

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Le manuscrit de la Symphonie témoigne d’une écriture surchargée de corrections.

L’idée du thème ou plus exactement de la fameuse cellule rythmique « pom pom pom pom » (trois notes brèves, puis une longue), est apparue au compositeur lors de la composition de la Symphonie  n°3.  Portées comme une célébration de l’héroïsme, les premières mesures de l’Allegro con brio de la Symphonie n°5 se développent avec une simplicité confondante. Beethoven bouscule toutes les conventions de l’équilibre classique, provoquant les dissonances et les contrastes les plus extrêmes. L’idée rythmique doit triompher par dessus tout. Elle concentre, organise et déploie un thème cyclique dans toute la masse de l’orchestre.

 

1er mouvement de la Cinquième Symphonie (graphique animé de la partition)

 

La structure de l’Andante con moto en la bémol majeur est basée sur le principe du thème et variations. Celui-ci repose sur deux éléments distincts, l’un présenté aux cordes et l’autre par les clarinettes et les bassons. Ils multiplient ainsi les possibilités de développements rythmiques et harmoniques.

L’Allegro en ut mineur fait office de scherzo avec trio. Il s’ouvre pianissimo, avant de laisser la place à un trio élaboré comme une fugue pour revenir ensuite au scherzo. La complexité interne du mouvement explore diverses sources sonores dont l’emploi révolutionnaire des timbales qui assument un rôle quasi-concertant.

 

Dans le final, le message révolutionnaire n’avait pas quitté un instant l’esprit de Beethoven.

Le final, un allegro en ut majeur utilise pleinement l’instrumentation et l’on entend pour la première fois depuis le début de l’œuvre, la petite flûte, le contrebasson et les trois trombones. L’emploi de ces “nouveaux arrivants” est caractéristique des formations de plein air. Beethoven souhaitait ainsi élargir l’impact sonore du final et donner la sensation de l’ouverture de la salle de concert vers l’extérieur. La Symphonie n°5 se conclut dans un rythme irrésistible de marche et de fanfare triomphante sur un accord d’Ut Majeur.

 

Stéphane Friédérich

 

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