Que savez-vous de la trompette ?

Instrument à vent de la famille des cuivres, la trompette se reconnaît tout de suite par sa sonorité claire et éclatante. Utilisée à la guerre pendant des siècles, elle s’est progressivement taillée une place dans les salles de concert. L’apparition des pistons a facilité sa virtuosité, et le jazz en a fait l’un de ses protagonistes les plus remarqués. La trompette n’a pas fini de nous faire rêver.

 

A quoi servent les pistons d’une trompette ?

Lorsqu’on regarde un trompettiste jouer, on le voit souffler dans l’embouchure et on a l’impression que l’air parcourt les “tuyaux” jusqu’au pavillon de l’instrument. Certes, mais c’est un peu plus compliqué que ça. Spontanément, la trompette n’émet qu’un seul son. Avec la bouche, on peut obtenir ses harmoniques naturelles, mais les possibilités restent encore limitées. C’est là qu’interviennent les pistons. Ces petits tuyaux sont percés de trous qui, quand on appuie sur le piston, permettent d’envoyer l’air dans d’autres cylindres avant de rejoindre le pavillon. En résumé, quand on joue de la trompette, l’air parcourt des circuits différents dans des tuyaux plus ou moins longs, ce qui crée un son différent à chaque fois. La trompette est pourvue de trois pistons, qu’on peut appuyer seuls ou ensemble, avec les doigts de la main droite. Ainsi on peut jouer toutes les notes de la gamme ! La main gauche, quant à elle, tient l’instrument en l’orientant vers l’avant, pour faciliter la projection du son.

 

Comment jouait-on le concerto pour trompette de Haydn avant l’apparition des pistons ?

L’usage des pistons se généralise vers 1815. Or, si vous connaissez le concerto pour trompette de Haydn, vous constaterez comme moi que l’instrument joue déjà des mélodies aux notes conjointes, avec une grande virtuosité et dans différentes tessitures. Impossible d’obtenir un tel résultat “à la bouche” ! Cette technique, qui consiste à modifier la position des lèvres sur l’embouchure pour faire sortir les différentes harmoniques du son, est toujours utilisée aujourd’hui dans la musique baroque pour jouer la trompette “naturelle”, l’ancêtre de la trompette moderne, mais ne fonctionne que dans un registre assez aigu. Alors comment faisaient les trompettistes à l’époque de Haydn ? Dès 1775, on cherche comment jouer plus de notes à la trompette, en particulier dans le registre medium grave. On commence par boucher le pavillon avec la main, comme les cornistes. On va jusqu’à modifier la forme de l’instrument pour rendre le pavillon plus accessible ! Mais le résultat n’est pas satisfaisant car il modifie le timbre de l’instrument. A la même époque, on tente aussi de monter des clés sur la trompette, en s’inspirant sans doute des procédés en vogue pour la flûte ou la clarinette.

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Anton Weidinger devient ainsi un virtuose réputé de la trompette à clés. C’est pour lui que Haydn écrit son concerto. Mais si les clés permettent de jouer toutes les notes de la gamme chromatique, elles rendent en revanche le son très inégal d’une note à l’autre. On cherche donc encore. Arrive alors vers 1790 la trompette à coulisse, qui fonctionne comme un trombone. Sa belle sonorité est appréciée des amateurs, mais on lui reproche sa raideur mécanique, peu apte aux solos virtuoses. Lorsqu’apparaissent enfin les pistons, les trompettistes sont donc comblés.

Final du Concerto pour trompette de Haydn (Tine Thing Helseth et l’Orchestre de Chambre de Norvège)

 

 

Quelle est la différence entre le clairon et la trompette ?

Autrefois, la trompette tenait une place importante sur les champs de bataille car sa sonorité claire s’entendait de loin. Comme le tambour, elle servait de moyen de communication pour ordonner de charger, ou au contraire de battre en retraite. Les tuyaux de cette trompette dite “de cavalerie” sont cylindriques, contrairement au clairon avec lequel on la confond souvent. La perce de ce dernier (la forme de ses tuyaux) est conique, ce qui lui donne un son plus rond. Les musiques militaires de cérémonie, dans lesquelles ils jouent un rôle prépondérant, leur réservent des parties écrites sur deux octaves et basées sur des arpèges : ni la trompette de cavalerie ni le clairon n’ont de piston, et l’instrumentiste n’a donc à sa disposition que les harmoniques du son fondamental. Ce sont par ailleurs deux instruments transpositeurs, c’est-à-dire que lorsqu’on joue un do, on entend une autre note, si bémol pour le clairon et mi bémol pour la trompette. Pour galvaniser les troupes, les musiciens jouaient les notes staccato et très vite, grâce à la technique du “coup de langue” (qu’on obtient en prononçant “ta-ka-ta » très vite dans l’embouchure). Les compositeurs s’en sont ensuite inspirés dans l’écriture orchestrale et les concertos, parfois pour suggérer une ambiance militaire (dans un opéra par exemple) ou simplement pour son potentiel de virtuosité.

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En Jazz, utilise-t-on la même trompette que dans la musique dite “classique” ?

Il existe de nombreuses trompettes, de taille différente en fonction de leur tessiture, de la trompette piccolo (la plus aiguë) à la trompette basse. La plus fréquente est celle en si bémol, qu’on retrouve dans quasiment tous les styles de musique, notamment le jazz. Mais les instrumentistes classiques lui préfèrent celle en ut, au son plus clair, car elle favorise une meilleure précision dans les aigus et les attaques. C’est elle qu’on utilise généralement dans l’orchestre symphonique. Les trompettes en ré et en mi bémol, quant à elles, servent surtout pour jouer les œuvres des périodes baroque (Bach) ou classique (Haydn, Hummel). En jazz, on trouve aussi le bugle soprano dans les brass band, qu’utilisent également les fanfares. Certains puristes vous diront peut-être que le bugle n’est pas une trompette mais un saxhorn (de la même famille que le tuba, donc) mais il est tout de même joué par… des trompettistes.

Si jouer du classique ou du jazz est avant tout une affaire de style dont découle un certain répertoire, le matériel intervient pour aider à créer ce style. En jazz, on ne recherche pas le même son homogène qu’en classique. On privilégiera donc peut-être un type d’embouchure différent. Le choix de la sourdine va aussi jouer un rôle. Ce gros bouchon, enfoncé dans le pavillon, transforme le son. Si la sourdine sèche est la plus utilisée dans les orchestres symphoniques, la “wa-wa” sonne tout de suite jazz, emblématique de Miles Davis. D’autres sourdines comme la “plunger”, la “solotone” etc., ont aussi été beaucoup utilisées par les jazzmen.

En dehors du jazz, on retrouve la trompette dans la salsa, la pop, la chanson…. Caméléon, elle s’adapte à des styles de musique extrêmement différents. Est-ce pour cela que la trompette séduit tant ?

 

Sixtine de Gournay

 

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