BEECHAM Thomas – biographie

(1879-1961) Chef d'orchestre

Sir Thomas Beecham avait coutume de dire : « Seul le luxe m’est nécessaire ! ». Cette formule pourrait le rendre antipathique si l’on ignore son parcours d’héritier utilisant sa richesse pour financer des entreprises musicales ambitieuses, et représenter à Londres tous les opéras du répertoire. Autodidacte, il devient chef d’orchestre sans recevoir de formation professionnelle et crée lui-même ses orchestres. Le dernier est le Royal Philharmonic Orchestra, qu’il fonde au sortir de la seconde guerre qu’il a passé aux Etats-Unis, et qu’il dirige jusqu’à la fin de sa vie.

 

Thomas Beecham en 10 dates :

  • 1879 : Naissance à St Helens (Lancashire)
  • 1902 : Début comme chef d’orchestre
  • 1909 : Beecham Symphony Orchestra
  • 1910 : Directeur du Covent Garden
  • 1915 : Beecham Opera Company
  • 1932 : London Philharmonic Orchestra
  • 1946 : Royal Philharmonic Orchestra
  • 1958 : Saison lyrique à Buenos Aires
  • 1959 : Dernière tournée américaine
  • 1961 : Mort à Londres

Beecham appartient à une riche famille, qui l’envoie étudier à Oxford. Il apprend la musique en dehors des conservatoires.

Il passe sa jeunesse près de Liverpool dans le Lancashire, apprend le piano, et sans enthousiasme suit des études classiques à Oxford. Il étudie la composition auprès de compositeurs comme Frédéric Austin, Charles Wood et Miritz Moszkowski. Mais il ne prend pas de cours de direction d’orchestre. Il débute en 1902 dans le théâtre d’un quartier de Londres avec une compagnie d’opéra, dont il devient chef assistant.

 

Il crée ses propres orchestres symphoniques et dirige le Covent Garden.

Son premier orchestre est le New Symphony Orchestra of London, qui vient concurrencer le London Symphony Orchestra (LSO) né quelques années plus tôt, puis il fonde avec de jeunes musiciens le Beecham Symphony Orchestra. Son amie la Princesse de Polignac, grande mécène d’origine américaine, qui vit à Paris mais vient souvent à Londres, l’incite à donner l’opéra d’Ethel Smyth, The Wreckers (Les Naufrageurs), au Her Majesty’s Theatre (la salle de Haendel au Haymarket). Puis il prend la direction artistique du Covent Garden où il crée de nombreux opéras, invite Richard Strauss et accueille les Ballets russes de Diaghilev. Un début de carrière fulgurant, bien aidé par son père, après une période de conflit familial.

lire aussi

 

Pendant la Première Guerre mondiale, il fonde une compagnie lyrique, puis le London Philarmonic Orchestra (LPO) avec Malcolm Sargent.

La Beecham Opera Company produit de nombreux spectacles pendant la guerre, mais sera dissoute en 1920 après les ennuis financiers de la famille Beecham, qui tiennent Thomas éloigné de la vie musicale. Le décès de son père le fait hériter du titre de baronnet, qui implique l’appellation de « Sir », mais aussi d’une opération immobilière compliquée sur le domaine de Covent Garden qui l’oblige à prendre une hypothèque qu’il mettra plusieurs années à lever.

Il reprend ses activités de chef d’orchestre en 1923 à Londres, notamment avec le LSO. Mais celui-ci souhaite rester indépendant et Beecham fonde en 1932 le LPO avec Sargent, lui aussi chef d’orchestre, qui dispose de garanties du côté de la riche famille Courtauld. Ce nouvel orchestre recueille de bonnes critiques dès son premier concert avec une œuvre de Berlioz. Beecham reprend du service à Covent Garden et en assure la programmation lyrique jusqu’en 1940. Il quitte l’Angleterre et passe la période de la Seconde Guerre aux Etats-Unis où il dirige de nombreux orchestres.

lire aussi

 

Beecham crée encore un nouvel orchestre en 1946, le Royal Philharmonic Orchestra (RPO).

De retour à Londres après la guerre, il refuse de devenir salarié de son ancien orchestre, qui avait changé de statut. Il recrée un nouvel orchestre, le RPO, qu’il conservera jusqu’à sa mort. Il fait plusieurs tournées américaines, et interprète aussi bien des œuvres contemporaines comme celles de Delius, compositeur anglais qu’il défendra toute sa vie, que les grands classiques, à commencer par Mozart qu’il affectionne particulièrement. Il aime aussi les compositeurs français, Berlioz, Bizet et Saint-Saëns, dont il programme souvent les œuvres. La carrière de Beecham est marquée par des choix musicaux très libres et très divers, du baroque au contemporain, sans trop de préoccupation de rentabilité commerciale. C’est sans doute ce qui l’a incité à disposer de son propre orchestre. Une indépendance courageuse, qui ne lui réussit pas toujours et lui coûte cher, mais lui permet de jouer les œuvres qu’il aime le plus.

lire aussi

 

Beecham donne son dernier concert à Portsmouth en mai 1960.

La vie de Beecham est un roman, qui aurait pu être écrit par l’auteur de Gatsby le Magnifique, avec Londres pour décor et l’humour pour arme de séduction. Marié trois fois, c’est une quatrième femme, Lady Cunard, riche mécène, qui lui est la plus dévouée et la plus efficace pour l’aider à créer ses opéras. Mais il finit par lui préférer une jeune pianiste de vingt-neuf ans sa cadette, qu’il épouse en 1943.

Son célèbre humour ne le quitta jamais. Un livre entier de ses bons mots et anecdotes a été publié, Beecham stories. Il disait que deux choses seulement importaient pour le public d’un concert : démarrer ensemble et finir ensemble. « Entre les deux ça n’a pas d’importance ! ». Lorsqu’il reçoit les hommages pour ses quatre-vingts ans, il demande si celui de Mozart est arrivé !

lire également

 

Après un dernier concert à Portsmouth où il dirige Mozart, Haydn, Schubert et Delius, il meurt à Londres en mars 1961.

 

Philippe Hussenot

 

Plus d’artistes interprètes