Une patiente joue du violon pendant son opération du cerveau

Selon l’étude d’une université écossaise, la diffusion, en fond sonore lors des opérations, de musiques de Mozart, Bach, Beethoven… permettrait aux chirurgiens d’améliorer leurs performances, notamment, en matière de précision et de rapidité. Faire jouer d’un instrument à un patient pendant une opération peut aussi être utile.

Les bienfaits de « l’effet Mozart »

On se souvient de Donald Sutherland, Elliott Gould et Tom Skeritt, chirurgiens militaires, dans MASH, le film de Robert Altman, opérant aux sons de musiques pop pour évacuer la pression subie en pleine guerre de Corée. D’après une étude menée par des chercheurs de l’Université de Dundee et publiée the International Journal of Surgery, ce serait plutôt la musique classique, diffusée en fond sonore léger, qui permettrait aux chirurgiens d’être plus performants lors de leurs interventions.

 

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L’étude s’appuie sur 18 expériences internationales menées sur « l’effet Mozart » (concept développé au début des années 90, selon lequel l’écoute de la musique de Mozart peut induire une amélioration à court terme de l’exécution de certains types de tâches mentales appelées raisonnement spatio-temporel) dans le milieu chirurgical. Selon le Dr Michael El Boghdady qui a coordonné l’étude « Les résultats fournissent des preuves scientifiques solides des nombreux avantages qu’apporte aux chirurgiens l’écoute de musique classique durant les opérations. Grâce à une réduction du stress et à l’amélioration de la concentration, les procédures se terminent jusqu’à 10% plus rapidement et la précision dans les interventions peut être accrue de 11% ». Des effets bénéfiques ont même été constatés chez les patients qui auraient besoin de moins d’anesthésiques et dont les lésions cutanées se guériraient mieux après des opérations « en musique », confirmant les résultats d’une étude sur les sutures, parue en 2015 dans le Aesthetic Surgery Journal.

 

De la musique dans les salles d’opération mais pas trop fort

Des bienfaits de la musique relativisés néanmoins par le Dr El Boghdady qui précise que « L’effet gênant de la musique doit aussi être pris en compte s’il s’agit de musique rythmée ou diffusée trop fort au bloc opératoire. Le principal effet néfaste étant la détérioration de la communication entre les intervenants. Un niveau sonore trop élevé provoque des perturbations qui entraînent une inégalité de la parole et une altération de l’intelligibilité des échanges. Le personnel est obligé d’élever la voix pour être entendu, ce qui amplifie encore le niveau de bruit. La mauvaise communication est l’une des causes les plus fréquemment identifiées d’erreurs médicales et d’événements indésirables». L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande d’ailleurs que le niveau sonore dans une salle d’opération ne dépasse pas 30 décibels. Au-delà de ce niveau, l’accompagnement musical peut s’avérer préjudiciable aux patients car il peut distraire les chirurgiens et provoquer une augmentation du nombre de complications post-opératoires.

 

Une cartographie intégrale du cerveau de la violoniste a permis de guider les chirurgiens

La musique peut aussi présenter un autre intérêt médical. Récemment, une violoniste de 53 ans nommée Dagmar Turner a dû subir une chirurgie du cerveau. L’opération, qui comprenait un risque de dommages sur les régions cérébrales contrôlant ses fonctions motrices, avait pour but l’ablation d’une tumeur. Pour retirer le plus de tissus tumoraux sans détériorer les zones neuronales impliquées dans la pratique de son instrument, l’équipe médicale a cartographié son cerveau pour identifier les zones actives lorsqu’elle jouait au violon.

 

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Puis, les médecins l’ont réveillé au cours de l’intervention, lui ont donné son instrument et lui ont demandé d’en jouer. Tant qu’elle en était capable, cela signifiait que les gestes des chirurgiens n’altéraient pas le fonctionnement de sa main gauche, essentielle pour cette musicienne. En 2017, il était arrivé la même aventure à un saxophoniste aux Etats-Unis. Une vidéo retweetée par le violoniste Renaud Capuçon.

Vous pouvez retrouver la vidéo de l’intervention ci-bas. Attention, une partie de la captation de cette intervention à ciel ouvert peut choquer les personnes sensibles.

 

Philippe Gault

 

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