La dernière triomphale d’Alexander Pereira à la Scala de Milan

Plus de 15 minutes d’ovations, des pétales de roses par milliers pour les interprètes et musiciens de Tosca, dirigés samedi par Riccardo Chailly, le président de la république italienne applaudi… Du jamais vu depuis 20 ans à Milan pour cette dernière « première » du directeur autrichien de la Scala qui partira dans une semaine diriger, l’Opéra de Florence.

La version originale de Tosca

Cette soirée de lancement de la nouvelle saison à la Scala, suivie d’un dîner de gala, est l’un des moments clés de la scène lyrique mondiale et de la vie culturelle italienne. Parmi les personnalités présentes cette année: la chanteuse rock Patti Smith, le styliste Domenico Dolce, les plus hauts dirigeants politiques du pays et tout le gotha italien. Cette « Prima » (« Première ») revêtait une émotion particulière pour Alexander Pereira, qui s’apprête à passer la main à Dominique Meyer, après plus de cinq ans à la tête de la Scala. « Un chapitre se ferme et un autre s’ouvre, la vie est faite ainsi », a confié le directeur autrichien de 72 ans. Il a estimé que cette Tosca était « un de ses plus beaux succès » à Milan.

Le célèbre opéra de Giacomo Puccini a été présenté dans une mise en scène grandiose de l’Italien Davide Livermore (qu’on retrouvera en août 2020 au festival Rossini de PesaroLe public a été époustouflé par la scène finale du 1er acte, un chœur lors d’une procession dans une église, et par le « Vissi d’arte e d’amore », la supplique de Floria Tosca, interprétée par la divine soprano austro-russe russe Anna Netrebko. « Nous avons réussi à créer une complicité énorme entre nous sur scène. Le spectacle est magnifique, d’une grande puissance et intensité, on dirait un film. La direction du maître Chailly est époustouflante, il colle à la partition de Puccini » a confié le ténor Francesco Meli, ovationné, comme le baryton italien Luca Salsi. L’œuvre était proposée dans sa version originale, celle créée à Rome en janvier 1900 et qui n’avait plus été depuis présentée au public. Cette version contient 8 éléments musicaux supplémentaires, des inserts « courts » mais qui donnent beaucoup de force ou de « sens dramatique », selon Riccardo Chailly.

Près de 3 millions de téléspectateurs en Italie

« Cela a une très forte émotion« , a déclaré le directeur artistique de la Scala. « Tosca est un « chef-d’œuvre, un opéra qui secoue », car l’héroïne est une femme extrêmement forte, capable de tuer par amour, avant que le désespoir amoureux ne la porte à se suicider« . L’opéra était retransmis en direct par la Rai, la télévision publique italienne (audience record, plus de 2,8 millions de téléspectateurs), et de nombreuses chaînes (Arte en France), radios et cinémas en Europe, tandis que 38 lieux de Milan, théâtres, musées, prison, résonnaient des airs de « Tosca », avec des projections sur grand écran. Une ouverture sur l’extérieur dont s’enorgueillit Alexander Pereira. « Nous avons emmené le théâtre à l’extérieur et amené à la Scala des dizaines de milliers d’enfants. C’est peut-être la chose la plus belle que j’ai faite » durant ces cinq années ». Alexander Pereira qui aurait souhaité finir sa carrière à la Scala, mais le conseil d’administration en a décidé autrement. La fin de son mandat a été ternie par son projet de faire financer la Scala également avec des fonds saoudiens, une idée finalement abandonnée après un tollé suscité par la question des droits de l’Homme dans le royaume. Pour la suite de la saison, la Scala présentera notamment « Roméo et Juliette » de Charles Gounod, trois œuvres de Giuseppe Verdi , dont « La Traviata », ou encore « Le Voyage à Reims » de Gioachino Rossini.

Dominique Meyer, qui prendra ses fonctions mi-décembre mais était présent samedi, a expliqué à l’AFP vouloir redonner « une identité forte » au théâtre milanais, en lui faisant « retrouver le contact avec le public » et en « recentrant le répertoire« .

 

Philippe Gault (avec AFP)

 

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