Le violon d’Ingres à nouveau exposé à Montauban

Après 3 ans de travaux, le musée Ingres-Bourdelle (ex-musée Ingres) a rouvert le 13 décembre à Montauban. L’occasion de découvrir ou redécouvrir, dans sa ville natale, l’œuvre du grand artiste peintre et le fameux violon de celui qui fut d’abord un musicien de talent avant de devenir l’un des plus grands portraitistes du XIXe siècle.

 

Ingres et Bourdelle, enfants prodiges de Montauban

Situé en plein cœur de Montauban, le musée Ingres- Bourdelle abrite désormais sur 2700 m2 les œuvres des 2 immenses artistes natifs du chef-lieu du Tarn-et-Garonne, le sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929), dont un autre musée porte le nom à Paris, et le peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867). C’est d’ailleurs le seul musée consacré à Ingres et il abrite la plus vaste collection au monde de dessins du maître, 4500 véritables trésors de l’histoire de l’art, et… son célèbre violon qui donna lieu (selon la légende) à la création, sous la plume du journaliste Émile Bergerat (gendre de Théophile Gauthier), de la formule « violon d’Ingres » qui rend compte, à sa manière, de la vocation contrariée du peintre.

 

Ingres, musicien contrarié et passionné

Il faut savoir que Jean-Auguste-Dominique Ingres fut initié très jeune au violon par son père, sculpteur mais également violoniste amateur. Le jeune garçon était même plutôt doué archet en main, suffisamment pour se produire dans des concerts privés à Montauban dès l’âge de 8 ou 9 ans. Il confia même avoir hésité pendant son adolescence entre la peinture et la musique. C’est d’ailleurs en partie grâce à ses cachets de deuxième violon au sein de l’Orchestre du Capitole qu’il put financer ses études à l’Académie artistique de Toulouse. Grand amateur de musique de chambre, Ingres avouait également une passion pour Mozart, Gluck, Beethoven et Haydn dont il possédait des partitions. Au cours de sa carrière, le peintre croisa plusieurs célèbres compositeurs, dont il dressa les portraits, tels Gounod, Liszt ou Cherubini. Ce dernier lui dédia, en remerciement, un canon à trois voix: « O Ingres amabile » (1842).

 

 

L’histoire pittoresque du violon d’Ingres

Le violon du peintre, exposé, avec son archet gravé, dans le vestibule du musée est une véritable légende et a fait l’objet de plusieurs versions quant à son origine et à sa singularité en tant qu’unique instrument du peintre montalbanais. On sait qu’il s’agit d’un « Arlequin », c’est à dire fabriqué à partir de plusieurs instruments, un violon composite comme cela se faisait souvent à l’époque, dont le dos date du début du XVIIIe siècle mais dont la table et le manche sont bien postérieurs. Autre particularité, c’est un violon de petite taille (son dos ne dépasse pas les 346 mm), donc probablement un instrument d’étude (7/8ème) sur lequel Ingres aurait fait ses gammes dans son enfance. Toutefois, le peintre étant de petite taille (moins d’1m55), il a pu continuer d’en jouer à l’âge adulte. Mais il semble plus probable que ce violon ne fut pas le seul à avoir appartenu à Ingres, comme l’atteste notamment son testament dans lequel était stipulé qu’il prévoyait de ne donner à la ville de Montauban que l’un de SES violons. Par ailleurs, en 1935, un antiquaire lillois avait contacté le musée pour lui vendre un 2è violon, authentifié comme ayant appartenu à Ingres. Certains spécialistes évoquent même l’existence d’un 3e instrument.

Estimé à 50 francs au moment de la succession de Jean-Auguste-Dominique Ingres en 1867, le violon exposé à Montauban, qui avait été consolidé à plusieurs reprises, a été restauré en 2005 par le laboratoire de recherche de la Cité de la musique. Il a aujourd’hui une valeur symbolique inestimable et certains violonistes demandent encore, de temps en temps, qu’on accorde pour eux l’instrument mythique. « Avec beaucoup de préparation, c’est possible, nous l’avons fait par exemple pour Catherine Lara », a confié Florence Viguier-Dutheil, la directrice du musée à 20 Minutes. En novembre 2005, à Montauban, le violoniste franco-italien Flavio Losco, a eu la chance de jouer quelques notes sur le violon d’Ingres (voir vidéo), à peine restauré, lors d’un concert dédié au peintre-musicien.

 

Philippe Gault.

 

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