Décision du Conseil d’Etat : « Il faut avancer vers le déconfinement liturgique », pour Mgr. Rougé

Monseigneur Matthieu Rougé était l’invité de la matinale de Renaud Blanc vendredi 22 mai. L’évêque de Nanterre a estimé qu’après la décision du Conseil d’Etat, « il faut avancer vers le déconfinement liturgique » de la France. Il a nuancé ses critiques vis-à-vis d’Emmanuel Macron, qu’il accusait d’un « tropisme anti-clérical, voire anti-catholique ». Il a aussi révélé attendre « toujours les réponses du gouvernement concernant les précautions sanitaires » pour les fidèles.

« Maintenant, il faut avancer vers le déconfinement liturgique », a tancé Monseigneur Rougé

« J’ai accueilli cette décision avec joie ». Monseigneur Matthieu Rougé s’est réjoui de la décision du Conseil d’Etat, qui hier a ordonné la levée de l’interdiction « disproportionnée » des célébrations religieuses en France. La plus haute juridiction du pays a notamment qualifié la suspension des offices « d’atteinte grave et manifestement illégale » à la liberté de culte. « Il est important de rappeler que la liberté de culte est aussi la liberté de se rassembler dans les lieux de culte pour célébrer la foi. Ce n’est pas que la liberté individuelle de croire ou de ne pas croire », a précisé Monseigneur Rougé, pour qui ce rendu du Conseil d’Etat pourrait constituer une jurisprudence importante pour l’avenir.

 

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Les discussions entre l’Eglise de France et le gouvernement pour un déconfinement des lieux de culte n’avaient pas abouti jusqu’à maintenant. « Dans un 1er temps, il y a eu un manque de dialogue et de reconnaissance de la liberté de culte », a-t-il déploré. Le ministère de l’Intérieur ne permettait jusqu’alors que l’ouverture des églises pour des prières individuelles et la tenue de cérémonies funéraires avec moins de 10 personnes.

 

 

« Maintenant, il faut avancer vers le déconfinement liturgique », a tancé l’évêque de Nanterre, qui s’était montré virulent à l’égard de l’exécutif ces derniers temps, dénonçant un supposé « tropisme anti-clérical en général, voire anti-catholique, qui a pris le dessus chez le président de la République ». Des propos qu’a semblé quelque peu regretter Matthieu Rougé ce matin au micro de Renaud Blanc.

 

 

« Il y a en France une part d’anti-cléricalisme », a déploré Monseigneur Matthieu Rougé

« J’ai été direct effectivement, comme beaucoup de catholiques. Même si j’ai été un peu vif dans la 1ère réaction, je pense que je n’ai pas été aussi sévère que le Conseil d’Etat », a-t-il estimé, indiquant avoir cependant de très bonnes relations avec « nos maires et les préfets ». Il a aussi jugé que le manque d’unité en France autour de la vision de la laïcité avait pu envenimer les choses.

 

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L’Eglise de France, via sa récente conférence des évêques, n’est pas directement montée au créneau pour accélérer le déconfinement des lieux de cultes. Ce sont des mouvements traditionalistes ou conservateurs, comme le Parti chrétien-démocrate de Jean-Frédéric Poisson, qui ont saisi le Conseil d’Etat.

 

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« La conférence des évêques de France est moins vive que ne peuvent l’être différents groupes », a concédé Monseigneur Rougé, assurant que la démarche qu’il soutient néanmoins « n’est pas une revendication identitaire ». « Les catholiques ont été extrêmement dynamiques avec les méthodes contemporaines pour faire vivre l’Eglise autrement ».

 

 

Monseigneur Rougé attend « toujours les réponses du gouvernement concernant les précautions sanitaires »

« Mais c’est important de rappeler qu’il y a un temps pour pouvoir se déconfiner », a-t-il tranché, faisant référence au concile Vatican II, pour qui « l’eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne ». L’évêque de Nanterre a également assuré qu’il attendait « toujours les réponses du gouvernement concernant les précautions sanitaires à mettre en oeuvre ». « Nous sommes prêts depuis au moins un mois. Avant le confinement général, il y a avait eu des précautions sanitaires et nous avions immédiatement donné des directives, vidé les bénitiers, transformé le geste de paix en simple salutation du regard… »

 

 

« Il y a un mois, la conférence des évêques a proposé de son propre chef au gouvernement des mesures de précautions sanitaires. C’est moi qui les ai rédigées. Nous aimerions qu’il y est enfin une réaction », s’est-il agacé. Monseigneur Rougé a conclu en tordant le coup à ce qui devenu pour lui « un slogan » ; soit l’impact sur la pandémie du rassemblement évangélique de Mulhouse mi-février.

 

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S’il a reconnu qu’il « n’avait surement pas arrangé les choses », il s’est basé sur « 2 études scientifiques, dont une du CNRS » pour affirmer qu’il avait eu une moindre incidence sur la pandémie.

 

 

Nicolas Gomont

 

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