Sanofi « n’a que faire de l’intérêt général », estime Adrien Quatennens

Adrien Quatennens était l’invité de la matinale de Renaud Blanc vendredi 15 mai. Le député de la France Insoumise a jugé que Sanofi « n’a que faire de l’intérêt général » en promettant la priorité au vaccin aux Etats-Unis. Il a appelé à « construire un pôle public du médicament en France » afin d’assurer « la recherche » et « la production des médicaments essentiels ». Il a souhaité la « gratuité des masques » pour les familles nombreuses. Quant aux appels au rassemblement de la gauche, ils constituent surtout à ses yeux des « discussions d’appareils ».

 

Les Français sont en droit d’attendre que Sanofi « ne les trahisse pas », pour Adrien Quatennens

« Sanofi n’a que faire de l’intérêt général ». Alors que le patron de Sanofi doit être reçu à l’Elysée aujourd’hui par Emmanuel Macron, deux jours après avoir déclaré que les Etats-Unis seraient les premiers à recevoir le vaccin anti-coronavirus s’il était découvert, Adrien Quatennens s’est montré offensif à l’encontre du laboratoire. « Les Français sont en droit d’attendre qu’une entreprise française ne les trahisse pas », a-t-il protesté.

 

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Le laboratoire s’est défendu dans un premier temps en expliquant que les Américains avaient contribué à hauteur de 226 millions de dollars à la recherche pour le vaccin et leurs commandes se devaient donc d’être honorées les premières. Un argument battu en brèche par le député La France Insoumise.

 

 

« En 10 ans, en crédit impôt recherche, Sanofi aura touché 1 milliard d’argent public, sans compter le remboursement des médicaments par la Sécurité sociale », a-t-il argué, estimant que Sanofi devrait se sentir redevable envers le pays.

 

Adrien Quatennes va proposer à l’Assemblée la création « d’un pôle public du médicament en France »

Pour Adrien Quatennes, le laboratoire ne serait motivé que par le profit. « Ce n’est pas la 1ère fois que Sanofi pratique de la sorte. Cette entreprise a déjà cherché à détourner les règles de la propriété intellectuelle pour breveter 2 molécules contre la tuberculose que l’on connait depuis des décennies pour espérer en tirer des bénéfices », a-t-il assuré, relayant une information du blog de Mediapart.

 

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Ces déboires constituent pour le député France Insoumise le signe de « l’urgence à retrouver de l’indépendance sur la question sanitaire, qui doit passer par une proposition que nous allons présenter à l’Assemblée national au mois de juin : construire un pôle public du médicament en France pour assurer la recherche fondamentale mais aussi la production des médicaments essentiels ».

 

 

Pour le coordinateur de LFI, « dans certains domaines, la loi du marché à ses limites ». Il a ainsi rappelant que le groupe a décidé de plusieurs centaines de suppressions de postes en France ces dernières années.

 

La crise sanitaire est l’occasion pour Adrien Quatennens de mettre fin « au libre marché »

Interrogé sur le déconfinement, Adrien Quatennens qui s’était montré alarmiste en parlant d’un « déconfinement hasardeux », a tempéré son jugement ce matin. « Je suis attentif, je souhaite que cela fonctionne », s’est-il contenté d’indiquer. Il a taclé une nouvelle fois le président de la République tout en ménageant Edouard Philippe, dans le sillage de la stratégie initiée par Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale dernièrement : « J’observe seulement que ce 11 mai ne correspond à peu près à rien d’un point de vue scientifique. Cette date a été fixée arbitrairement par la président de la République, qu’il avait d’ailleurs collée comme un boulet au pied à son Premier ministre ».

 

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« On sait que le virus continue de circuler et que l’immunité dans la population est très faible », s’est-il inquiété, appelant ainsi « à la plus grande vigilance » et au vote de « dispositions d’urgence » comme « la gratuité des masques » notamment pour les familles nombreuses. Si Adrien Quatennens a réaffirmé ce matin au micro de Renaud Blanc que les membres de son parti ne sont pas des « partisans d’un confinement ad vitam aeternam », il a estimé que le déconfinement aurait dû faire l’objet « d’une planification ».

 

 

« Une telle mise à l’arrêt de notre économie est l’occasion d’opérer de grandes bifurcations. Cette crise est un révélateur de l’incapacité d’un certain modèle », que serait celui « du libre marché », des « accords de libre échange » et des délocalisations à ses yeux. Un modèle, qui mettrait la France dans « l’incapacité d’affronter de prochaines crises », climatiques notamment.

 

En indiquant vouloir « se réinventer », Emmanuel Macron ne fait « que de la communication », pour Adrien Quantennens

Outre une plus grande immixtion de l’Etat dans l’économie, Adrien Quatennens s’est dit favorable au rétablissement « même temporaire » de l’ISF, pour faire rentrer 3,2 milliards d’euros dans les caisses de l’Etat. Il s’en est aussi pris aux instances de l’UE : « cela fait des années que la Commission demande à l’Etat de faire des économies » dans le secteur hospitalier. « On a perdu, en 15 ans, 69.000 lits d’hôpitaux, c’est la conséquences de choix politiques », a-t-il insisté. Emmanuel Macron qui a dit vouloir « se réinventer » et mener une grande réforme de l’hôpital ne ferait « une fois de plus, que de la communication ».

 

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De la communication, pour le député du Nord, c’est à peu près ce que cherchent à faire plusieurs partis et figures de gauche, dont est exclue LFI, en lançant ces dernières jours tribunes et pétitions en faveur d’un rassemblement de leur camp. « Nous n’avons pas besoin de discussions d’appareils, mais d’une ligne claire pour que le peuple puisse reprendre son destin en main », a-t-il jugé. Puis, il a pointé du doigt « des choses intéressante mais aussi des limites » dans les textes publiés sur l’écologie, ou encore la remise en cause de l’Union Européenne et de la Ve République. « Il n’est pas fait mention de la mobilisation dans l’hôpital public ou des Gilets jaunes », a-t-il déploré, déclarant être de toute façon « entièrement occupés à répondre à la crise » et n’ayant « pas été directement sollicité pour les signer ».

 

Nicolas Gomont

 

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