Rendre obligatoire le port du masque aurait montré « la forte volonté des autorités sanitaires », estime Anne-Claude Crémieux

Anne-Claude Crémieux était l’invitée de la matinale de Guillaume Durand sur Radio Classique. Professeur des universités et infectiologue à l’hôpital Saint-Louis à Paris, elle a indiqué se « méfier des prédictions » et a estimé qu’on ne pouvait exclure une seconde vague. Elle a vanté « l’intérêt d’une obligation » du port du masque et s’est interrogée pour « comprendre pourquoi à partir de 50 ans, il y a une augmentation massive de la mortalité » due au Covid-19.

 

« Toutes les crises nous apprennent à nous méfier des prédictions », a prévenu Anne-Claude Crémieux

« L’avenir est totalement incertain ». Face aux rassemblements sporadiques mais très médiatisés de Parisiens hier sur le canal Saint-Martin à Paris, Anne-Claude Crémieux a fait part de son inquiétude, alors que selon elle, on ne peut affirmer comme le professeur Didier Raoult que l’épidémie est en phase descendante. « Toutes les crises nous apprennent à nous méfier des prédictions, y compris lorsqu’elles sont sous la forme de modèles extrêmement perfectionnés ».

 

à lire aussi

 

« Ces clusters ont démontré que le virus était là ». Du fait de l’apparition de foyers de transmission du virus dans des parties du territoire jusque-là épargnées, Anne-Claude Crémieux a estimé que « le virus circule en zone rouge, comme en zone verte » et qui n’y a « pas d’autres moyens que les mesures barrières » pour le freiner.

 

 

D’autant que « ce virus est peu visible ». « 50% des personnes infectées sont pratiquement asymptomatiques ou totalement asymptomatiques. D’où l’importance des distances sanitaires et des masques », a-t-elle insisté.

 

 Anne-Claude Crémieux estime qu’une obligation du port du masque aurait facilité son application par les Français

Si l’infectiologue ne s’est pas clairement prononcée en faveur de l’obligation du port du masque, elle a vanté ses mérites. « L’intérêt d’une obligation est de montrer la forte volonté des autorités sanitaires. Du coup, l’application est parfois plus facile, les gens ne se posant pas de question. La vaccination obligatoire – tout le monde la pensait irréalisable – a montré que c’était efficace et cela a augmenté le taux de couverture vaccinale des enfants ».

 

à lire aussi

 

Anne-Claude Crémieux a tenu à rappeler l’importance des tests, « le 2e ordre de mesures qui doit nous faire réussir le déconfinement ». Même si un individu présente peu de symptômes, il doit « téléphoner à son médecin traitant pour avoir une prescription et se rendre dans le laboratoire d’à côté » pour se faire dépister avec un prélèvement par écouvillon.

 

 

Des mystères entourent toujours le virus. Plusieurs chercheurs avancent la piste génétique ce matin dans les journaux pour expliquer une gravité des symptômes très différenciée selon les patients.

 

« En médecine, avoir 60 ans, c’est jeune », pour Anne-Claude Crémieux, qui ne comprend pas la surmortalité des personnes âgées

« Effectivement, certaines personnes font des infections très sévères, d’autres pas. On essaye de comprendre la différence et d’évaluer s’il y a des caractéristiques génétiques qui font qu’on est plus sensible à l’infection ou si on s’en défend moins bien », a précisé le docteur Crémieux, qui s’interroge surtout sur « une chose massive », à savoir « l’effet de l’âge » sur la mortalité due au Covid-19.

 

à lire aussi

 

« On essaye de comprendre pourquoi à partir de 50 ans, il y a une augmentation massive de la mortalité. Ce n’est pas une surprise en maladies infectieuses mais là, c’est éclatant. En médecine, avoir 60 ans, c’est jeune ». Anne-Claude Crémieux a tout de même rappelé que les personnes âgées étaient pourvues d’un système de défense immunitaire affaibli par rapport aux sujets plus jeunes ; augmentant ainsi le risque la sensibilité au virus.

 

 

« Les personnes âgées ont un système immunitaire qui fonctionne moins bien. On appelle cela l’immunosénescence. C’est ce qui explique que l’on protège facilement avec des vaccins les personnes âgées. Ce qui est étonnant, c’est l’importance de cet effet sur la mortalité », a-t-elle conclu.

 

Nicolas Gomont

 

Retrouvez les interviews politiques