« Quand le président marque de la défiance, cela fragilise le Premier ministre », estime Jean-Pierre Raffarin

Jean-Pierre Raffarin était l’invité de la matinale de Guillaume Durand jeudi 7 mai. Le représentant spécial du ministère des Affaires étrangères pour la Chine a mis en doute les preuves de Donald Trump sur l’origine du coronavirus, faisant le parallèle avec celles avancées « en 2003 par monsieur Bush à propos de l’Irak ». Il a aussi estimé qu’Edouard Philippe devra « trouver des mesures subtiles » pour sa seconde présentation du plan de déconfinement et a appelé à rejeter « les commentaires des extrémistes, qui ne recherchent que la déstabilisation ».

En visant la Chine, Donald Trump veut seulement « camoufler ses échecs » dans la crise, pour Jean-Pierre Raffarin

« Ce que l’on voit clairement arriver, c’est cette nouvelle et seconde guerre froide ». Pour Jean-Pierre Raffarin, la crise du coronavirus et la réponse offensive vis-à-vis de la Chine de l’administration de Donald Trump est le reflet du conflit qui « va structurer les relations internationales pour les dix à quinze ans qui viennent ». « On voit bien que la Chine est devenue le thème central de la campagne américaine. Monsieur Trump veut mobiliser les Etats-Unis contre la Chine. Il a besoin de camoufler un peu ses échecs, avec l’extension rapide de la pandémie chez lui. Il a trouvé l’adversaire idéal », a-t-il jugé.

 

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Le Covid-19 est, pour les autorités américaines, issu d’un laboratoire de Wuhan. La version est contestée par la Chine, qui a elle désigné des troupes américaines dans le Pacifique comme vecteur de transmission du virus. « Les technologies et les coopérations scientifiques font que dans quelques temps, on connaîtra toute la vérité », a temporisé Jean-Pierre Raffarin, sinophile très impliqué dans les relations diplomatiques entre la France et la Chine.

 

 

« La diplomatie est souvent une gestion des paradoxes. Nous avons avec la Chine des désaccords importants, notamment pour ce qui est du régime politique. Mais nous avons aussi des intérêts communs. Il faut avoir un esprit de nuance ».

 

Jean-Pierre Raffarin doute de l’existence de preuves que le virus proviendrait d’un laboratoire de Wuhan

Jean-Pierre Raffarin a mis en doute l’existence de preuves de la responsabilité d’un laboratoire de Wuhan dans la propagation du coronavirus ; preuves avancées par l’administration de Donald Trump. « Il dit qu’il a des preuves, peut-être que c’est vrai, je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est qu’en 2003, à propos de l’Irak, monsieur Bush disait qu’il avait des preuves et qui fallait faire cette opération militaire qui nous a coûté si cher avec le terrorisme. Je me méfie beaucoup de ces propagandes de part et d’autre », a déclaré l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, qui réclame « un peu de sagesse dans tout cela ».

 

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L’ancien sénateur de la Vienne préfère au président américain le gouverneur démocrate de l’Etat de New York, « qui s’oppose tous les jours dans un briefing à ce que dit Trump ». « Sa réaction permanente et de dire : les faits, et laissons la politique de côté. Il faut mettre ces faits au coeur de nos réflexions politiques ; nous verrons en temps voulu comment nous organisons notre démocratie française », a-t-il expliqué. Une démocratie française qui, à ses yeux, malgré la défiance des Français à l’égard du gouvernement, ne pourrait mieux fonctionner avec un autre exécutif.

 

 

« C’est vrai que le président et la majorité ont des problèmes avec l’opinion publique mais le sondage du JDD a donné aussi une réponse. Y a-t-il aujoud’hui quelqu’un qui pourrait aux yeux des Français faire mieux ? Cela n’existe pas. Personne ne fait plus de 20% ».

 

 

 

Jean-Pierre Raffarin a appelé à « ne pas suivre les commentaires des extrémistes, qui recherchent la déstabilisation »

Alors qu’Edouard Philippe doit s’exprimer aujourd’hui pour apporter les derniers détails au plan de déconfinement, critiqué par de nombreux élus locaux, l’ex-Premier ministre a défendu son lointain successeur. « Le Premier ministre est dans une situation extrêmement difficile où il faut qu’il accélère la reprise et freine la pandémie. Il falloir trouver des mesures subtiles ». S’il s’est dit « lucide » sur les erreurs de communication et l’action du gouvernement depuis le début de l’épidémie, Jean-Pierre Raffarin veut être « solidaire avec ceux qui doivent gouverner ». « Ce n’est pas au cœur de la bataille que je règle les comptes. La situation est tragique. Tous les jours, il y a des morts, des familles endeuillées ».

 

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Jean-Pierre Raffarin a espéré que les tensions notoires entre Edouard Philippe et Emmanuel Macron n’était que « superficielles ». « Un Premier ministre peut tout faire – s’impliquer, s’engager, aller jusqu’au bout et y passer ses nuits – tant qu’il a la confiance du président. Quand le président marque de la défiance, cela fragilise le Premier ministre ». Jean-Luc Mélenchon semble, lui, vouloir flatter le Premier ministre pour mieux fragiliser le président, en faisant hier l’éloge de « l’élégant » Edouard Philippe face au « bandit » Emmanuel Macron.

 

 

Il ne faut « pas suivre les commentaires des extrémistes, qui ne recherchent que la déstabilisation ». « Nous sommes à une période où la pandémie n’est pas finie et sommes à la veille d’une crise économique et sociale très importante. Il faut que la cohésion sociale redeviennent une priorité majeure, sinon les tensions empêcheront le retour au développement », a conclu Jean-Pierre Raffarin.

 

Nicolas Gomont

 

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