Thierry Breton espère un fonds de relance doté de « 1500-1600 milliards d’euros »

Thierry Breton était l’invité de la matinale de Guillaume Durand ce jeudi 30 avril. Le Commissaire européen chargé, en outre, du marché intérieur, de l’industrie et du numérique a assuré que « l’Europe a réagi vite » pour soutenir les économies de l’UE et espère créer un fonds de relance doté de « 1500-1600 milliards d’euros de force de frappe ». Un plan, toujours pas approuvé par les Etats membres, dont l’Allemagne opposée à la mutualisation des dettes. Il a en outre annoncé que l’API Google-Apple permettant aux applications de tracing de fonctionner était disponible « depuis quelques heures » en version beta.

 

Thierry Breton s’est prononcé pour un accès plus « équitable » à l’endettement des pays de l’UE

« On ne se sortira de cette crise qu’en empruntant encore plus ». Thierry Breton, qui a rappelé au micro de Guillaume Durand « son aversion pour la dette », a pourtant affirmé qu’aucun pays au monde ne pourrait se sortir de la crise économique grâce à ses seuls fonds propres et donc, sans un recours massif à l’endettement public. Il n’a fait aucune distinction sur ce point entre les pays du sud et du nord, entre les pays ayant déjà déconfiné et les autres, comme la France.

 

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« Tout le monde est égal face à cette crise. Il n’y a pas un pays qui a la capacité de faire face sur ses ressources propres à cette crise. Tous vont devoir emprunter ». S’il y aurait une égalité des pays européens face à la nécessité de s’endetter, tous n’ont pas les mêmes capacités en la matière. L’Allemagne a été à même, comme l’a rappelé le commissaire européen à l’industrie et au marché intérieur, de lever 356 milliards d’euros sur les marchés obligataires.

 

 

Une puissance de relance et d’investissement que ne peut pas s’offrir tout le monde. Thierry Breton s’est donc prononcé pour un « accès équitable à l’endettement », rendu possible à ses yeux par l’issue de la réunion de l’Eurogroupe des 7 au 9 avril derniers. « Dans cette crise absolument inédite, l’Europe a réagi vite ; beaucoup plus vite que lors de la dernière crise. On a libéré la capacité de pouvoir intervenir directement pour les Etats. On s’est exonéré de la règle des 3%. Et puis, il y a eu une réunion de l’Eurogroupe, qui a duré 2 jours ».

 

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Pour rappel, 540 milliards d’euros ont été mis à la disposition des Etats, sous conditions, via entre autres le Mécanisme européen de stabilité et une augmentation de la capacité de crédits de la Banque européenne d’investissements. Il a aussi « été décidé de confier à la Commission l’analyse et la création d’un fonds de relance », a souligné Thierry Breton, qui est en train de « le finaliser ».

 

 

Thierry Breton défend la création d’un fonds de relance européen abondé à hauteur de 10% du PIB de l’UE

Ni son montant, ni ses modalités ne sont pour l’heure fixés. Mais le commissaire européen qui y travaille avec son collègue chargé des affaires économiques et monétaires, Paolo Gentiloni, aimerait qu’il atteigne 10% du PIB européen. « Il nous faudrait 1500-1600 milliards d’euros de force de frappe pour pouvoir intervenir (…) un peu à l’image de ce qu’on fait les Américains et l’Allemagne de leur côté ».

 

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Une fois achevée, l’élaboration du fonds de relance devra être précisée par les Etats membres, pour déterminer notamment la localisation de ce fonds. En l’occurrence, s’il sera abrité par la Commission – une solution « très opportune » – ou s’il sera autonome – option soutenue par Bruno Le Maire. Mais le projet pourrait rencontrer d’autres anicroches ; les Pays-Bas et l’Allemagne ne souhaitant pas de mutualisation des dettes. Le risque, à leurs yeux, serait de devoir payer pour des pays n’engageant pas de réformes structurelles.

 

 

Un écueil reconnu par Thierry Breton, qui assure toutefois que l’objet du fonds est tout autre. Certains pays ne veulent pas « payer pour l’incurie budgétaire de certains gouvernements. Mais il ne s’agit pas de cela. Il ne s’agit pas de faire payer les uns pour les autres », mais de garantir un accès « équitable » à la dette, en évitant, à l’en croire, les surcroîts d’endettement uniquement causés par la crise sanitaire. Mais Thierry Breton n’a toujours pas évoqué la question avec Angela Merkel ou le Premier ministre hollandais, opposés aux coronabonds, ces fameuses obligations qui mutualiseraient les dettes.

 

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« On en est pas encore là. Mais ils l’entendent », a assuré Thierry Breton, prenant pour preuve « l’unanimité observée au dernier conseil européen » d’accord pour travailler sur ce fonds de relance. « Je suis sûr que l’Europe sortira solidaire de cette crise ».

 

 

 

L’application Stop Covid « mise en service le 15 mai » dans sa version finale

Pour en sortir, il faudra avant tout faire repartir l’économie. En ce sens, Thierry Breton a jugé le plan de déconfinement présenté mardi par le Premier ministre comme un plan qui « s’inscrit de façon assez cohérente avec l’ensemble des plans que nous voyons se mettre en place et avec la situation sanitaire ». Alors que les dispositions législatives autorisant le traçage sur la base du volontariat et via une application mobile des personnes contaminées a été ajourné par le gouvernement, Thierry Breton s’est dit, lui, favorable à l’initiative.

 

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Il a d’ailleurs porté la réflexion sur ce sujet à l’échelon européen. « Nous avons défini les règles dans un guide, avec ce que l’on ne pouvait pas faire avec le tracing. Il est indiqué que nous sommes opposés à la géo-localisation, le suivi des lieux où vous allez. Les règles sont très claires et sont en concordance avec ce qui fonde notre démocratie européenne », a-t-il affirmé, en dépit de l’opposition affiché de certains pays, comme le Danemark.

 

 

Les problèmes techniques étant résolus – problèmes de communication entre les systèmes d’exploitation mobiles – Thierry Breton a annoncé qu’une version beta de l’API (interface) Google-Apple permettant aux applications de tracing de fonctionner est « disponible depuis quelques heures » pour « une mise en service le 15 mai » de la version finale. Interrogé sur la guerre commerciale engagée par Donald Trump avec la Chine, mais aussi avec la France (hausse des taxes sur les vins…), le commissaire européen n’a pas voulu se montrer offensif sur le sujet et a seulement prédit « une accélération » de la stratégie américaine.

 

 

« L’histoire nous apprend que ces crises sont des accélérateurs des tendances », a-t-il regretté, avant d’en profiter pour afficher les siennes, présentées peu avec la crise dans son plan industriel pour l’Europe. « On avait dit que notre économie soit plus verte, plus numérique, plus résilience, moins dépendante des autres. Ces tendances vont certainement s’accélérer ».

 

 

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