C’est le dernier discours aujourd’hui pour Christiane Lambert en tant que présidente au Congrès de la FNSEA, Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles. C’est une page qui se tourne pour le principal syndicat d’agriculteurs. Le 13 avril, ils éliront un nouveau représentant. Un scrutin qui devrait n’apporter aucune surprise. Jusque-là, seul Arnaud Rousseau s’est porté candidat.
« C’est quelqu’un qui a des convictions. Il est pragmatique et est très intellectuel, ce n’est pas un affectif »
Arnaud Rousseau est l’actuel président d’Avril, un groupe international d’entreprises agricoles qui emploie 7.000 salariés avec un chiffre d’affaires de 7 milliards d’euros par an. Depuis 2017, il préside aussi la Fédération des producteurs d’oléagineux. Son profil tranche avec celle qui le précède, de 12 ans son aînée. Lui est céréalier, Christiane Lambert est, elle, éleveuse de porc. Elle est à la tête d’une exploitation de taille raisonnable, lui, a l’image d’un agro-businessman. Du changement donc, mais pas une révolution. L’agriculture, Arnaud Rousseau l’a dans le sang malgré un parcours atypique. L’exploitation familiale se transmet depuis 6 générations. Diplômé d’une école de commerce, il se forme à l’étranger, mais aussi dans l’armée. Un CV miroir de sa personnalité, témoigne Olivier Nasles qui siège à ses côtés au bureau de la Fédération des producteurs d’oléagineux : « C’est quelqu’un qui a des convictions. Il est pragmatique et est très intellectuel, ce n’est pas un affectif ». Un pragmatique qui a une obsession : construire l’agriculture du futur, assurent ceux qui le côtoient à la FNSEA. Une agriculture qui répondrait aux demandes du marché : puissante et industrielle. « C’est vraiment l’économie d’entreprise et ca n’est pas forcément la défense du petit agriculteur » assure Olivier Nasles.
A lire aussi
Beaucoup considèrent Xavier Beulin comme le mentor d’Arnaud Rousseau
Il a ainsi pris position contre l’interdiction des néonicotinoïdes et critique en privé une conversion trop rapide vers le bio de certaines exploitations. Cette vision productiviste est dénoncée par Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne : « C’est le vrai visage de la FNSEA, très lié au monde de l’agroalimentaire dans une logique d’agrandissement des fermes et de disparition d’une partie des agriculteurs ». C’est une stratégie d’industrialisation de l’agriculture, très proche de celle défendue par l’ancien président de la FNSEA, Xavier Beulin, décédé en 2017 et que beaucoup considèrent comme le mentor d’Arnaud Rousseau. Au menu pour son mandat donc, faire passer l’agriculture française dans le monde de demain, comme l’expose Henri Bies-Péré, actuel vice-président de la FNSEA : « Il faut préparer l’agriculture du monde de demain. On a aujourd’hui de plus en plus besoin de prendre en compte tous les sujets autour du changement climatique, de la biodiversité. Il faut opérer cette transition, continuer de produire les volumes attendus par les consommateurs et pas seulement français. Il faut apporter de la nourriture au-delà de nos frontières. Le deuxième grand défi est le renouvellement des générations. Sur 430.000 agriculteurs, 200.000 seront à la retraite dans les 10 ans qui viennent. Comment trouve-t-on les jeunes ? Comment en fait-on un métier attrayant ? C’est un vrai sujet » confie-t-il.
Eric Kuoch