Air Liquide, leader mondial des gaz industriels, veut restructurer son activité santé à domicile en France. Il pourrait supprimer jusqu’à 430 emplois, soit environ 7 % des effectifs de cette division, certes marginale, mais stratégique pour ce groupe du CAC 40, qui fournit des gaz médicaux, des appareils de respirations et des masques.
L’annonce a pu surprendre alors que le groupe se porte bien. Son chiffre d’affaires a bondi de 7 % l’an dernier pour atteindre un niveau record à près de 30 milliards d’euros.
Son bénéfice récurrent a crû de près de 23 %. Le groupe a pu en effet répercuter à ses clients industriels la hausse des coûts de l’énergie. Il bénéfice aussi de la stratégie de décarbonation de la chimie ou de la sidérurgie, dont les usines consomment plus d’hydrogène et d’oxygène.
Air Liquide va supprimer 430 postes en France
Le groupe a décidé de supprimer des emplois en France car l’activité de santé à domicile se porte moins bien que le reste du groupe. Air Liquide est resté d’ailleurs très discret dans sa communication sur cette division lors de la présentation de ses résultats annuels en février. Selon le groupe, cette décision est le résultat de ses inquiétudes sur la prise en charge de la santé à domicile en France.
Air Liquide se retrouve coincé entre deux tendances : une hausse de ses coûts et des pressions continues sur les tarifs de remboursement. Le gouvernement veut mieux maitriser les dépenses de santé, y compris en ce qui concerne le maintien des patients à domicile.
Dans le même temps, les contraintes réglementaires entraînent une hausse des coûts, explique le groupe qui met aussi en avant l’adoption de nouvelles technologies plus coûteuses. Des coûts qui augmentent, des recettes sous pression, l’ordonnance est salée avec ce projet de réduction de 430 postes.
Air Liquide n’abandonne pas pour autant le secteur du soin à domicile
La santé reste un secteur à part entière pour le groupe qui s’est renforcé l’an dernier avec l’acquisition d’un spécialiste du diabète en Afrique du Sud. Cette branche pèse un peu moins de 15 % de son activité totale. La crise sanitaire a d’ailleurs mis en avant cette branche, avec une forte hausse de la demande d’oxygène médical. Et l’essor des maladies respiratoires chroniques et le vieillissement de la population devraient aussi soutenir la demande
La direction dit d’ailleurs croire résolument en ces métiers. Mais cela passe selon elle par un plan de transformation, notamment de la division Pharma Dom. Il faut simplifier le portefeuille de produits et regrouper des implantations.
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Malgré tout, on sent bien que les enjeux financiers autour de la santé en France ne sont pas aussi prometteur que ceux autour de la décarbonation de l’industrie ou du transport alors qu’Air Liquide se voit un avenir brillant dans l’hydrogène.
Pierrick Fay