Relever discrètement son niveau de langue, ajouter de la profondeur à ses conversations, et employer des mots rares, autant de clés distillées depuis l’an dernier par Karine Dijoud sur Radio Classique, grâce à sa chronique « Et si on parlait français ? ». Découvrez comment épater vos interlocuteurs.
Vous cherchez à mieux vous exprimer ? Commencez par utiliser çà et là des mots appartenant au langage soutenu. Au lieu de parler de « logique » ou de « raisonnement », si vous préfériez à ces mots celui de « dialectique » ? Ce terme qui vient du grec ancien, de la même famille de dialogue, désigne les moyens employés dans une discussion pour démontrer ou réfuter un argument. Il fait généralement son petit effet !
Si vous faites face à quelqu’un de « récalcitrant », autrement dit qui refuse de se laisser diriger, vous pouvez aussi dire « rétif » ou « rétive ». « Cet élève est rétif à toute explication sur la langue française ».
Thuriféraire plutôt que flatteur
Pour désigner quelqu’un d’aigri, un ancien adjectif revenu à la mode grâce à nos jeunes, je vous propose de franchir un pas supplémentaire et de parler d’un « atrabilaire » ! On pense à Molière, qui a écrit Le Misanthrope ou l’atrabilaire amoureux. Ce mot latin qui signifie littéralement « bile noire » a son équivalent grec : la mélancolie.
Puisque nous avons franchi ce pas vers une langue toujours plus soutenue, voici un exemple qu’on entend parfois dans la bouche de nos politiques : « thuriféraire ». Il désigne au sens figuré une personne qui fait des louanges excessives, et peut remplacer flatteur ou flagorneur. Thuriféraire vient du latin thus, encens, et du verbe fero : « je porte ».
Les paludoludiverbistes adorent les jeux de mots douteux
On l’espère, ces conseils laisseront vos interlocuteurs « pantois ». Un adjectif qui est aujourd’hui peu employé. Il vient du latin populaire pantasiare, qui veut dire littéralement : « dont le souffle est coupé par la surprise ou l’émotion ». Aujourd’hui son sens a évolué, « rester pantois », ou « laisser pantois », se rapproche plutôt d’être oppressé, hors d’haleine.
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Enfin il existe des nouveaux mots, inventés par des passionnés de la langue française. Ainsi, certains ont imaginé une nouvelle formule pour « la gueule de bois » : la xylocéphalie ! Il vient de xylo, le bois en grec ancien, et de céphalée, relatif à la tête.
Et si vous aimez les jeux de mots douteux, sachez que vous êtes un paludoludiverbiste : ce mot est composé de paludo, qui veut dire vaseux, ludi, le jeu, et verbisme, les mots !
Karine Dijoud
Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?