Placido Domingo : « Je ne sais pas combien de temps je vais encore chanter, j’ai certainement envie de continuer à diriger »

Vladimir Gerdo/TASS/Sipa USA/SIPA

Légende vivante de l’opéra, Placido Domingo a interprété le rôle de Francesco Foscari, doge de Venise dans I due Foscari de Giuseppe Verdi, à la Salle Gaveau ce samedi 12 février. L’occasion pour le ténor – devenu à présent baryton – de revenir sur ce rôle et sur sa passion pour l’art lyrique.  

« I due Foscari ouvre à une réflexion toujours actuelle » 

Bien moins connu que la Traviata que l’on ne présente plus, I due Foscari est le sixième opéra du compositeur romantique Giuseppe Verdi. Un ouvrage que Placido Domingo a découvert sur le tard. C’est à travers cette œuvre que Verdi a entamé sa quête de continuité dramaturgique. Pour ce faire, le compositeur italien a utilisé des réminiscences thématiques qui permettent d’accroître le drame. Un drame qui « ouvre à une réflexion toujours actuelle » confie Placido Domingo. L’incarnation du doge Francesco Foscari présente en effet une double complexité : l’homme est à la fois tiraillé entre son devoir politique, empreint de valeurs morales qui l’animent profondément et son amour filial. « C’est terrible mais à la fois, ce rôle de Francesco Foscari est très émouvant » assure le chanteur. Si sa voix de lirico-spinto a désormais laissé place à celle de baryton, la tessiture relativement aiguë de son rôle présente des similitudes avec celle du ténor. Moins célèbre de nos jours, c’était pourtant autrefois un opéra très populaire à la Scala de Milan : « il y avait de merveilleux barytons comme Cappuccilli. Il y a donc une époque ou I due Foscari était adoré par le public et donné très souvent en représentation ».

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Cette version de concert, exemptée de toute mise en scène et de costumes, ne dessert pourtant pas l’ouvrage affirme Placido Domingo. Au contraire, d’un point de vue scénique I due Foscari est un opéra statique et la version concert peut dans ce cas « aider à pénétrer plus profondément le drame intérieur du doge ». Cela fait une dizaine d’années que Placido Domingo interprète le rôle de Francesco et I due Foscari est – sans conteste – l’opéra Verdien qu’il a le plus chanté avec Macbeth, dans son rôle de baryton. « Pour moi c’était spécial de chanter des opéras en concert car aujourd’hui quand vous chantez une production, il faut répéter au moins 2 ou 3 semaines et cela demande beaucoup de travail. Je fais aujourd’hui beaucoup de concerts et j’en fais encore plus lorsqu’il s’agit d’opéras en version concert. J’adore ça ! » s’amuse-t-il à dire.

Placido Domingo a joué plus de 150 rôles de ténor et de baryton

Pour le chanteur lyrique, la Salle Gaveau est un véritable bijou. Il souligne par ailleurs sa programmation très riche avec de nombreux noms internationaux : « l’acoustique y est étonnante, le contact avec le public est complet ». La carrière de Placido Domingo est exceptionnelle. Avec plus de 150 rôles de ténor et de baryton, de Carmen à Samson et Dalila, il revendique son amour pour le répertoire français : « j’ai chanté un répertoire extraordinaire avec beaucoup d’opéras français comme Hérodiade de Massenet ou La Navarraise. Je pense que c’est difficile de trouver quelqu’un d’autre qui a chanté autant de répertoire français ». Placido Domingo cumule également les carrières musicales : en plus de celle de chanteur lyrique il est aussi chef d’orchestre : « je dirige également beaucoup le répertoire tricolore : Le Cid de Massenet, Roméo et Juliette de Gounod . J’ai vécu plus de 60 années et je ne sais pas combien de temps je vais encore chanter mais j’ai certainement envie de continuer à diriger la musique ».

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Véritable touche-à-tout il est également le fondateur du concours international de chanteur Operalia qui fêtera cette année sa 29ème édition. Ce concours lui permet de transmettre sa passion pour l’art lyrique à une nouvelle génération et témoigne ainsi de son amour pour la musique. Mais pour le baryton, une carrière de soliste ne s’improvise pas. Il faut d’abord trouver sa voix avant de trouver son répertoire : « si c’est une voix légère ça sera plutôt du répertoire Mozartien, du Haendel ou du Haydn. Il y a beaucoup de chanteurs qui se sont trompés de répertoire et la voix souffre ». La légende de l’opéra, âgée de 81 ans, aurait un dernier souhait avant de terminer sa carrière : diriger le sublime Requiem de Verdi, à la Salle Gaveau.

Ondine Guillaume

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