La vie quotidienne à Versailles au XVIIe siècle : cochons en liberté, odeurs et ramassage d’ordures

NAMUR-LALANCE/SIPA

Parler de Versailles, c’est souvent évoquer son château extraordinaire et ses perspectives sur des jardins à la française. Mais Versailles, c’est aussi une cité voulue et bâtie par Louis XIV comme un écrin destiné à accueillir son chef-d’œuvre. Si on a beaucoup raconté la vie à la cour, comment vivait-on en ville au XVIIe siècle ?

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L’historien Jacques Levron, grand érudit de la ville, nous donne une idée de l’agitation qui pouvait y régner au cours du Grand Siècle. Son ouvrage s’appelle Versailles, ville royale.

« Les rues sont pavées, mais les cochons s’y promènent librement, les carrosses côtoient les charrettes des paysans et les gueux tendent la main aux gentilshommes. Les rixes sont fréquentes, la misère s’étale au milieu du luxe, ville originale grouillante d’animations. Partout on construit, partout on s’installait parce qu’on veut s’y installer. »

La charge d’administrer cette cité va revenir à un intendant, Alexandre Bontemps, premier valet de chambre du roi. Les pouvoirs de justice et de police sont exercés par un bailli et un grand prévôt. Il y a toujours un quartier de la Prévôté à Versailles, un quartier du bailliage, qui est le quartier des Antiquaires.

Les Versaillais dénoncent les odeurs pestilentielles venues du château

Louis XIV attache de l’importance à l’harmonie, mais aussi à la sécurité de la nouvelle ville, avec un éclairage comme on en trouve extrêmement peu ailleurs, un ramassage d’ordures, des eaux qui sont acheminées via le bassin du fameux pavillon des Sources.

Les habitants, les commerçants, les artisans de Versailles sont très heureux d’être là parce qu’on gagne très bien sa vie dans la proximité immédiate de cette cour extrêmement nourrie et nourrissante.

Henri Gleize, dont le travail porte sur les années d’Ancien Régime, écrit :

« Périodiquement, des délégations renouvelaient les doléances des Versaillais néanmoins, car ceux-ci déploraient la quasi-inexistence de la voirie en dehors des routes principales en direction de Paris et de Fontainebleau, celle qu’empruntaient les princes. Ces mêmes Versaillais dénonçaient les odeurs pestilentielles, paradoxalement émanant du château en direction de la ville, qui rappelaient désagréablement aux passants l’insuffisance des commodités du domaine. »

Louis XV va parachever Versailles en l’adaptant au goût du jour

Louis XIV a beaucoup développé sa ville qui est un peu son enfant chéri, même s’il n’a pas réussi toujours à très bien l’entretenir. Quelques heures après la mort du souverain en 1715, le nouveau Régent décide de transférer tout le pouvoir à Paris. Quant au petit roi Louis XV, qui n’a que 5 ans, il s’en va à Vincennes et Versailles se vide.

La difficulté de vivre dans une ville abandonnée par la cour va perdurer jusqu’en 1722, date à laquelle Louis XV décide de rentrer au bercail. Il va entreprendre de parachever l’œuvre de son aïeul, mais en l’adaptant au goût du jour et en ne suivant pas toujours les grandes règles que son arrière-grand-père avait édictées.

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Versailles va se mettre à échapper à l’obsession d’harmonie et d’unité qui était celle de Louis XIV. L’écrivain Pierre-Robert Leclercq l’écrit :

« Quiconque se promène dans Versailles le remarque, le château est une œuvre du XVIIe siècle, la ville est du XVIIIe siècle. Louis XIV avait voulu sa paroisse royale et sa ville neuve. Toutefois, l’embryon de quartier que découvre son successeur n’a pas belle allure. Les Versaillais d’aujourd’hui peuvent flâner boulevard du Roi ou boulevard de la Reine. Les sujets de Louis XV n’ont là que l’étang de Clagny, c’est-à-dire un cloaque où se déverse un égout qui répand des odeurs nauséabondes. Son assèchement s’impose en une année, il est mené à bien, tandis que les chantiers se multiplient. »

Plus tard, la ville s’agrandit encore, se dote d’un corps municipal. À l’approche de la Révolution, Versailles, qui compte déjà entre 50 000 et 70000 habitants, est devenue une cité de premier plan. Elle porte à jamais, au-delà de toutes ses imperfections, la marque de son fondateur.

Franck Ferrand

 

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