Musique classique : De Mozart champion de billard à Chostakovitch fan de foot, 11 exemples de passions secrètes et inattendues de compositeurs

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On les imagine cloîtrés entre quatre murs, plume à la main, noircissant des partitions à longueur de journée… Pourtant, les plus grands compositeurs de l’histoire avaient aussi des passions et des hobbies qui les emmenaient bien loin de la musique. Le sport, la cuisine, l’astrologie ou encore l’agriculture, leurs vies cachent des trésors d’humanité et de curiosité.

1 – Mozart composait entre deux parties de billard 

Wolfgang Amadeus Mozart était un passionné de billard, au point de posséder sa propre table, acquise pour environ 300 florins, une somme équivalente à environ 6 500€ aujourd’hui.

Il jouait régulièrement avec des amis, dont le ténor irlandais Michael Kelly, et n’hésitait pas à jouer seul en l’absence de partenaire. Dans une lettre à son épouse Constanze, datée de 1791, il mentionne lui-même ses parties de billard, se désignant à la troisième personne avec une pointe d’humour caractéristique.

Ce qui est fascinant, c’est que le billard semblait stimuler sa créativité : il lui arrivait de s’interrompre en pleine partie pour griffonner des idées musicales sur un cahier posé à côté de la table.

À sa mort, l’inventaire de sa succession mentionne sans équivoque « une table de billard, cinq billes et douze queues »… témoignage tangible d’une passion sincère et durable. Certains historiens suggèrent même que les enjeux financiers liés à ses parties de billard auraient contribué à ses difficultés économiques récurrentes.

2 – Johannes Brahms était un marcheur inlassable

On imagine difficilement le sévère Brahms se perdre dans les bois, et pourtant… Le compositeur était un grand marcheur, passant des heures dans la nature pour y puiser son inspiration. Entre 1865 et 1874, il séjournait régulièrement à Baden-Baden (Lichtental), et c’est lors de ses promenades matinales dans les forêts environnantes que lui est venue l’idée de son célèbre Trio pour cor, violon et piano op. 40.

Il le confia à son ami et collègue Albert Dietrich, directeur de l’orchestre d’Oldenbourg : « Un matin, je marchais, et au moment où j’arrivais là, le soleil se mit à briller entre les troncs des arbres. L’idée du trio me vint à l’esprit avec son premier thème. »

3 – Sergueï Rachmaninov, passionné d’agriculture… et de bolides

On connaît Rachmaninov pour ses concertos vertigineux et sa maîtrise du clavier. On sait moins qu’il était aussi un passionné d’agriculture. Dès 1890, il séjournait régulièrement à Ivanovka, un vaste domaine situé au sud-est de Moscou, propriété de la famille Satin, sa famille par alliance. Là, il s’impliquait pleinement dans la gestion du domaine : inventaire des bêtes, entretien des machines, supervision des cultures…

Cette passion n’était pas sans racines, puisqu’il est né dans une famille de propriétaires terriens. Rachmaninov avait grandi dans le calme de la steppe russe. La Révolution de 1917 l’a contraint à quitter Ivanovka définitivement et à s’exiler aux États-Unis, laissant derrière lui ce domaine tant aimé.

Sergueï Rachmaninov / MARY EVANS/SIPA

Mais Rachmaninov n’était pas homme à se contenter d’une seule passion. Sur les routes, il se transformait en pilote intrépide, adorant les belles voitures et la vitesse, allant selon son épouse Natalia jusqu’aux limites de ses bolides.

Il établissait lui-même un parallèle saisissant entre conduite et direction d’orchestre : « Lorsque je dirige un orchestre, j’éprouve la même sensation que lorsque je conduis ma voiture, un calme intérieur qui me donne une complète maîtrise de moi-même. » Un homme de terre et de vitesse, donc, dont la sensibilité embrassait tout autant les grands espaces de la steppe russe que le rugissement des moteurs.

4 – Dmitri Chostakovitch, le fan de football qui aurait sacrifié son piano pour une partie de poker

Dmitri Chostakovitch était un fervent passionné de football, supporter acharné du FC Zenit de Leningrad. Il contribuait à des articles dans des journaux sportifs et tenait des livres de statistiques sur les équipes de sa ville natale. Arbitre qualifié, il connaissait le jeu dans ses moindres détails.

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Il rêvait de composer un hymne au football, vœu qu’il exauça avec le ballet L’Âge d’or, dont l’argument met en scène une équipe soviétique découvrant le monde capitaliste. En dehors du terrain, il aimait aussi le poker, avec moins de succès puisqu’il aurait perdu son grand piano de concert en 1930 !

5 – Giacomo Puccini a été victime d’un accident de voiture, résultat d’une passion dévorante

Giacomo Puccini était un homme de passions multiples. Installé à Torre del Lago au bord d’un lac, il embarquait régulièrement dans son canot à moteur pour chasser les canards et autres volatiles. Mais sa passion la plus dévorante était sans doute l’automobile. Il possédait de nombreuses voitures et était réputé comme un fin connaisseur en mécanique et carrosserie.

Giacomo Puccini / MARY EVANS/SIPA

Cette passion a failli lui coûter la vie lors d’un dramatique accident dans la nuit du 25 février 1903 : sa voiture dévala un talus et se retrouva sur un terrain en friche. Puccini a été retrouvé inconscient, coincé sous le véhicule, la jambe brisée. Une fracture du tibia qui lui laissa un pied boiteux jusqu’à la fin de ses jours. Cela ne l’empêcha pourtant pas de continuer à sillonner les routes italiennes et européennes.

6 – Sergeï Prokofiev, le compositeur redoutable sur scène et aux échecs

Prokofiev était un joueur d’échecs redoutable, étudiant les stratégies avec une rigueur de grand maître. En 1937, il disputa un match officiel en dix parties contre le violoniste David Oistrakh, au Club des Maîtres de l’Art à Moscou, devant des arbitres officiels et un public nombreux. Le perdant s’engageait à donner un concert pour les membres du club.

Sergueï Prokofiev / MARY EVANS/SIPA

Contre toute attente, Prokofiev s’inclina après sept parties disputées, et non Oistrakh, comme la légende populaire le laisse parfois entendre.

7 – Gustav Holst, le compositeur des Planètes, croyait en l’astrologie

On croit souvent que la suite orchestrale Les Planètes de Gustav Holst est une œuvre d’inspiration astronomique… C’est en réalité sa passion pour l’astrologie qui est à l’origine de ce chef-d’œuvre. Holst s’était plongé dans les écrits d’Alan Leo, grand maître de l’astrologie britannique, et confessait lui-même : « En règle générale, j’étudie uniquement les choses qui m’évoquent la musique… récemment, j’ai découvert l’astrologie et le caractère de chaque planète m’a suggéré des motifs. »

Gustav Holst / MARY EVANS/SIPA

Composées à partir de 1914, ses sept planètes (Mars le guerrier, Vénus pacifique, Jupiter joyeux, Saturne vieillissant, Neptune le mystique) ne sont pas des portraits astronomiques mais bien des archétypes astrologiques, allant de la force brute à la grâce céleste.

8 – Jean-Philippe Rameau, un amoureux des mathématiques

Le grand Jean-Philippe Rameau, père de l’opéra français et auteur des Indes Galantes, cachait une passion peu commune pour les mathématiques et la théorie musicale. En 1722, il publia son Traité de l’Harmonie réduit à ses principes naturels, s’appuyant sur les travaux du physicien Joseph Sauveur et sur la philosophie de Descartes.

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Il y démontra que derrière chaque son se cachent des combinaisons naturelles, qu’il nomma « accord parfait », régies par des lois universelles. Une véritable révolution intellectuelle qui renversa l’idée selon laquelle la mélodie était au cœur de la musique, au profit de l’harmonie comme principe fondateur. Cette quête théorique l’occupa jusqu’à sa mort en 1764.

9 – Félix Mendelssohn, dessiner ou composer ? Telle est la question

Félix Mendelssohn était non seulement un prodige de la musique, mais également un aquarelliste de talent. Ses voyages à travers l’Europe étaient autant d’occasions de croquer des paysages avec une précision technique éblouissante : les chutes du Rhin, les rives de Montreux et de Lucerne, ou encore la majestueuse Jungfrau.

En 1838, lors d’un séjour en Suisse, il confiait à son ami Karl Klingemann : « Je n’ai pas composé un seul morceau de musique, mais j’ai plutôt dessiné des jours entiers jusqu’à ce que mes doigts et mes yeux me fassent mal. » Ses aquarelles sont aujourd’hui visibles à la Mendelssohn-Haus de Leipzig et sur ce site.

10 – George Gershwin, musicien et peintre 

On connaît Gershwin pour sa Rhapsody in Blue, mais on sait moins qu’il était également un peintre de talent. La peinture lui offrait des moments de solitude bienvenus, loin de la frénésie de sa carrière. Il réalisa plusieurs portraits et autoportraits, dont un célèbre portrait d’Arnold Schoenberg, réalisé vers 1934, et conservé dans les archives Gershwin à la Library of Congress.

11 – Gioachino Rossini le gastronome, compositeur de musique et de menus

Gioachino Rossini n’est pas seulement l’auteur du Barbier de Séville, il est aussi l’un des plus grands gastronomes de l’histoire de la musique. La célèbre recette du Tournedos Rossini lui est traditionnellement attribuée.

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Durant sa retraite à Paris, entre 1857 et 1868, il composa ses fameux Péchés de vieillesse, un recueil de pièces pour piano et voix dont les titres témoignent avec humour de sa passion culinaireLes RadisLes AnchoisLes CornichonsLe BeurreOuf ! Les petits pois ou encore Hachis romantique. Rossini organisait lui-même des dîners fastueux chez lui, lors desquels il interprétait ces pièces en personne, régalant ses convives autant par la table que par la musique.

Daphnée Cataldo

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