JO d’hiver 2026 : 8 morceaux qui prouvent que la musique classique a toujours célébré le sport

JASPER JACOBS/BELGA/SIPA

À l’occasion de l’ouverture des JO d’hiver 2026, replongeons dans l’histoire fascinante du lien entre sport et musique classique.. À l’instar de l’amour ou de la mort, le sport peut être une source d’inspiration et un terreau fertile pour les artistes. À l’inverse, l’influence du sport sur l’esprit et la création artistique a toujours existé. Voici une sélection de morceaux liés à la musique classique et que chaque pratiquant devrait connaître.

« La musique de Chopin tire le rêve de la douleur », écrivait le général de Gaulle dans ses Mémoires (1954). Le sport, et plus largement l’activité physique, n’a cessé de susciter l’admiration des artistes, fascinés par les souffrances que pouvaient s’infliger les athlètes.

Au point d’inspirer le fond et la forme de certains thèmes. Que ce soit dans le choix des rythmes de leur morceau ou dans la représentation de leur ballet, l’artiste se mue en sportif pour incarner au mieux son sujet.

Rubgy d’Arthur Honneger (1928), une ode à l’exploit physique

Compositeur prolifique, Arthur Honneger réalise en 1928 Rugby, deuxième mouvement du triptyque commencé en 1923 avec son œuvre la plus célèbre, Pacific 231, et avant le Mouvement Symphonique n°3.

Initiateur d’un rapprochement inattendu entre rugby et musique classique, Honneger, régulièrement présent au stade Yves du Manoir de Colombes pour supporter le XV de France, rend hommage à sa deuxième passion, le sport (il pratique le football, la nage et le tennis au lycée).

« Je cherche tout simplement à exprimer, dans ma langue de musicien, les attaques et ripostes du jeu, le rythme et la couleur d’’un match au stade de Colombes », déclare-t-il lors de la sortie de Rugby. D’un style éclectique et utilisant tous les registres, du quatuor à cordes à l’opéra, la diversité de l’œuvre du compositeur suisse reflète sa volonté d’illustrer la transformation de la société, notamment par le sport.

Encore réservé aux amateurs, le rugby est ici dépeint comme un sport d’affrontement collectif. Avec de nombreuses ruptures, il entend décrire les courses brutales et irrégulières des joueurs pendant le match. « A la progression quasi systématique de la machine, j’ai voulu opposer la diversité du mouvement humain : ses brusques élans, ses arrêts, ses envolées, ses fléchissements. »

L’hymne de la Ligue des Champions de football, un refrain inspiré d’une œuvre de Haendel

Cette musique est sûrement l’une des plus connues des fans du football. Avant chaque ouverture de match, l’hymne de la Ligue des Champions de l’UEFA retentit, dans les stades mais aussi dans les programmes de télévision dédiés à la Coupe aux « grandes oreilles ».

Symbole de force et de grandeur de la compétition, l’œuvre a été écrite par le compositeur anglais Tony Britten en 1992. Or, ce dernier s’est fortement inspiré de Zadok The Priest, hymne de couronnement du roi George II de Grande-Bretagne et composé par Georg Friedrich Haendel en 1787.

Half-Time de Martinu, une œuvre pour retranscrire les tensions d’un stade

En 1924, le compositeur tchèque Bohuslav Martinu réalise Half-Time (« Mi-Temps » en français), un orchestre dans lequel il décrit les mouvements de foule dans un stade.

Pris par la tension régnant dans les travées du stade, le Tchèque, sans doute influencé par son colocataire Ondrej Sekora, journaliste sportif de Lidove Noviny, a puisé son inspiration dans un match de football auquel il a assisté lors d’un séjour dans son pays natal (il vit à Paris à cette époque).

Incriminé pour avoir plagié l’œuvre d’Igor Stravinsky, Le Sacre du Printemps (1913), Martinu s’accapare ses rythmes irréguliers en ostinato (motif rythmique répété obstinément).

L’Âge d’Or de Chostakovitch, entre football et politique

Teintée de politique, l’œuvre de Dmitri Chostakovitch, L’Âge d’Or (1928), met en scène une équipe de football soviétique en visite dans un pays capitaliste. Harcelés puis incarcérés, les joueurs sont libérés par les ouvriers locaux qui se révoltent contre leurs tortionnaires.

Influencé, lui aussi, par le style néoclassique de Stravinsky, Chostakovitch clôture son ballet par une communion entre footballeurs et ouvriers contre leur hiérarchie. Mise au ban par les dirigeants soviétiques, l’œuvre est finalement rejouée en 1982, avec un nouveau synopsis.

« Tennis », une pièce réalisée par Erik Satie

En 1914, Erik Satie compose Sports et Divertissements, cycle de vingt et une pièces brèves pour piano dont la dernière s’intitule « Tennis ». Cette discipline, encore réservée à de riches aristocrates, n’en est alors qu’à ses balbutiements. Pour autant, la pièce, dont l’alternance de notes aigues et graves rappelle le son de la balle échangée par deux joueurs sur un court, est un succès.

Erik Satie ne fut pas le seul à s’intéresser au tennis. Son ami Claude Debussy compose Jeux en 1912, un ballet chorégraphié par Vaslav Nijinski. S’efforçant de raconter la recherche d’une balle de tennis perdue par deux jeunes filles et un jeune homme, le compositeur frappe par sa modernité.

Plus tard, dans son ballet Le Train Bleu (1924), Darius Milhaud poursuit dans cette voie en prenant pour figure principale une championne de tennis et un joueur de golf. Critique sociale des Années folles, le ballet sera assez peu apprécié du public à sa création

Diriger un orchestre à la raquette, l’exploit de Gwyneth Walker

En 1985, Gwyneth Walker réalise Match Point, un orchestre en Quatre Mouvements d’un point de tennis (« Préparation », « Anticipation », « Le Point » et « Marche Triomphante »).

Dans ses notes d’avant-propos, la compositrice américaine stipule : « Il est suggéré que le chef d’orchestre porte des vêtements de tennis, ou au moins un chapeau de tennis. Les joueurs d’orchestre peuvent également porter des vêtements de tennis tels que des bracelets, des bandeaux et des baskets de tennis ».

A lire aussi

 

 

Si la tension ne cesse de s’accroitre au cours de la partie et de la composition, le chef d’orchestre doit être prêt à incarner au mieux le joueur de tennis. Le chef d’orchestre doit substituer à sa baguette une raquette de tennis lors des deux derniers mouvements. Le compositeur mène son orchestre à la manière d’un joueur de tennis dirigeant son échange.

Boxe et musique classique, entre élégance et violence

Au sortir de la Première Guerre mondiale, la boxe devient un des premiers sports professionnels de l’ère moderne et sert d’inspiration à certains musiciens. En 1922, le pianiste russe Alexandre Tcherepnine (1899-1977) compose Pour un entraînement de boxe, pour orchestre de chambre.

À l’image d’une partition jouée par un virtuose, la précision du jeu de jambes des boxeurs, si féconde pour la danse, ne fut pas non plus stérile pour la musique classique. Le noble art peut ainsi se lire comme une danse : il faut imposer son rythme à un adversaire. Le Ring de Filip Lazar (1894-1936), pianiste et compositeur roumain, illustre bien le combat du musicien face à sa partition.

Quand Tchaïkovski est devenu hymne national de la Russie

Suspendue des compétitions internationales entre 2020 et 2022 des suites des révélations d’un dopage organisé par l’Etat russe lors des Jeux de Sotchi (2014), la Russie est néanmoins autorisée à envoyer certains athlètes lors des Jeux Olympiques estivaux à Tokyo en 2021 et hivernaux à Pékin en 2022, mais sous bannière neutre.

Pour remplacer son hymne national interdit, le comité olympique russe avait finalement puisé dans sa riche histoire musicale pour célébrer chacune des victoires de « ses » athlètes. Les vingt victoires glanées lors des Jeux de Tokyo en 2021 avaient été ponctuées par un extrait du Premier concerto pour piano du compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski écrite en 1874.

Oscar Korbosli

 

Retrouvez l’actualité du Classique