« La criminalité en France est très importante, mais ce n’est pas un système mafieux » estime la magistrate Vanessa Perrée

Pierre Laguette/SIPA

Vanessa Perrée est procureure nationale du Parquet national anticriminalité organisée (PNACO). Cette toute nouvelle juridiction, entrée en fonction le 5 janvier dernier, vise à mieux lutter contre la criminalité organisée, alors que le narcotrafic concerne désormais des villes de taille réduite, épargnées jusque-là. Elle rejette les termes de « mexicanisation » ou « narco-État » pour parler de l’évolution du crime organisé en France.

Nommée à la tête du tout nouveau parquet national contre le crime organisé, Vanessa Perrée incarne la volonté de l’État d’apporter une réponse coordonnée et musclée à la montée des réseaux criminels. « Il existe déjà un parquet national antiterroriste et un parquet national financier, spécialisés pour être plus dynamiques sur certaines infractions. Le PNACO répond à la même logique : il s’agit d’une force de frappe nationale spécialisée dans la grande criminalité organisée », explique la magistrate.

Ce nouveau parquet se veut complémentaire des juridictions interrégionales déjà existantes. Il apporte un appui, coordonne et renforce l’action contre des réseaux qui ne connaissent pas les frontières administratives. « L’objectif est d’apporter un soutien, de coordonner et de renforcer l’action de ces juridictions régionales », précise-t-elle.

Vanessa Perrée : « La corruption commence à apparaître, nous devons lutter sans relâche »

Lors d’une conférence à l’université Paris Panthéon-Assas, en présence de Roberto Saviano, auteur de Gomorra, la question de la comparaison entre la France et l’Italie a été posée. Pour Vanessa Perrée, la situation française n’est pas celle d’un système mafieux : « En France, la criminalité organisée vise principalement le gain, sans idéologie, et elle est moins structurée qu’en Italie. » Elle nuance toutefois : « On a un crime organisé qui est très important en France, mais je ne pense pas et je ne veux pas croire pour le moment qu’on en soit à un système mafieux, même si les groupes criminels s’organisent, évoluent, se diversifient et diversifient bien sûr leurs activités. »

La magistrate insiste sur l’importance de suivre les flux financiers pour contrer l’infiltration du crime organisé dans l’économie légale : « Il est essentiel de savoir d’où vient l’argent, où il va, y compris à l’étranger, pour éviter qu’il soit réinjecté dans l’économie et réutilisé pour d’autres trafics. » Elle rappelle que la corruption émerge, et que la vigilance doit être de mise : « Il faut être attentif face à la corruption, qui commence à apparaître et contre laquelle nous devons lutter. »

DZ Mafia, une nouvelle forme de criminalité

La coopération internationale, notamment au sein de l’Union européenne, a connu des avancées significatives ces dernières années. Les dispositifs tels que le mandat d’arrêt européen facilitent désormais l’arrestation et le transfert de suspects d’un pays à l’autre, rendant la traque des réseaux criminels transfrontaliers plus efficace. Vanessa Perrée souligne également les progrès réalisés avec certains États tiers, en particulier les Émirats arabes unis, qui étaient auparavant réputés pour leur faible collaboration sur ces sujets. « La coopération s’est nettement améliorée depuis un an et demi avec des extraditions et des saisies qui ont pu être menées à bien », explique-t-elle, insistant sur l’importance de poursuivre ces efforts avec d’autres pays clés, comme la Colombie, pour entraver les routes du trafic de drogue.

Dans ce contexte de mondialisation des échanges et des trafics, la procureure observe aussi l’émergence de nouveaux phénomènes sur la scène criminelle française. Certains groupes, à l’image de la DZ Mafia, n’hésitent plus à s’afficher ouvertement sur les réseaux sociaux, revendiquant leur identité et leur territoire. « C’est un phénomène nouveau, qui traduit une évolution du crime organisé », analyse Vanessa Perrée. Là où la discrétion était autrefois la règle, l’ère numérique offre à ces organisations une vitrine inédite, contribuant à leur notoriété mais aussi à leur attractivité auprès des plus jeunes. Face à ces mutations, la justice doit adapter ses méthodes et redoubler de vigilance pour contrer cette criminalité qui se réinvente sans cesse.

Vanessa Perrée : « Les jeunes croient à ce rêve, mais il s’agit d’une catastrophe »

Vanessa Perrée insiste sur l’importance de la prévention auprès des jeunes attirés par les réseaux criminels. Elle met en garde contre les illusions véhiculées par la culture populaire : « Cette vie, ce n’est ni les jeux vidéo, ni un rêve. Ils pensent peut-être qu’ils vont gagner beaucoup d’argent, qu’ils vont être comme dans une série télé avec des armes, de l’argent, une vie facile à l’étranger. » Pour la procureure, la réalité est tout autre : s’engager dans la criminalité organisée, c’est s’exposer à la dépendance, à une violence extrême, à des menaces qui peuvent peser sur la famille, et cela concerne souvent des jeunes déscolarisés, en situation de précarité ou mal encadrés. « Ils croient à ce rêve, mais il s’agit d’une catastrophe, et la prévention est importante pour leur dire attention, vous rentrez dans quelque chose qui n’est pas un rêve, mais une impasse, avec un crime organisé qui ne va faire que vous utiliser », alerte-t-elle. Elle rappelle également la fermeté de la justice face à ces délits, soulignant que les peines prononcées sont lourdes et que la répression reste une priorité pour les magistrats français.

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Interrogée sur les risques et menaces auxquelles elle ou d’autres magistrats peuvent être exposés, Vanessa Perrée affirme : « Je fais mon métier, qui consiste en une lutte judiciaire. Il ne s’agit pas d’une guerre contre le crime organisé, mais d’un engagement collectif mené avec de nombreux magistrats spécialisés. »

Daphnée Cataldo

 

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