Européennes : Deepfakes, campagnes de manipulation, « l’IA donne un pouvoir colossal à la malveillance » s’alarme le fondateur de Make.org

Virginia Mayo/AP/SIPA

70 élections auront lieu en 2024, à un moment où l’Intelligence artificielle est devenue un outil dans la guerre informationnelle. Axel Dauchez, fondateur de la plateforme de mobilisation citoyenne Make.org, était l’invité de la matinale de Radio Classique ce vendredi 9 février. Il s’inquiète d’un risque majeur pour la démocratie.

 

Axel Dauchez , vous êtes inquiet pour la démocratie en Europe et redoutez une falsification des élections européennes par l’intelligence artificielle ? Pourquoi donc ?

On est en train de [se rendre compte du] niveau de violence de la guerre informationnelle. Ce qu’on soupçonnait a sauté maintenant aux yeux de tous : après l’attaque du Hamas, des étoiles juives sont apparues sur les murs de Paris posées par des Moldaves, payés par les Russes. Tous les médias traditionnels sont attaqués aussi. On n’est pas belligérants sur le sol ukrainien, mais en guerre informationnelle.

Ce phénomène des attaques externes, notamment russes, coïncide avec l’arrivée de l’IA qui donne un pouvoir colossal à la malveillance et à la volonté de déstabiliser les élections. C’est tellement puissant que les campagnes de manipulation peuvent délégitimer, voire disqualifier des élections.

Un deepfake a influencé les élections en Slovaquie

Il y a eu des élections nationales en Slovaquie, il y a 2 mois. Il a suffit d’un deepfake pour que ça ait un impact de 5 points sur les élections. Cette vidéo diffusant de fausses informations est sortie la veille de l’élection dans une période de réserve où personne n’avait le droit de parler. Le candidat pro-russe a été élu, la Slovaquie arrêté son soutien à l’Ukraine, et on a prouvé que le deepfake était d’origine russe.

C’est un phénomène très dangereux, surtout à la veille des européennes, qui sont des élections fragiles parce qu’en fait assez peu incarnées. C’est un risque pour la démocratie plus important que jamais.

L’interview de Vladimir Poutine par le journaliste américain Tucker Carlson fait-elle partie d’un arsenal de désinformation ? 

On est exactement dans la guerre informationnelle. Sur le fond, Poutine a voulu apparaître justement modéré et non effrayant, pour calmer la volonté américaine de soutenir l’Ukraine.

Des attaques individualisées et indétectables

Au moment du Brexit ou de la crise des gilets jaunes, on avait constaté que des puissances étrangères avaient influencé les débats via les réseaux sociaux. Est-ce qu’on est face à une menace de même nature ?

On est passé à une autre échelle. Effectivement, le cas le plus documenté est celui du Brexit. Il y a eu des ingérences extérieures avec le scandale de Cambridge Analytica. Maintenant on sait exactement ce qui s’est passé, les techniques qui ont été utilisées. L’intelligence artificielle permet d’avoir des attaques qui, au lieu d’être très visibles, sont individualisées et donc indétectables.

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C’est particulièrement dangereux. En 2024, 70 élections sont prévues. 2 milliards de personnes seront convoquées aux urnes. Ce risque arrive dans une année presque historique en termes d’élections. Le danger est maximum.

David Abiker

 

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