Réforme des retraites : Après la tempête de l’Assemblée, la tempérance du Sénat ?

Jacques Witt/SIPA

La réforme des retraites arrive au Sénat la semaine prochaine. Le contraste avec le spectacle qu’a donné l’Assemblée nationale sera saisissant parce que la gauche du Sénat et celle de l’Assemblée n’ont rien à voir.

 

Le contraste avec les excès à l’Assemblée sera saisissant

Au Sénat, il n’y a pas d’Insoumis. Voilà qui fera toute la différence puisque c’est bien LFI qui a, malgré les appels à la raison de ses partenaires, transformé l’Assemblée en ZAD avec une obstruction tellement grossière qu’elle lui a même valu de se faire tancer par Philippe Martinez. Quand la CGT trouve que vous allez trop loin, disons que c’est un signal. Au Sénat, il y a trois groupes de gauche : socialiste, écologiste et communiste, tous d’accord pour ne pas pratiquer l’obstruction. Leurs trois présidents se sont coordonnés hier. Ils prévoient un millier d’amendements quand la Nupes à l’Assemblée en avait déposé 18.000. Ils feront en sorte que l’article 7, celui qui prévoit le report de l’âge légal, soit bien débattu. Et ils promettent de se garder de tout dérapage en séance. Les attaques seront rudes sur le fond mais jamais personnelles. Le contraste avec les excès à l’Assemblée sera saisissant mais surtout il mettra du sel sur les plaies de la Nupes.

 

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Les sénateurs socialistes voudront démontrer que la gauche n’est pas forcément synonyme de désordre. Cela ne fera que projeter encore davantage de lumière sur les divisions qui, désormais, font que la Nupes se craquèle de toutes parts. Le PS est aujourd’hui coupé en deux, entre ceux qui veulent continuer de dériver derrière le bateau insoumis et les autres, qui croient en une alternance sociale-démocrate après Emmanuelle Macron. Les communistes ne supportent plus Jean-Luc Mélenchon depuis longtemps, qui, de son côté, ne leur a jamais pardonné d’avoir fait campagne pour leur propre candidat à la présidentielle.

 

Chacun sait que la Nupes explosera au moment des élections européennes

Même l’écologiste ultra-radicale Sandrine Rousseau appelle à un acte 2 de la Nupes avec davantage de démocratie interne sur les choix stratégiques. Traduction : l’hégémonie des Insoumis est attaquée et l’empêchement du débat sur l’article 7 la semaine dernière marque un moment de rupture entre LFI et ses partenaires. Le grand bazar de l’Assemblée a laissé des traces. Et quand on regarde à l’horizon, il y a les élections européennes. Chacun sait que la Nupes explosera de toutes façons à ce moment-là. Chaque parti ira se compter. Plus personne ne croit dans l’idée d’une liste unique. L’alliance à gauche qui a permis de faire élire 151 députés en juin paraît plus éphémère que jamais. Pour l’instant Jean-Luc Mélenchon répond à cette fragilité en multipliant les signes d’autorité et même de brutalité. C’est sa méthode. Elle lui a permis d’imposer sa ligne, celle de l’obstruction, la semaine dernière. La question c’est : pour combien de temps ?

David Doukhan

 

 

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