Interdiction de l’abaya à l’école : Gabriel Attal rompt avec la politique de Pap Ndiaye

ACCORSINI/SIPA

« L’abaya n’a pas sa place à l’école » déclarait dimanche dernier, au 20h de TF1, le nouveau ministre de l’Éducation Gabriel Attal. Tollé chez les Insoumis : le sujet divise la gauche et suscite la polémique. Quel objectif poursuivait donc le novice du nouveau gouvernement en s’attaquant dès le début de sa prise de fonction à un sujet si sensible ?

Gabriel Attal a de l’ambition et le sens de l’opinion, une opinion qui à quelque 80 % réclame la suppression de l’abaya ou de toute tenue qui symbolise l’appartenance à une communauté.

Personne en France ne peut nier la réalité de la progression d’un islam militant et porteur d’un projet politique. Les premières affaires portant sur la question controversée du voile remontent à 1989. Or, il a fallu attendre 2004, et bien des polémiques, pour faire voter une loi interdisant le port du voile à l’école ; une loi que plus personne ne conteste aujourd’hui.

Personne ne peut d’ailleurs nier la progression exponentielle de ce qu’on appelle pudiquement les « atteintes à la laïcité », dont un récent rapport estimait la hausse à 150 % rien que pour l’année dernière. Ces atteintes ne se résument pas à une affaire de vêtement. Il s’agit clairement d’un moyen d’évaluer la solidité et la résistance de la République.

Rapidité, netteté et fermeté : L’annonce de Gabriel Attal sera-t-elle suivie d’effet ?

Avant Gabriel Attal, personne n’avait osé s’attaquer de front au problème du port de l’abaya. Renvoyer la question aux chefs d’établissements, comme le faisait Pap Ndiaye, n’était qu’un moyen de se défausser. Gabriel Attal, par sa déclaration, veut rompre avec cette logique.

Gabriel Attal est novice pour un portefeuille aussi important, et il arrive un an après Pap Ndiaye là où ce dernier n’a pas réussi à prendre la mesure de son poste, s’est montré flou, sinon ambigu sur les questions de laïcité.

La tactique de Gabriel Attal consiste à prendre des décisions rapides, nettes et fermes. De ce point de vue, l’effet de son annonce sur TF1 est pleinement réussi. Dès dimanche soir, il a créé un événement, ce qui n’est pas donné à tous les ministres. Donc à tout le moins il a du savoir-faire dans la communication, même si c’est sur l’exécution de cette déclaration qu’il sera davantage jugé. L’école est un sujet qui concerne tous les Français ou presque. Emmanuel Macron l’a érigé en nouveau « domaine réservé ».

Par son annonce, Gabriel Attal cherchait-il à diviser la gauche ?

Pour l’heure, Gabriel Attal déclenche la fureur de la gauche des Insoumis, en particulier des écologistes de la tendance de Sandrine Rousseau. Autrement dit, de tous ceux qui ont acclamé le rappeur Médine.

Mais ce que le ministre de l’Éducation a obtenu surtout, c’est que la gauche, une fois de plus, étale au grand jour ses divisions. En bref, entre la gauche républicaine et la gauche communautariste, celle qui dénonce l’islamophobie pour mieux ignorer l’islamisme militant.

À lire aussi

 

Mais, du Rassemblement national au parti communiste, l’arc de ceux qui approuvent l’interdiction de l’abaya est très large. Pour Attal, c’est un joli coup.

Guillaume Tabard

Retrouvez tous les articles liés à la politique