Comment protéger les Français face à des attaques terroristes menées par des individus isolés ? L’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin y voit un immense défi. Invité de la matinale de Radio Classique, il plaide pour accentuer l’effort financier déjà consenti pour les services de renseignements.
Une minute de silence sera respectée ce lundi à 14h dans les établissements scolaires, en hommage à Dominique Bernard, le professeur tué à Arras vendredi 13 octobre. Trois ans (jour pour jour ce 16 octobre) après l’assassinat de Samuel Paty, on ne peut que constater cette « nouvelle phase du terrorisme » souligne Jean-Pierre Raffarin.
Comment l’Etat peut-il lutter contre ce « terrorisme individuel, cette forme de folie meurtrière » qui prend un individu ? L’une des solutions, selon l’ancien locataire de Matignon est d’être « encore plus armé pour détecter ceux qui tombent dans cette horreur ». Il insiste d’ailleurs sur « les efforts considérables » de l’Etat en faveur des services de renseignements « qui ont eu des moyens plus importants ». « Il est évident que c’est une priorité ».
L’assaillant d’Arras était fiché S
En parallèle, des mesures ont déjà été engagées dans certaines régions, qui gèrent les lycées, notamment « les portiques à l’entrée » pour empêcher l’intrusion d’armes. « Ces sujets sont déjà maîtrisés dans les aéroports et certains lieux publics ».
La faille se nicherait-elle ailleurs ? L’assaillant était fiché S, tout comme son père, qui a été expulsé en 2018. Son frère a quant à lui été emprisonné pour un projet d’attentat visant l’Elysée. La famille devait être expulsée, « mais il y a eu beaucoup de manifestations et de pression » pour qu’elle ne le soit pas, détaille Jean-Pierre Raffarin. « Il faut voir comment réguler l’action des associations qui mènent des combats idéologiques et qui se font complices d’une situation de nature criminelle ».
Pour autant, la question la plus compliquée, reconnaît l’invité de David Abiker, est bien la difficulté administrative à expulser des étrangers : « Les décisions d’expulsion ne sont pas toujours exécutées. Les pays sources n’acceptent plus leurs ressortissants. La question suscite des difficultés majeures notamment en Afrique », gangrénée par le terrorisme islamiste.
Des politiques violents entre eux à l’Assemblée nationale
Face à ces sujets, la classe politique française et la société en général ne réagit pas de la bonne manière, selon l’ancien chef du gouvernement. Elle se montre trop idéologique et manque de pragmatisme. Autre problème majeur : « Comment développer le respect de l’autre si les concurrents politiques ne se respectent pas à la télévision ? »
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La montée de la violence « part souvent du milieu politique », juge même Jean-Pierre Raffarin, fustigeant les provocations et certains gestes au sein de l’Assemblée Nationale. « Les jeunes voient que la politique tolère la violence. Or la violence et la guerre sont des sœurs jumelles. C’est la destruction de l’autre ». Le président du mouvement des Leaders pour la paix le martèle : « la paix ne tombe pas du ciel. Elle passe par le respect. Il faudrait dans toutes les écoles des cours contre la violence ».
Béatrice Mouedine