CAPUCON Renaud – biographie

Renaud Capuçon est peut-être le meilleur violoniste français actuel. Modeste et plein d’humour, il aime partager la musique et crée des festivals où les meilleurs artistes du monde se donnent rendez-vous. Il transmet son art aux jeunes, en musique de chambre et par l’enseignement. Un homme chez qui carrière internationale rime avec humanité.

Renaud Capuçon en 10 dates :

  • 1976 : Naissance à Chambéry (Savoie)
  • 1990 : Entre au CNSM de Paris dans la classe de Gérard Poulet
  • 1992 : Orchestre des Jeunes de la Communauté européenne, sous la direction de Giulini
  • 1996 : Fonde les Rencontres artistiques de Bel-Air
  • 1997 : Nommé violon solo de l’Orchestre des jeunes Gustav Mahler, sous la direction de Claudio Abbado
  • 2005 : Commence à jouer le Vicomte de Panette, le Guarnerius del Gesù ayant appartenu à Isaac Stern
  • 2013 : Crée le festival de Pâques d’Aix en Provence
    Enseigne au Conservatoire de Lausanne
  • 2016 : Directeur artistique des Sommets musicaux de Gstaad
  • 2020 : Publie son autobiographie Mouvement perpétuel, Une vie en musique (Flammarion)
  • 2021 : Prend la direction de l’Orchestre de chambre de Lausanne

 

Les concerts aux Arcs ont fait naître la vocation de Renaud Capuçon, qui entre au CNSM de Paris à 14 ans.

Renaud Capuçon commence le violon à 4 ans, sur les conseils d’une professeure d’éveil musical qui lui trouve « une bonne oreille ». Tout de suite, des répétitions en groupes et de petits concerts complètent les cours individuels. « Même avec un niveau débutant, je prenais contact avec la scène et le plaisir d’y jouer ». Pendant toute son enfance, il suit à la télévision Le Grand Echiquier, où Jacques Chancel reçoit Yehudi Menuhin, Daniel Barenboïm ou Pablo Casals. Des artistes qu’il va écouter pendant les vacances au festival des Arcs. L’hiver, toute la famille pratique le ski en journée et va aux concerts gratuits le soir. L’été, Renaud suit l’académie le matin et se promène en famille dans la montagne l’après-midi. « Une enfance saine, remplie de culture et de sport, » dit-il dans son autobiographie, où il cite aussi le tennis et le foot parmi ses loisirs.

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Il devient l’élève de Vida Reynols en 1986. Autrefois membre de l’Orchestre de Philadelphie après avoir étudié avec Georges Enesco et Carl Flesch, cette ancienne professeure du Curtis Institute et du CNSM de Lyon a pris sa retraite. Mais elle continue à enseigner en cours particuliers. Elle remet à plat la technique de son nouveau protégé, et insiste sur la décontraction du corps pour trouver sa propre sonorité. Avec une grande patience, elle cherche avec l’élève sans imposer. Renaud Capuçon continuera de travailler avec elle jusqu’en 1997, bien après sa sortie du CNSM.

A 14 ans, il est reçu au Conservatoire de Paris. Son nouveau professeur, Gérard Poulet, n’est pas d’un caractère facile. « Il valait mieux ne pas le décevoir. Nous étions tous terrifiés par ses humeurs légendaires. » Gérard Poulet va néanmoins lui donner « une très bonne technique et un vaste répertoire ». Au conservatoire, il rencontre Nicolas Angelich avec lequel il partage un amour pour Brahms. Un répertoire qu’ils enregistreront plus tard ensemble.

 

Claudio Abbado le nomme violon solo de deux orchestres qu’il a créés.

En 1992, il part en tournée avec l’Orchestre des jeunes de la Communauté européenne, fondé par Claudio Abbado. Au fond des seconds violons, il ressent son « premier grand choc musical », sous la baguette de Carlo Maria Giulini. Parmi les solistes figure Martha Argerich, qui deviendra dès 2002 l’une de ses partenaires privilégiés. « Jouer avec Martha, c’est voyager dans un univers sonore exceptionnel. […] Elle est un talent brut associé à un instinct et une écoute des autres hors du commun, » témoigne-t-il dans son livre Mouvement perpétuel, Une vie en musique.

Abbado repère le jeune violoniste en 1995. Son Prix de CNSM en poche, il est parti à Berlin se perfectionner à la Hochschule avec Thomas Brandis. Grand ami de Maria Jao Pires – alors la compagne d’Augustin Dumay –, le chef italien l’auditionne. Il lui donne des remplacements dans l’Orchestre philharmonique de Berlin, dont il est alors le chef, puis lui propose le poste de violon solo de l’Orchestre des Jeunes Gustav Mahler. « Il avait une sorte de tendresse dans la sonorité. Il aura marqué le siècle de façon solaire. C’était l’anti-chef dictateur. Il dirigeait d’égal à égal. Il parvenait à conquérir par la douceur. […] Il nous demandait de l’appeler Claudio, pas « Maestro », et nous invitait à le tutoyer », se souvient le violoniste dans Le Temps en 2014.

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Pendant 3 ans, le jeune homme se familiarise avec les partitions de Richard Strauss, Mahler, Stravinsky, et Chostakovitch. « J’ai appris à respirer, à être le leader de toute une section, la courroie de transmission entre le chef et les musiciens. » Une expérience qui a rejailli sur son jeu en tant que soliste. En 2001, Abbado recrée l’Orchestre du Festival de Lucerne. Emmanuel Pahud, Clemens Hagen et Aloïs Posch font partie de l’aventure avec Renaud Capuçon, qui les invitera souvent dans ses futurs festivals. Une profonde amitié naît aussi avec l’assistant d’Abbado au Philharmonique de Berlin : Daniel Harding sera son témoin lors de son mariage avec la journaliste Laurence Ferrari en 2009. Il enregistrera avec lui son premier disque en 2001, consacré au répertoire français (Virgin/EMI).

 

Son violon a appartenu à Isaac Stern pendant 50 ans.

En 1995, Renaud Capuçon participe à l’académie de Verbier avec Isaac Stern. Il joue alors un Castagneri, offert par ses parents. Stern a sous ses doigts un Guarnerius del Gesù. L’élève admire sa sonorité, sans se douter que ce violon deviendra un jour le sien. Après avoir joué le Guadagnini d’Arthur Grumiaux et le Stradivarius d’Augustin Dumay, Renaud Capuçon se voit proposer en 2005 d’essayer deux Guarnerius del Gesù : le « d’Egville » de Menuhin et le « Vicomte de Panette » de Stern. « Essayer un violon est comme rencontrer une personne. Le Vicomte de Panette a un son chaleureux, jamais agressif et pourtant qui porte beaucoup. J’ai senti qu’il pouvait être ma voix pour communiquer avec le public, mon partenaire musical, » raconte le violoniste lors d’une interview en 2019 à la Bibliothèque du Congrès de Washington. Une banque suisse lui prête l’instrument, avant qu’il ne l’acquiert en 2017. « C’était une grosse décision. Ma femme m’a soutenu. Si elle avait douté, je ne l’aurais pas fait. Mais en être propriétaire m’a permis de faire un pas de plus dans la confiance en l’instrument. C’est une belle histoire de rembourser chaque mois son violon ! » déclare-t-il sur Europe 1 en 2019.

 

Renaud Capuçon n’a qu’un credo : le partage de la musique.

Il a toujours aimé organiser des concerts. Déjà, en 1996, il fonde les Rencontres artistiques de Bel-Air, près de sa ville natale de Chambéry. En 2010, à la naissance de son fils Eliott, il clôture le festival… avant d’en créer un autre en 2013 : le festival de Pâques d’Aix en Provence, avec la complicité de Dominique Bluzet. Une aventure musicale où toutes les générations se croisent, et où les plus grandes figures du monde classique côtoient de jeunes musiciens à l’aube de leur carrière. Il aussi participé dès 1997 à l’émergence du Festival de Pâques de Dauville autour d’Yves Petit de Voize. Et, en 2016, on lui demande de diriger le festival d’hiver de Gstaadt.
Dans ces festivals, Renaud Capuçon a bien-sûr fait venir les complices de ses enregistrements chez Warner : Nicolas Angelich et Michel Dalberto, Gérard Caussé ou encore son frère Gautier (intégrale de la musique de chambre de Brahms, de Fauré et de Ravel), Franck Braley (trios de Schubert, sonates et trios de Beethoven), David Fray (sonates de Bach), Khatia Buniatishvili (sonates de Franck et Grieg), Daniel Harding (concertos de Mendelssohn, Schumann, Brahms et Berg) et Yannick Nézet-Séguin (concertos de Beethoven et Korngold), Bertrand Chamayou et Edgar Moreau (sonates et trios de Saint-Saëns et Debussy). Mais aussi Martha Argerich, Lahav Shani, et tant d’autres.

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Mais le partage se trouve aussi hors des salles de concert : ehpad, hôpital pour les malades du cancer, restaurant pour les personnes en situation de précarité. « La musique ne peut et ne doit pas être seulement réservée à des connaisseurs. Elle doit être un instrument de lien entre les hommes, » rappelle Renaud Capuçon dans son autobiographie.
Les réseaux sociaux sont pour lui un moyen supplémentaire de créer un lien avec son public. Pendant le confinement du printemps 2020, il poste chaque matin une vidéo où il joue un morceau différent. Le programme fait l’objet d’un disque l’année suivante, pour se souvenir de ces moments de partage.

Extrait du Concerto pour violon n°3 de Mozart (Renaud Capuçon, Orchestre de Chambre de Verbier, dir. Ton Koopman)

 

La musique est vivante, parfois nouvelle. Il faut la transmettre, mais sans que le soliste implose.

C’est encore le partage qui préside à son envie de commander et créer des œuvres contemporaines, comme il l’avait vu faire à Lockenhaus par Gidon Kremer : trio de Greiff (qui devait lui écrire un concerto), sonate et concerto de Dusapin, concertos de Conesson, Rhim, Mantovani, Jarrell ou encore de la jeune génération tels Benjamin Attahir et Camille Pépin.

« J’avais demandé [à Abbado] pourquoi il aimait tellement jouer avec des jeunes, et il m’avait dit: « Tu comprendras dans quelque temps.» Et je me mets effectivement à comprendre. » Renaud Capuçon ne se contente pas de programmer les jeunes dans ses différents festivals. Depuis 2013, il enseigne aussi à la Haute Ecole de Lausanne, où il a fondé l’ensemble Lausanne Soloists en 2018. Il n’hésite pas à rappeler à ses élèves l’importance de l’expérience en orchestre. Ainsi son élève Raphaëlle Moreau (la sœur du violoncelliste Edgar Moreau) est-elle devenue, à son tour, violon solo des Jeunes Gustav Mahler. « Une carrière de soliste nécessite un don musical, certes, mais aussi des nerfs solides, une santé de fer, des idées et du charisme. C’est tout cela que j’essaie de transmettre. […] J’ai vu naître de nombreux talents. Mais beaucoup d’entre eux se sont laissé happer par la célébrité, piéger par leur manque de répertoire, ou encore se sont perdus en raison d’un manque de maturité. […] Une carrière, c’est une course de fond, en aucun cas un sprint. »

Alors, quelle est la « recette » pour ne pas imploser en plein vol ? « La clé pour assurer plus de 100 concerts par an, c’est la famille et l’équilibre. Le sommeil, aussi. Dormir pas forcément beaucoup, mais intelligemment, » explique-t-il à Anne-Elisabeth Lemoine sur le plateau de C’est-à-vous en 2018. Prendre des vacances aussi, comme il le dit sur Canal + : « Depuis que je connais ma femme, je prends 3 semaines de vacances chaque été. Elle m’a appris à m’arrêter. C’est essentiel. Il faut se reposer, et laisser l’instrument de côté quelques temps permet ensuite de retrouver le plaisir du jeu quand on reprend. » Une gageure pour cet hyperatif qui s’est mis à la direction d’orchestre en 2020, et est tout de suite devenu le chef de l’Orchestre de Chambre de Lausanne.

 

Sixtine de Gournay

 

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