MEHTA Zubin – biographie

(1936- ) Chef d'orchestre

Zubin Mehta fait partie des chefs d’orchestre appréciés de leurs musiciens. Charismatique, son moteur est avant tout l’amour de la musique, que lui a transmis son père. Sa carrière fulgurante n’empêche pas de longues collaborations, avec Los Angeles, New York ou encore le Philharmonique d’Israël. Comme le dit son ami le violoniste Itzhak Perlman, “il y a beaucoup de bons chefs dans le monde, mais très peu ont ce petit élément en plus qui est la communication.”

 

Zubin Mehta en 10 dates :

  • 1936 : Naissance à Bombay
  • 1954 : entre à l’Académie de musique de vienne
  • 1958 : 1er Prix du Concours de Liverpool
  • 1960 : chef associé de l’Orchestre philarmonique de Los Angeles, puis directeur artistique
  • 1961 : directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Montréal
  • 1968 : conseiller musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël
  • 1978 : directeur du Philharmonique de New York
  • 1985 : directeur du Mai musical florentin
  • 1998 : directeur général de la musique de l’Opéra de Munich
  • 2019 : fait ses adieux à l’Orchestre philharmonique d’Israël

Violoniste et chef d’orchestre, Mehli Mehta forme l’oreille de son fils aîné grâce aux enregistrements des grands orchestres mondiaux

Zubin Mehta naît à Bombay en 1936, dans une famille de la communauté parsie. Son petit frère Zarin arrive deux ans plus tard. “Il y a toujours eu de la musique à la maison, toute la journée”, se souvient le chef en 1998 dans le documentaire de Reiner Moritz Zubin Mehta, A world of music. Leur père, Mehli Mehta, est violoniste et crée l’Orchestre Symphonique de Bombay un an avant la naissance de son fils aîné. Non seulement il fait travailler les différents pupitres chez lui, mais il donne aussi des leçons de violon. Il fonde également le Quatuor à cordes de Bombay en 1940, qui répète bien-sûr chez lui. Mehli Mehta fait en outre écouter à Zubin des enregistrements de différents orchestres et chefs : Philadelphie avec Stokowski, Furtwängler et le Philharmonique de Berlin, Toscanini avec le BBC ou le NBC. “Cela m’a donné un incroyable socle de connaissances en matière orchestrale.” Lorsque le journaliste américain Charlie Rose demande à Zubin en 1996 quelle est la personne qui l’a le plus influencée, le chef répond son hésiter : “mon père”.

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Lorsque l’Inde acquiert son indépendance en 1947, Zubin a 11 onze. La famille quitte le pays dans les années 50 et s’installe en Angleterre en espérant une meilleure situation financière. Son père prend un poste de chef d’orchestre à Manchester, où la population n’est guère accueillante avec les Indiens. Chef assistant pendant un an à Liverpool, après avoir remporté le concours, Zubin Mehta a eu lui-même des difficultés à s’imposer du fait de ses origines. “En revanche je n’ai jamais eu ce genre de problème ailleurs. Je n’ai pas ressenti ça en arrivant à Vienne”, témoigne-t-il en 2008 au micro de NDTV, la chaîne d’actualité indienne.

 

A Vienne, Zubin Mehta complète sa formation et hérite d’une longue tradition d’interprétation

A 18 ans, Zubin Mehta entre à l’Académie de musique de Vienne. Il y restera six ans. Il a déjà des notions d’harmonie et de contrepoint, acquises avec un professeur de son école jésuite à Bombay. En revanche, c’est à Vienne qu’il découvre la manière d’analyser une partition. Il s’inscrit dans la classe de direction de Hans Zwarowsky, qui a connu Schönberg et Richard Strauss. Ce fabuleux professeur, avec lequel il parle art et musique pendant des heures, lui transmet une tradition d’interprétation qui remonte à Mahler. Il assiste à divers concerts, notamment au Musikverein où il entend Karl Böhm diriger le Philharmonique de Vienne dans Brahms. Un choc !

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Mais Zubin veut aussi expérimenter la position d’un instrumentiste dans l’orchestre, face au chef. Il apprend donc la contrebasse et fait des remplacements. Dans un film de Christopher Nupen, tourné en 1969, on peut le voir en train de s’amuser sur La Truite de Schubert avec ses amis Daniel Barenboim, Jacqueline Du Pré, Itzhak Perlman et Pinchas Zukerman. Un moment d’anthologie, qui montre de rares images de Zubin Mehta à la contrebasse. A l’époque, le musicien est déjà chef à Los Angeles et à Montréal. Car tout s’est très vite enchaîné après ses études à Vienne.

 

Los Angeles, Montréal, New York, Munich : Mehta mène une carrière éblouissante à la tête d’orchestres prestigieux

En 1960, il remplace Igor Markevich à Montréal, puis Fritz Reiner l’année suivante à Los Angeles. L’orchestre américain est tellement séduit, qu’on lui propose le poste de directeur musical ! Il y restera 16 ans jusqu’en 1978, en cumulant avec la direction artistique du Symphonique de Montréal jusqu’en 1967. “Los Angeles était l’instrument de mes rêves. Mais à un moment j’ai senti qu’il fallait que quelqu’un d’autre vienne leur apporter son interprétation, et que moi j’aille convaincre ailleurs.” Il devient donc directeur musical du Philharmonique de New York, à la suite de Boulez. Il y restera jusqu’en 1991. Entre-temps, il a pris la direction du Mai musical florentin en 1985. Puis il devient directeur général de la musique à l’Opéra de Munich de 1998 à 2006. L’Orchestre Philharmonique de Munich crée d’ailleurs pour lui le titre de chef honoraire en 2004. Il dirige alors régulièrement en Espagne pendant 10 ans, au Palau des Arts de Valence, jusqu’en 2014. Son ascension fulgurante et son éblouissante carrière ont de quoi donner le tournis. S’il cumule souvent plusieurs postes, Mehta a toujours pris le temps de travailler en profondeur avec chacun des orchestres dont il est titulaire. Sa plus longue collaboration reste avec le Philharmonique d’Israël.

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L’histoire d’amour aura duré 50 ans entre le Philharmonique d’Israël et son chef

La longue histoire de Mehta avec le Philharmonique d’Israël commence en 1968. Le chef est d’abord conseiller musical de l’orchestre, avant d’en prendre la tête en 1977. Les musiciens l’aiment tellement, qu’en 1981 il est carrément nommé directeur musical à vie ! Il respecte la sensibilité du public, et évite par exemple de jouer Wagner pour ne pas rappeler “les souvenirs d’une époque de terreur” aux anciens déportés, explique-t-il à la chaîne qatari Al Jazeera en 2015. En même temps, il encourage à son échelle le rapprochement des peuples. “Je soutiens des programmes d’éducation musicale pour des enfants au Nord d’Israël. Nous avons déjà sept étudiants arabes du Nord qui ont pu intégrer l’Université de Tel-Aviv, et que nous prenons dans l’orchestre de temps en temps comme remplaçants. Et nous jouons aussi avec des solistes arabes. Je rêvais que des arabes jouent dans cet orchestre au milieu des juifs. Nous portons un message positif, sans drapeau ni propagande.” Mehta a appris la tolérance dès son enfance, dans une école jésuite où six religions différentes étaient représentées. Depuis, il cherche à la transmettre par la musique.

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Lorsque Zubin Mehta annonce à l’automne 2019 qu’il quitte ses fonctions, c’est un déchirement. “Ils m’ont adopté, et moi aussi. Je suis un ami d’Israël et cet orchestre est devenu ma famille”, confie avec émotion le vieux chef de 83 ans, dans une interview à Medici juste avant son concert d’adieu. Zubin Mehta ne disparaît pas totalement de la scène, mais a décidé de se mettre en retrait pour raisons de santé. “Il y a de formidables chefs dans la nouvelle génération, et je suis très curieux de voir ce qu’ils vont donner. Il faut juste leur donner leur chance”, s’était-il exclamé en 2012 à Misha Damev, l’actuel directeur du Festival de Montreux-Vevey. Son successeur à la tête du Philharmonique d’Israël s’appelle Lahav Shani. Il est né à Tel-Aviv et connaît bien l’orchestre. Il a même été l’assistant de Mehta lors d’une tournée en Asie en 2010. Il a 32 ans au moment de sa prise de poste… l’âge de Mehta au début de sa formidable histoire avec cet orchestre. A l’instar du maître, le brillant jeune chef cumule déjà avec un autre poste, au Philharmonique de Rotterdam.

 

Face aux musiciens, un chef d’orchestre doit savoir communiquer une vision claire

Quand Jamie Wax, journaliste de CBS News, lui demande où il trouve autant d’énergie quand il dirige, Mehta répond : “L’énergie est l’amour, la compréhension de la musique.” Avant d’ajouter : “C’est ma profession de communiquer”.

“Le chef doit avoir la construction de toute l’oeuvre très clairement en tête, avec une connaissance profonde de la partition et du style du compositeur. Face à un orchestre de 110 musiciens, ce que vous communiquez doit les convaincre. Quand on manque de maturité sur une œuvre, les musiciens le sentent, et vous le font sentir, même si vous avez bien préparer la partition”, explique-t-il dans le documentaire A world of music qui lui est consacré. “Dans ma jeunesse, on m’a proposé de diriger le Philharmonique de Berlin dans la 1ère Symphonie de Mahler. Je ne l’avais jamais joué. Je suis donc allé voir Bruno Walter, qui m’a donné beaucoup de conseils. Ensuite, face à l’orchestre, à Berlin, j’étais en confiance.” De son propre aveu, Mozart et Stravinsky sont les compositeurs qu’il a le plus joués, au milieu d’un répertoire allant du XVIe siècle (Gabrieli) jusqu’à Schönberg, et dans lequel ce sont glissées aussi quelques créations contemporaines. Symphonique ou lyrique, Mehta est à l’aise dans tous les genres. Toute sa vie, il a mis en pratique le conseil que Karajan lui avait donné à Salzbourg en 1962 : ne pas tomber dans la routine.

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Développer la musique classique en Inde fait partie des objectifs de la Fondation Mehli Mehta

“Après avoir quitté l’Orchestre de New York en 1991, je me suis promis de prendre chaque année deux mois de vacances. Mais je ne l’ai jamais fait ! Car il y a toujours des engagements, ou des projets qui me tiennent à cœur, notamment dans mon pays.” Si Mehta a quitté l’Inde en 1954, il y retourne régulièrement depuis 1967. Il est ainsi très impliqué dans la Fondation créée par son père en 1995. Cette Fondation Mehli Mehta fait notamment découvrir la musique classique occidentale aux enfants indiens par la pratique d’un instrument et la chorale. Quand NDTV lui demande en 2013 pourquoi les enfants indiens ont intérêt à découvrir cette musique, il répond : “Parce qu’elle existe ! Mais surtout parce qu’elle est tellement différente de la musique classique indienne où chaque instrumentiste improvise seul”.

Ouverture des Noces de Figaro de Mozart, avec le Philharmonique d’Israël (Carnegie Hall de New York en 2017)

 

Aujourd’hui, Zubin Mehta peut enfin prendre un peu de repos dans sa belle maison californienne avec sa femme, l’actrice holywoodienne Nancy Kovak qu’il a épousée en 1969. Son premier mariage avec la soprano Carmen Lasky s’était soldé par un divorce en 1964 – avant qu’elle n’épouse son frère Zarin Mehta deux ans plus tard. Leur fils Mervon, d’abord acteur, est ensuite devenu administrateur de salle de concerts où il programme du classique, du jazz et des musiques du monde. Zubin Mehta avait reçu de son père sa passion pour la musique classique, et il a aussi réussi à la transmettre à la génération suivante.

“Je me sens chanceux de toucher le génie des compositeurs tous les matins. Et je dis aux musiciens : “ne prenez pas cela comme un dû ; regardez autour de vous, combien de personnes ont cette chance ?”

 

Sixtine de Gournay

 

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