HAHN Hilary – biographie

(1979- ) Violoniste

Hilary Hahn fait partie des violonistes majeurs de sa génération. Enfant prodige, elle donne son premier concert avec orchestre à seulement 11 ans. Sa virtuosité s’est vite doublée d’une maturité musicale qui n’a fait qu’amplifier avec le temps. Bien ancrée dans son époque, elle est très présente sur les réseaux sociaux. Une communication directe avec le public, qu’elle met au service de la création contemporaine pour promouvoir les oeuvres dont elle passe régulièrement commande.

Hilary Hahn en 8 dates :

  • 1979 : naissance à Lexington, en Virginie (Etats-Unis)
  • 1983 : commence le violon avec la méthode Suzuki
  • 1989 : entre au Curtis Institute de Philadelphie
  • 1991 : Premier concert avec orchestre aux Etats-Unis (Orchestre de Baltimore)
  • 1993 : Premier concert en Europe, dirigé par Ivan Fischer (Budapest)
    Acquiert un violon signé par Jean-Baptiste Vuillaume en 1864
  • 1997 : 1er disque, consacré à Bach (Sony)
  • 2009 : Crée le Concerto de Higdon
  • 2018 : Enregistrement de la suite des œuvres pour violon solo de Bach (DG)

 

Enfant prodige, Hilary Hahn commence le violon à 4 ans avec la méthode Suzuki

Dans Diapason, Hilary Hahn raconte comment elle a commencé le violon : elle avait vu une pancarte “cours de musique pour les enfants de quatre ans”. Avec humour, elle ajoute « s’il avait été inscrit ‘cours de football pour les enfants de quatre ans’, je me serais peut-être mise à jouer au foot et non au violon !” Mais ses dons se révèlent vite une évidence. Elle entre à l’Institut Peabody de Baltimore. Son professeur, Klara Berkovich, la fait débuter avec la méthode Suzuki, particulièrement adaptée aux très jeunes enfants. A 10 ans, elle est déjà capable d’assurer un récital.

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La violoniste combine la technique des écoles russe et franco-belge

« J’ai le sentiment d’appartenir à une grande lignée. D’ailleurs, les violonistes que j’aime sont ceux qui sont morts, avec lesquels je garde un lien au travers de leurs enregistrements », déclare-t-elle au Monde en 2002. Le “lien” est peut-être même plus proche que cela. Car Klara Berkovich lui a transmis les tenants de l’école russe du violon, dont elle est issue. A ce premier héritage technique et artistique, Hilary Hahn en a bientôt ajouté un second : l’école franco-belge. En 1989, elle entre au Curtis Institute de Philadelphie dans la classe de Jascha Brodsky. Le violoniste est l’un des derniers élèves d’Eugène Ysaÿe, le virtuose et compositeur belge qui a tant marqué l’Europe au tournant du XXe siècle. Hilary Hahn travaille avec Brodsky jusqu’à sa mort en 1997. Depuis, on ne peut que s’incliner devant son impeccable technique d’archet, son legato et son intonation sans faille.

Après son diplôme, l’adolescente de 16 ans décide de rester encore quelques années pour se perfectionner en violon avec Jaime Laredo, et en musique de chambre auprès de Felix Galimir et Gary Graffman. Pendant les vacances d’été, elle participe au festival de Marlboro. En 1999, elle obtient finalement un Bachelor of Music. Mais loin de se limiter à la musique, elle apprend aussi des langues étrangères. Elle passe ainsi quatre étés en immersion complète au Middlebury College, dans le Vermont, et acquiert ainsi une bonne connaissance du français, de l’allemand et du japonais. Très utile quand on se destine à une carrière de soliste internationale, qui doit voyager et répondre à des interviews.

 

De New-York à Munich, Hilary Hahn démarre sa carrière sur les chapeaux de roue

Bien avant la fin de ses études, sa carrière est déjà lancée. Elle joue avec le Philharmonique de New York, l’Orchestre de Cleveland, et celui de Philadelphie. En 1993, elle traverse l’Atlantique et interprète au Festival de Budapest la Sérénade de Bernstein sous la direction d’Ivan Fischer. Deux ans plus tard, elle donne le concerto de Beethoven à Munich, avec l’Orchestre de la Radio Bavaroise dirigé par Lorin Maazel. Le maestro est d’ailleurs l’un des deux chefs qui l’ont le plus marquée à l’adolescence, comme elle le confie à Strings Magazine en 1999 – l’autre étant David Zinman, alors à la tête de l’Orchestre Symphonique de Baltimore, la phalange qui a accompagné Hilary Hahn pour son premier concert avec orchestre en 1991.

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Baltimore, cette ville dans laquelle elle a grandi et qui a vu à la fois ses débuts à l’instrument et au concert, est aussi le témoin d’une de ses plus belles rencontres : son violon. En 1993, à la fin d’un récital, un couple russe lui propose d’acquérir l’instrument hérité d’un grand-père de Saint-Pétersbourg. Or ce violon n’est rien moins qu’un Vuillaume del Gesù de 1864, l’une des copies de Guarnerius que le célèbre luthier français avait coutume de réaliser au XIXème !

 

Bach lui inspire son premier disque chez Sony, vite repéré par la critique

Certains artistes passent d’abord par de petites maisons de disques avant de décrocher un contrat auprès d’une major. Pas Hilary Hahn. Son premier enregistrement sort directement sous le label Sony. Depuis son entrée au Curtis Institute, la violoniste travaille les Sonates et Partitas de Bach tous les jours. C’est donc naturellement ce compositeur qu’elle choisit pour son premier disque. La critique spécialisée se montre enthousiaste. Elle a 17 ans, on parle d’enfant prodige. D’autant plus que les musiciens préfèrent en général patienter quelques années avant de graver ces sommets de la littérature pour violon. « Pourquoi attendre d’avoir 75 ans pour enregistrer les Partitas ? Cela ne veut pas dire que je ne les enregistrerai pas à nouveau », s’exclame-t-elle dans les colonnes du Monde de la Musique. En fait, elle va simplement les enregistrer en deux fois. Sur ce premier album, figurent la Partita n°1, et les deux premières sonates. La suite viendra plus tard, en 2018.

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La musique contemporaine et la création sont au cœur de ses priorités

Celle que le Time Magazine a consacré “Meilleure musicienne américaine” en 2001, a ensuite remporté trois Grammy Award. Le premier en 2003 pour les concertos de Brahms et de Stravinsky avec Sir Neville Marriner à la tête de l’Academy St Martin-in-the-fields (Sony), le deuxième pour ceux de Sibelius et de Schoenberg avec l’Orchestre de la Radio Suédoise dirigé par Esa-Pekka Salonen (DG). Le troisième vient récompenser en 2013 son projet 27 Encores. Le disque rassemble les 27 bis pour violon et piano qu’elle a commandés à des compositeurs contemporains. Loin de garder ces nouvelles œuvres pour elle, Hilary Hahn participe au contraire à l’édition des partitions, avec doigtés et coups d’archet, pour encourager d’autres musiciens à les jouer. Cette curiosité pour la création contemporaine apparaît dès ses 19 ans, où elle crée le Concerto pour violon d’Edgar Meyer. Viendront ensuite la création du concerto de Jennifer Higdon en 2009, l’enregistrement des sonates de Ives en 2011 avec la pianiste Valentina Lisitsa, ou encore celui des Deux Sérénades pour violon et orchestre de Rautavaara paru en 2021. Elle a par ailleurs lancé une fondation, Deepmusic.ai, où les artistes (compositeurs, mais pas seulement) se mêlent aux scientifiques pour réfléchir sur l’interaction entre intelligence artificielle et arts.

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Sur Facebook, Twitter ou Instagram, Hilary Hahn entretient la proximité avec son public

Pour mieux faire découvrir au public les Six Partitas qu’elle a commandée à Anton Garcia Abril, elle diffuse une fois par semaine une masterclass sur sa chaîne YouTube, au moment de la sortie de l’album. On trouve aussi sur ce canal des interviews des chefs Andris Nelsons et Sakari Oramo, réalisées par Hilary Hahn elle-même, ou encore une présentation de l’édition luxe de son album Paris, toujours par la violoniste. Aussi à l’aise devant la caméra que sur scène, l’artiste en profite pour entretenir une relation privilégiée avec ses 188 000 abonnés.

Hilary Hahn n’a certes pas attendu la mode des réseaux sociaux pour communiquer avec le public : en 1997, elle ouvre déjà un blog. Aujourd’hui ses fans la suivent sur Instagram, où elle a lancé #100daysofpractice, pour partager sa pratique de l’instrument pendant cent jours. Sur Twitter, @violincase complète le projet, alimenté par les posts de nombreux collègues et élèves violonistes. « Je le fais parce que j’aurais aimé avoir ce genre d’information quand j’étais petite et lorsque j’apprenais le violon et la musique, car il aurait été amusant d’apprendre des choses sur lesquelles je m’interrogeais toujours […] Que font les artistes en tournée, comment passent-ils leur temps ? », explique Hahn en 2000 à la conférence de l’American Symphony Orchestra League à Boston.

Les conseils d’Hilary Hahn pour jouer le Concerto n°1 de Prokofiev, une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube

 

“Tout ce qui me permet de me connecter au public fait de moi une meilleure interprète”

Sur son compte Instagram, elle annonce le 1er septembre 2019 le début d’une année sabbatique pour « dormir, ralentir et se créer une routine ». Une pause planifiée depuis dix ans, après avoir expérimenté les bienfaits d’un retrait de six mois en 2009. Les premiers mois, elle est retournée au concert, au musée etc., avant que la pandémie de Covid 19 ne ferme la plupart des lieux artistiques. “J’étais dans la peau du public, et tout ce qui me permet de me connecter au public fait de moi une meilleure interprète”, assure-t-elle à Laure Mezan au micro de Radio Classique.

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Si rien ne filtre de sa vie privée, la violoniste a quand-même partagé sur les réseaux sociaux l’annonce de la naissance de ses deux filles, Zelda en 2015 et Nadia en 2018. Depuis, Hilary Hahn anime régulièrement de nombreux concerts gratuits pour des parents avec leurs enfants. Une attention aux plus jeunes qui, là encore, ne date pas d’hier. En 1999, elle confiait déjà à Diapason : « l’éducation musicale des enfants à l’école me passionne de plus en plus. Je joue pour eux et essaie de faire aimer la musique classique à ceux qui n’ont pas eu la chance de la connaître ». Sans doute est-ce pour faciliter l’accès à la musique qu’elle encourage aussi les concerts transdisciplinaires, dans les studios de yoga ou les réunions de tricot, par exemple. Que ce soit en vidéo, dans les salles de concert, ou dans tout autre lieu se prêtant à la rencontre, Hilary Hahn offre son talent et son sourire à tous ceux qui veulent l’écouter.

 

Sixtine de Gournay

 

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