Nigel Kennedy

Contrairement à l’image qu’il se plaît à donner, ce virtuose britannique n’a pas toujours été « l’enfant terrible du violon », et sa jeunesse a surtout été studieuse. Fils et même petit-fils de violoncellistes (Lauri Kennedy), il est né à Brighton le 28 décembre 1956 et reçoit ses premières leçons de musique de sa mère, pianiste. Il n’a que sept ans quand Yehudi Menuhin remarque ses dons et le prend dans sa propre Ecole. Il se perfectionne ensuite à la prestigieuse Julliard School de New York, où l’on déplore ses retards chroniques mais admire sa volonté et sa capacité de travail. Passionné par toutes sortes de musiques, Kennedy se produit notamment comme violoniste de jazz, en compagnie de Stéphane Grappelli entre 1974 et 1976. L’année suivante voit ses fracassants débuts « classiques » lors de mémorables concerts donnés à Londres sous la direction d’un jeune chef également promis à un bel avenir, Riccardo Muti. Un détail insolite frappe aussi le microcosme traditionnel : il se teint les cheveux…

Sa carrière prend son essor international : débuts avec le Philharmonique de Berlin en 1980, invitations répétées par de prestigieux festivals, enregistrement du Concerto pour violon d’Elgar couronné « Meilleur disque classique » de 1985 au Royaume-Uni, et surtout une première gravure des 4 Saisons de Vivaldi (1989) vendue à plus de deux millions d’exemplaire le propulsant dans le Livre Guiness des records. Une opération à la nuque l’incite à se retirer durant cinq ans, mais il revient en 1997 et se conduit en véritable « pop star », dans le ton libertaire du film Amadeus. A son look de punk s’ajoutent des saluts de rappeur, sa présentation individuelle des musiciens sur scène, des promenades en rythme de l’un à l’autre tout en marquant du pied les premiers temps (comme lors des « Victoires de la Musique Classique 2005 »). S’il lui arrive de passer des nuits à jouer avec des jazzmen ou des tziganes, Kennedy entretient sa technique quotidiennement et porte une extrême attention à ses instruments, dont un Guarneri del Gesù de 1735. C’est à ce prix qu’il peut s’offrir le privilège de signer des albums dans les genres les plus divers (The Doors Concerto)… y compris des versions de référence avec le concours d’illustres chefs, tels le regretté Klaus Tennstedt, Jeffrey Tate ou Simon Rattle. Aussi généreux qu’ouvert, le successeur de Menuhin à la tête de l’Orchestre de Chambre de Pologne (depuis 2002) met l’émotion au centre de ses préoccupations : « Que ce soit Brahms, Bach, Jimi Hendrix ou Peter Gabriel, je découvre en moi des sentiments dont j’ignorais alors l’existence. »

Francis Drésel, directeur de la programmation musicale de Radio Classique