POULENC Francis – biographie

(1899-1963) 20ème siècle

Dialogues des Carmélites est pour toujours une œuvre indépassable, tant son livret profondément humain et sa musique bouleversante en font un opéra exceptionnel, dont chaque représentation laisse sur le public une empreinte indélébile. Poulenc a composé beaucoup d’autres œuvres remarquables, fort différentes, des mélodies, des cantates, des sonates, des concertos, mais son chef d’œuvre d’après Bernanos reste l’un des plus hauts accomplissements de l’histoire de l’art lyrique.

 

Francis Poulenc en 10 dates :

  • 1899 : Naissance à Paris
  • 1914-1917 : Cours de piano par Ricardo Vines
  • 1918 : Mouvements perpétuels (composition)
  • 1920 : Lancement du Groupe des Six
  • 1932 : Concerto pour deux pianos (création)
  • 1943 : Figure humaine (composition)
  • 1947 : Les Mamelles de Tyrésias (création)
  • 1957 : Dialogues des Carmélites (création)
  • 1959 : La Voix humaine (création)
  • 1963 : Mort à Paris

 

Une enfance heureuse dans une famille aisée, interrompue à l’adolescence par la mort de ses parents

Fils de l’industriel dont l’entreprise de produits chimiques deviendra Rhône-Poulenc, Francis est initié au piano par sa mère. Il ne va pas au Conservatoire mais bénéficie des cours du grand pianiste Ricardo Viñes, créateur et interprète des œuvres de Debussy et Ravel. A seize ans, hélas, il perd sa mère, puis son père deux ans après. Sa sœur aînée le prend en charge. Raymonde, une amie d’enfance de deux ans plus âgée que lui, ne tarde pas à lui ouvrir le monde littéraire et artistique. Ainsi dans la librairie d’Adrienne Monnier rue de l’Odéon, rencontre-t-il Aragon, Breton et surtout Eluard auquel il restera fidèle en composant plusieurs mélodies sur ses poèmes.

 

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Poulenc partage avec le Groupe des Six une esthétique d’avant-garde

Dès 1918, alors qu’il est encore mobilisé, ses premières compositions commencent à le faire connaître. Ses Mouvements perpétuels, un ensemble de trois courtes pièces pour piano créées par Viñes, sont un vrai succès. Poulenc continue de fréquenter les artistes, rencontre Cocteau et Diaghilev, et compose Le Bestiaire sur des poèmes d’Apollinaire. Il se joint aussi aux réunions de jeunes compositeurs autour de Darius Milhaud : le Groupe des Six.
Identifiés ainsi par le critique musical Henri Collet en 1920, ces compositeurs français sont soutenus par Jean Cocteau. Germaine Taillefer, Georges Auric, Darius Milhaud, Louis Durey, Arthur Honneger et Francis Poulenc forment une génération engagée dans une esthétique nouvelle, proche de Satie. Cependant le groupe restera peu de temps ensemble, et ne produira guère d’œuvres collectives à part le ballet Les Mariés de la Tour Eiffel et un Album des Six.

 

Le concerto pour deux pianos, une commande de la princesse de Polignac

La princesse de Polignac est à l’époque l’une des mécènes majeures des artistes parisiens. Elle accueille dans le salon de son hôtel particulier les compositeurs auxquels elle passe des commandes, de Fauré à Stravinsky, de Satie à Milhaud. Et en 1932 elle commande à Poulenc un concerto pour deux pianos. L’œuvre est créée en septembre à Venise, dans le cadre d’un festival de musique contemporaine. Le compositeur lui-même et Jacques Février sont au clavier, accompagnés par l’orchestre de la Scala de Milan.

 

Les mélodies et les œuvres chorales ne sont pas en reste

Poulenc compose beaucoup de mélodies, le plus souvent créées par le baryton léger Pierre Bernac, qu’il accompagne au piano, depuis les Chansons gaillardes en 1926 jusqu’à leur dernier récital salle Gaveau en 1959. Les chanteuses Jane Bathori, Suzanne Peignot, Claire Croiza, Madeleine Grey ont été aussi des interprètes appréciées de Poulenc. Figure humaine sur des poèmes de Paul Eluard est considérée comme l’œuvre chorale majeure du compositeur. Ecrite en pleine occupation allemande, elle est un cri de liberté face à l’oppression. Sa création à Londres en 1945 par la BBC marque un moment fort de l’histoire musicale. A la sortie de la guerre, Poulenc choisit le « drame surréaliste » d’Apollinaire, Les Mamelles de Tyrésias, pour composer un opéra-bouffe. L’ambiance lors de la création à l’Opéra-Comique en 1947 avec Denise Duval est assez houleuse.

 

L’opéra Dialogues des Carmélites et le one-woman-show La Voix humaine, illustrent bien la vocalité de Poulenc

En lisant en 1953 le texte de Bernanos, Poulenc s’enthousiasme et décide de s’en inspirer pour un opéra. Il y consacre plusieurs mois, puis s’en détache pour d’autres activités et projets. Il y revient plus tard, après des épreuves dans sa vie privée, et n’achève son travail qu’en 1956. La création a lieu à la Scala de Milan début 1957 avec Virginia Zeani, et à Paris en juin avec Denise Duval. Le succès est au rendez-vous, et de nombreux opéras le reprennent. Mais Poulenc est fatigué et part se reposer dans le midi.

Il compose La Voix humaine pour soprano seule, sur un texte de Cocteau, créée à Paris début 1959 par Denise Duval, puis un Gloria, pour soprano et chœur mixte, peu conventionnel, la voix de soprano semblant imiter le chant libre et insouciant des anges, et le chœur accompagnant magnifiquement cette prière de chants proches du grégorien. 


La Voix humaine, sur un texte de Cocteau (Denise Duval, sorpano)
 

Les dernières années

Après une tournée triomphale aux Etats-Unis, où sont données toutes ses dernières œuvres, Poulenc rentre en France et compose encore une pièce lyrique pour soprano seule sur un texte de Cocteau, La Dame de Monte Carlo, dédiée à sa chère Denise Duval. Puis il écrit une œuvre religieuse Les sept Répons de ténèbres dont certains rappellent des passages des Carmélites. De retour d’un récital à Maastricht avec Denise Duval, il meurt brutalement dans son appartement parisien fin janvier 1963.

Poulenc est resté en haut de l’affiche après sa mort et continue d’être joué partout dans le monde, qu’il s’agisse de ses œuvres instrumentales, ses œuvres chorales, ses mélodies ou ses opéras. Dialogues des Carmélites remportent toujours un vif succès. Cette tragédie des religieuses de Compiègne victimes de la Terreur au moment de la Révolution française, bouleverse nos sentiments humains et nous touche au plus profond de l’âme. Ainsi la mise en scène d’Olivier Py au Théâtre des Champs Elysées en 2013 (avec une formidable brochette de chanteuses : Patricia Petibon, Sandrine Piau, Sophie Koch, Véronique Gens et Rosalind Plowright) a su rendre à merveille l’intensité dramatique et lyrique de la partition.

 

Philippe Hussenot

 

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