MILHAUD Darius – biographie

(1892-1974) Epoque moderne

Né en Provence, Darius Milhaud a surtout vécu à Paris et en Californie. Opéra, ballet, concerto, symphonie, ou encore musique de chambre, son catalogue, peu connu du grand public, recèle pourtant de nombreuses œuvres touchant à tous les genres. La plus célèbre, Le Boeuf sur le toit, d’inspiration brésilienne, est créée à Paris alors qu’il fait partie du Groupe des Six. Exilé aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, Milhaud enseigne en Californie jusqu’en 1971, ce qui ne l’empêchera pas d’être professeur de composition au Conservatoire de Paris à partir de 1947.

 

Darius Milhaud en 10 dates :

  • 1892 : Naissance à Marseille
  • 1909 : entre au Conservatoire de Paris
  • 1917 : Départ pour le Brésil
  • 1919 : Le Boeuf sur le toit
  • 1925 : Les Malheurs d’Orphée
  • 1940 : Départ pour les Etats-Unis
  • 1947 : Retour en France
  • 1950 : dernier de ses 18 Quatuors à cordes
  • 1972 : cantate Ani maamin
  • 1974 : Mort à Genèv

 

Darius Milhaud découvre le Brésil grâce au poète Paul Claudel

Fils d’une famille aisée d’Aix-en-Provence, qui pratique la musique en amateur, le jeune Darius apprend le violon puis rejoint le Conservatoire de Paris. Il y étudie la composition avec André Gédalge, qui a aussi été le professeur de Ravel. Sa première œuvre est un opéra, La Brebis égarée d’après Francis Jammes, qui le met en relation avec Paul Claudel. Celui-ci deviendra un ami.

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Réformé pour problème de santé (il souffrira toute sa vie de rhumatismes), Milhaud suit Claudel à Rio de Janeiro en 1917. Le poète est en mission diplomatique au Brésil, pour tenter d’augmenter l’influence de la France et réduire celle des Allemands dans cette partie du monde. En plein conflit mondial, les enjeux politiques sont importants. Le compositeur lui sert de secrétaire, mais découvre aussi la musique brésilienne. Elle lui inspire Le Boeuf sur le toit,  qui tire son titre d’une chanson entendue pendant le carnaval de Rio. L’œuvre est créée à son retour à Paris, au moment où se constitue Le Groupe des Six sous l’impulsion de Jean Cocteau.

 

Avec Poulenc et Honegger, Milhaud participe un temps au Groupe des Six

Dans le sillage d’Eric Satie, six jeunes compositeurs se regroupent à Paris pour défendre une forme d’avant-gardisme. Germaine Tailleferre, George Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Francis Poulenc… et Darius Milhaud deviennent le Groupe des Six. Un Album des Six voit le jour en 1920, puis le ballet-farce Les Mariés de la Tour Eiffel l’année suivante. Deux œuvres collectives, les seules du groupe. Chacun des compositeurs suivra bientôt sa propre voie, par des chemins différents.

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En 1921, Milhaud crée aussi un autre ballet, L’homme et son désir, toujours avec Paul Claudel. Saudades do Brasil, suite de douze tangos exprimant le caractère de chaque quartier de Rio, s’inspire encore des rythmes brésiliens, l’une des sources d’inspiration favorites de Milhaud avec le jazz et le folklore provençal.

 

Le compositeur s’inspire du jazz, mais s’aventure aussi sur le terrain de la polytonalité

Dès 1922, alors que le Groupe des Six commence déjà à se disloquer, Milhaud fait une première tournée de concerts aux Etats-Unis. L’année suivante, il compose La Création du monde, encore un ballet mais cette fois inspiré par Blaise Cendrars. Il est créé au Théâtre des Champs Elysées à Paris avec la troupe des Ballets suédois. L’orchestration détone à l’époque, avec des sonorités jazz. Des cuivres, notamment un saxophone alto, un piano et des percussions alternent avec des passages lents de cordes, flûtes et clarinettes.

Il termine la trilogie de l’Orestie d’Eschyle, un opéra de plus de deux heures sur un livret de Claudel, dont il avait entrepris la première partie dès 1913, intégrant ses idées sur la polytonalité. La deuxième partie, Les Choéphores, a connu sa première représentation à Bruxelles en 1935. Mais l’ensemble de l’œuvre attendra longtemps pour être créé et enregistré.

 

Après les ballets viennent les opéras… et les musiques de film.

La Princesse de Polignac, grande mécène férue de musique tant ancienne que contemporaine, lui commande  un opéra de chambre Les Malheurs d’Orphée. Il sera créé en 1926 au Théâtre de La Monnaie à Bruxelles. L’accueil est très favorable, tant du public que de la presse belge. Paul Claudel reste toujours une grande source d’inspiration pour le compositeur. En 1930, il crée ainsi à Berlin le grand opéra Christophe Colomb sur un livret de son ami, qui remporte un triomphe et reste deux ans à l’affiche. Puis il met en musique L’Annonce faite à Marie. Ses musiques de scène sont une autre manière de s’intéresser à la dramaturgie : Suite provençale, Scaramouche. De même que la musique de film. Milhaud en écrira beaucoup pour Jean Renoir et pour Marcel L’Herbier.

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Il quitte la France en 1940 pour la Californie, où il enseigne la composition.

En juin 1940, il s’embarque avec son épouse Madeleine et son fils Daniel pour les Etats-Unis, où l’accueille Kurt Weil. Un poste de professeur lui est proposé au Mill’s College d’Oakland en Californie, qu’il conservera pendant trente ans. Ses élèves américains se nomment Brubeck, Glass et Reich. De nombreuses œuvres forment l’« Opus Americanum » de cette période, comme le ballet pour orchestre Moïse ou la suite pour piano La Muse ménagère, dédiée à Madeleine.

Revenu à Paris en 1947, il poursuit son travail de compositeur tout en assurant ses fonctions d’enseignant au Conservatoire de Paris. Plusieurs symphonies et concertos naissent dans les années 1950 et 1960, ainsi que des œuvres de musique de chambre pour divers instruments. Cette profusion créatrice est assez stupéfiante, même si l’on sait qu’il a toujours eu le don de travailler vite. Surtout si l’on ajoute ses dix-huit quatuors à cordes !

Martha Argerich et Nelson Freire dans le Brazileira de Scaramouche

 

Milhaud s’installe à Genève en 1971 où il meurt trois ans plus tard.

Très atteint par les rhumatismes au point de ne plus pouvoir marcher, il se retire à Genève. Ses dernières œuvres sont plutôt religieuses, dont une cantate Ani maamin sur un texte d’Elie Wiesel en mémoire du martyr juif. Il décède à l’hôpital de Genève le 22 juin 1974. Il est inhumé au cimetière Saint-Pierre d’Aix-en-Provence, sous une simple pierre du carré juif.

Sa correspondance avec le poète Paul Claudel, de 1912 à 1953 (publiée chez Gallimard en 1961), atteste de leur longue et fructueuse collaboration. Ces 300 lettres retracent une époque traversée de difficultés et de recherches esthétiques, et restent un exemple magnifique d’amitié au long cours entre deux personnalités pourtant bien différentes.

 

Philippe Hussenot

 

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