WEILL Kurt – biographie

(1900-1950) Epoque contemporaine

Kurt Weill est souvent associé à Bertolt Brecht, en raison de leur œuvre commune L’Opéra de quat’sous. Mais leur séparation intervient en réalité assez vite, et Weill prend une autre route. Exilé en France puis installé définitivement aux Etats-Unis, il compose des succès pour Broadway, incarnant l’opéra américain des années 1940.

 

Kurt Weill en 10 dates :

1900 : Naissance à Dessau (Allemagne)

1918 : Études à la Hochschule für Musik de Berlin

1928 : L’Opéra de Quat’sous (création à Berlin)

1930 : Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny (création à Leipzig)

1933 : Départ pour la France

1935 : Départ pour les Etats-Unis

1941 : Lady in the dark (création à Broadway)

1943 : One touch of Venus (création à Broadway)

1947 : Street Scene (création à Broadway)

1950 : Mort à New York

 

Kurt Weill suit des études musicales très sérieuses à Berlin.

Son père est Cantor à la synagogue de Dessau, ville de Saxe près de Halle, et compositeur de musique liturgique. Kurt étudie le piano dès l’âge de cinq ans, puis rejoint l’Ecole supérieure de musique de Berlin où il est l’élève de Busoni et de Humperdinck. Il compose des sonates et un Concerto pour violon et vents. En 1926, est créé à Dresde son premier opéra, Der Protagonist. L’année suivante, il rencontre le dramaturge Bertolt Brecht et lui propose des projets de théâtre musical qu’il appelle « Songspiel ». Deux grands opéras seront le fruit de cette collaboration : L’Opéra de quat’sous et Mahagonny. Si leur entente est alors réelle, elle ne dure guère au-delà de 1930. En effet, sur le concept de distanciation cher à Brecht, Weill ne souhaite pas radicaliser cet engagement idéologique. Leurs chemins artistiques se séparent avant l’arrivée au pouvoir de Hitler, qui entraîne le départ en exil de Weill en France et de Brecht au Danemark.

 

L’Opéra de quat’sous est immédiatement un énorme succès et tourne dans toutes les capitales européennes.

La création à Berlin en 1928 de cet opéra d’une facture originale, puisant à des genres musicaux très différents, remporte un succès colossal. Son livret est inspiré de L’Opéra des Gueux de John Gay, spectacle populaire londonien du XVIIIème siècle. Toutes les grandes villes européennes le reprennent. A Paris, le théâtre Montparnasse le monte dès 1930. Un film est même tourné l’année suivante par Pabst avec Lotte Lenya, créatrice à la scène du rôle de Jenny et épouse de Weill.

Mahagonny est créé à Leipzig deux ans après L’Opéra de Quat’sous, quoique conçu un peu avant. Mais cette fois c’est un scandale ! Le côté scabreux du livret est un prétexte pour déclencher des bagarres politiques. L’opéra est rapidement retiré de l’affiche.

 

Weill quitte l’Allemagne nazie et s’exile en France puis aux Etats-Unis.

En 1933, Weill quitte l’Allemagne devenue nazie pour la France où il retrouve des amis. Les Noailles et la princesse de Polignac le reçoivent. Celle-ci lui passe commande d’une symphonie et le Théâtre des Champs Elysées d’un ballet dans une chorégraphie de Balanchine, Les sept péchés capitaux. Mais Weill se heurte aussi à des opposants antisémites, y compris dans le milieu musical, et décide de quitter la France pour les Etats-Unis. Ce sera le bon choix : il y restera jusqu’à sa mort.

 

Broadway est sa Terre promise et Street Scene son œuvre américaine la plus aboutie.

Arrivé à New York en 1935, Weill y vivra quinze ans et connaîtra le succès à Broadway. Il compose une série de comédies musicales, dont Lady in the dark en 1941 et One touch of Venus dans une mise en scène d’Elia Kazan en 1943, qui fait plus de 500 représentations et sera portée au cinéma avec Ava Gardner.

Après Gershwin (Porggy and Bess) et avant Bernstein (West side story), Street Scene est l’opéra américain par excellence – Weill a d’ailleurs obtenu la nationalité américaine. Créé en janvier 1947 dans un théâtre new-yorkais, ce drame musical nécessite une grosse production, avec beaucoup de personnages, et malgré le succès il est retiré de l’affiche après 150 représentations. L’air d’Anna au premier acte « Somehow I never could believe » est digne du grand répertoire lyrique pour soprano, tout en gardant la touche Weill reconnaissable entre toutes !

 

Youkali (Elsa Dreisig et Jeff Cohen)

 

Il crée chaque année un spectacle musical, comme Lost in the stars en 1949, dont la chanson principale chantée par Lotte Lenya est typique de son style mélodique, mais meurt brutalement en 1950, en plein travail sur une nouvelle comédie musicale.

 

Une postérité entretenue par la reprise de ses airs mais aussi de ses comédies et tragédies musicales.

La complainte de Mackie de L’Opéra de Quat’sous reste un tube grâce aux multiples reprises et transpositions dont les plus réussies sont celles de Louis Amstrong et d’Ella Fitzgerald dans les années 1950. Plusieurs songs continuent leur carrière comme « I’m a stranger here myself ! » de One Touch of Venus, enregistré par Anne Sofie von Otter.

Street Scene connaît un regain de faveur ces dernières années avec de belles mises en scène, comme à Monaco en février 2020, et l’air d’Anna est souvent repris par d’excellentes chanteuses de jazz. L’art de Kurt Weill est de savoir amalgamer des genres musicaux différents au service d’un spectacle total, inspiré par une histoire réaliste incarnée par des personnages populaires. Une martingale gagnante !

 

Philippe Hussenot

 

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