Engelbert Humperdinck

(1854-1921) 20ème siècle

Né à Siegburg le 1er septembre 1854 dans une famille relativement aisée et cultivée, Engelbert Humperdinck était destiné à l’architecture, en dépit d’une attirance déjà très marquée pour l’opéra. Le directeur du conservatoire de Cologne finit cependant par le convaincre de mener des études musicales : il remporte en 1876 le prix Mozart de Francfort puis devient élève à l’Ecole Royale de musique de Munich.

Dans l’opposition radicale qui règne alors entre les « conservateurs » et les partisans de la « musique de l’avenir » (incarnée par Wagner), Humperdinck choisit rapidement son camp : fasciné par une représentation de Siegfried, il n’hésite nullement à s’engager dans l’Ordre du Saint-Graal. Sa rencontre avec Wagner en 1880 fut déterminante : il suit le Maître à Bayreuth et lui offre une précieuse assistance dans la préparation de Parsifal. Ce dernier lui témoigne une indéniable confiance et même de l’admiration, mais sa disparition, en 1883, laisse profondément désemparé Humperdinck qui se réfugie alors dans diverses activités : « musicien privé » de l’industriel Krupp, professeur au Conservatoire de Barcelone puis de Cologne, lecteur aux Editions Schott, critique d’opéras pour la Frankfurter Zeitung. Il garde en outre des liens avec la famille de Wagner, se voyant confié l’éducation musicale de Siegfried.

C’est à la suite d’une suggestion faite par sa sœur, que Humperdinck entreprend de composer un « opéra-féérique » sur l’un des contes les plus connus des frères Grimm, Hänsel et Gretel, qui remportera un succès considérable. Sous l’apparence d’emprunts à des chansons populaires, le compositeur invente ses propres thèmes et reprend habilement la technique du Leitmotiv propre à Wagner. Humperdinck tente de renouveler ce succès, d’abord avec La Belle au Bois dormant (création à Francfort en 1902) puis avec Königskinder (Metropolitan Opera de New York, 1910) qui déchaînera l’enthousiasme mais de façon moins durable que son premier succès. Pourtant, nombre de ses œuvres mériteraient de sortir de l’oubli : sa soixantaine de Lieder, ses Ballades pour chœur, son admirable Rhapsodie mauresque, ou ses deux Suites d’après Shakespeare qui possèdent la dimension de poèmes symphoniques. Comme son ultime opéra, Die Heirat wider Willen (Le mariage contre volonté), créé en 1905 à Berlin, son bref Quatuor à cordes en trois mouvements, composé quelques mois avant sa mort en 1921, atteste que Humperdinck fut l’un des plus importants compositeurs post-romantiques.

Francis Drésel, directeur de la programmation musicale de Radio Classique