HUMPERDINCK Engelbert – biographie

(1854-1921) Epoque post-romantique

L’opéra Hänsel et Gretel est plus célèbre que son compositeur ! Humperdinck est l’auteur de nombreuses œuvres musicales, dont sept opéras mais un seul connaîtra un succès durable. Il admire Wagner et sera chargé de l’éducation musicale du jeune Siegfried, qui deviendra lui aussi compositeur d’opéras inspirés de contes de fées, une orientation post-wagnérienne toute germanique.

 

Engelbert Humperdinck en 10 dates :

  • 1854 : Naissance à Siegburg
  • 1872 : Conservatoire de Cologne
  • 1875 : Professeur au conservatoire de Barcelone
  • 1880 : Rencontre avec Wagner
  • 1890 : Professeur au conservatoire de Francfort
  • 1893 : Hänsel und Gretel (création à Weimar)
  • 1902 : La Belle au bois dormant (création à Francfort)
  • 1910 : Königskinder (création à New York)
  • 1914 : Co-signataire du Manifeste des 93
  • 1921 : Mort à Neustrelitz

 

Après une formation musicale très complète, Humperdinck devient l’assistant de Wagner à Bayreuth

Né près de Bonn d’un père enseignant et d’une mère choriste, il commence le piano à sept ans puis entre au conservatoire de Cologne où il est l’élève de Ferdinand Hiller, pianiste et compositeur, grand ami de Berlioz. Il poursuit ensuite ses études à Munich. Il remporte plusieurs prix et bourses et entame une carrière de pédagogue. Sa rencontre à Naples avec Wagner est déterminante. Il devient son assistant à Bayreuth pour Parsifal.

 

Hänsel et Gretel, opéra d’après le conte des frères Grimm

Au début de sa carrière, Humperdinck est professeur de composition au conservatoire de Barcelone. Il exercera la même fonction à l’Académie de Berlin pendant ses vingt dernières années. Il aura ainsi formé de nombreux élèves dont de grands compositeurs et chefs d’orchestre, tels Oskar Fried, Carl Schuricht, Friedrich Holländer et même Kurt Weil.

Le conte des frères Grimm, publié en 1812, inspire à la sœur d’Engelbert, Adelheid Wette, une adaptation théâtrale moins cruelle. Elle lui propose de l’adapter en opéra. Après trois ans de préparation, Hänsel et Gretel est créé à Weimar par Richard Strauss la veille de Noël 1893. C’est tout de suite un triomphe ! La richesse orchestrale et la forme du lied associées à des chants populaires réussissent à donner un caractère très séduisant à l’œuvre, qui n’a guère d’équivalent dans l’art lyrique hormis L’enfant et les sortilèges de Ravel composé en 1925. Reprise dans plusieurs villes allemandes, puis à Londres, New York, Milan et Paris, sous la direction des plus grands chefs d’orchestre, de Mahler à Toscanini, elle connaîtra un destin international.

 


« Abendsegen » extrait de Hänsel et Gretel (Elina Garanca et Anja Harteros, Staatskapelle Dresden, dir.Christoph Eschenbach)

 

Au Met de New York, l’opéra Königskinder est un triomphe

Après plusieurs autres opéras qui ne rencontrent pas le succès, dont une Belle au bois dormant, Humperdinck compose un nouvel opéra-conte de fées, Königskinder (littéralement « Enfants de Roi »), appelé à connaître un grand succès. La première version, une forme assez sommaire de parlé-chanté, est pourtant mal reçue à Munich en 1897. Mais la nouvelle version retravaillée dix ans plus tard connaît tout de suite le succès au Metropolitan de New York le 28 décembre 1910, avec la soprano américaine Géraldine Farrar. Aussitôt les capitales européennes programment cette œuvre qui ressemble à Hänsel et Gretel mais en plus tragique : une histoire d’enfants confrontés aux adultes et à une sorcière. Mais ce succès initial ne sera plus suivi d’une carrière aussi prestigieuse.

 

Un engagement très nationaliste au début de la guerre de 1914

Un Manifeste intitulé « Appel au monde civilisé », signé en octobre 1914 par 93 intellectuels allemands, connaît un certain retentissement à New York, Londres et Paris. En effet, il dénie les exactions de l’armée allemande en Belgique, justifie la violation de la neutralité belge et soutient l’empereur Guillaume. Humperdinck et Siegfried Wagner font partie des signataires, marquant ainsi leur nationalisme radical et leur militarisme, sous couvert de l’héritage des grands philosophes allemands.

Plusieurs problèmes de santé à partir de 1912 affaiblissent sa capacité de travail, son œuvre ultime Gaudeamus devant même être achevée en 1918 avec le concours de son fils musicien. Il meurt en 1921 en entendant son fils diriger le Freischütz de Weber.

 

Une postérité durable de l’opéra Hänsel et Gretel à partir des années 20

En 1923 Covent Garden retransmet pour la première fois à la radio cet opéra qui va rester durablement au répertoire. Les chanteuses allemandes vont assurer la pérennité de l’ouvrage, d’Elizabeth Schwartzkopf à Christa Ludwig et Brigitte Fassbaender. De plus en plus de scènes internationales le programment aujourd’hui pendant la période de Noël, tel l’Opéra de Zurich dans la mise en scène de Robert Carsen. L’Opéra de Paris et l’Opéra Comique le reprennent régulièrement dans des mises en scène inventives, mêlant imaginaire et réalisme. Le frère et la sœur n’en ont pas fini de chanter leur histoire devant des salles juvéniles.

Königskinder n’a pas tout à fait disparu, Jonas Kaufman l’ayant chanté à Montpellier en 2005 et repris plusieurs fois à l’Opéra de Zurich. Souhaitons à cette œuvre méconnue de retrouver le chemin du succès. De même pour les lieder ou les œuvres instrumentales, très peu jouées, comme la Rhapsodie mauresque ou les Shakespeare Suites.

 

Philippe Hussenot

 

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