Erik Satie

(1866-1925) 20ème siècle

« Né si jeune dans un monde si vieux » ainsi se définissait lui-même « Esoterik Satie », pour reprendre le surnom que lui donnait l’humoriste Alphonse Allais, comme lui natif de Honfleur et pilier du « Chat Noir », cabaret typique du Montmartre bohème. Résolument anticonformiste, Erik (ascendance écossaise par sa mère) Satie ne peut supporter l’académisme du Conservatoire de Paris, mais s’inscrit en 1905 à la Schola Cantorum pour se remettre à étudier ! Après avoir vécu dans un « placard » montmartrois, ce « gentleman de velours », toujours pauvre par désintérêt, passe les 27 dernières années de sa vie dans un modeste studio d’Arcueil-Cachan, véritable capharnaüm où nul n’était autorisé à entrer. Mais c’est dans son œuvre que son originalité est la plus forte : encore étonnantes de modernité de nos jours, ses Gymnopédies et autres Gnossiennes remontent à la fin des années 1880 ! Si certains titres s’avèrent abscons ou cocasses (Préludes flasques pour un chien), ses annotations en marge des partitions substituent aux coutumières nuances italiennes d’étranges conseils, tels que « munissez-vous de clairvoyance » ou « courageusement facile et complaisamment solitaire », d’une précision finalement redoutable, la musique de Satie se révélant d’une exigence absolue. Père spirituel du « Groupe des Six » à l’instar de Jean Cocteau, il ne se brouille avec son éternel défenseur, Debussy, qu’à la suite du premier ballet dont Satie a composé la musique, Parade, avant-gardiste et provocateur en pleine guerre mondiale.

Francis Drésel, directeur de la programmation musicale de Radio Classique.