SATIE Erik – La biographie

(1866-1925) 20ème siècle

Satie n’a composé qu’une cinquantaine d’oeuvres, dont certaines très courtes, et n’a pas suivi, loin s’en faut, les préceptes académiques. Pourtant sa notoriété est grande, peut-être en raison de sa personnalité atypique. Il a rapidement défrayé la chronique et s’est fâché avec beaucoup de ses confrères, parfois après avoir été leur ami. Ses Gymnopédies restent son œuvre la plus connue et la plus jouée par les pianistes d’aujourd’hui. Il a ouvert la voie aux compositeurs cherchant à sortir des formats traditionnels. il a aussi été le précurseur de l’école dite minimaliste.

 

Satie en 10 dates :

1866 : Naissance à Honfleur

1879 : Admis au Conservatoire de Paris

1887 : Installation à Montmartre

1888 : Gymnopédies (composition)

1889 : Gnossiennes (première publication, la dernière étant en 1897)

1898 : Installation à Arcueil

1903 : Trois morceaux en forme de poire (composition)

1917 : Parade (ballet, création)

1924 : Relâche (ballet, création)

1925 : Mort à Paris

 

Une enfance chaotique traversée de deuils

À six ans, il perd sa mère, puis à douze sa grand-mère qui s’occupait de lui à Honfleur, il rejoint alors son père qui est remarié avec une professeur de piano. Elle lui apprend le piano mais il rejette son enseignement. Il entre au Conservatoire à treize ans, en est renvoyé deux ans plus tard, puis est réadmis fin 1885. Mais décidément ce n’est pas pour lui et il le quitte avant les examens de fin d’étude.

 

Les Gymnopédies

Ces trois œuvres pour piano sont composées peu après son installation à Montmartre, où il va mener la vie des poètes et des artistes, jouant du piano dans les cabarets et prenant des habitudes de boisson un peu forte. Il fréquente Le chat noir où règne Alfonse Allais, né lui aussi à Honfleur, et qui l’appelle « Esoterik Satie » ! Son humour radical, fait de provocation et de dérision, Satie le poussera très loin, jusqu’à prendre le risque d’une marginalisation qui lui coûtera cher. Les Gymnopédies, dont le nom est inspiré de danses grecques de l’Antiquité, constituent une œuvre totalement innovante, en rupture avec toutes les règles académiques. Debussy en fera l’orchestration (pour deux pièces) et Ravel en deviendra aussi un défenseur et lui restera fidèle malgré les sarcasmes futurs de Satie à son égard.

 

 

Les Gnossiennes

De 1889 à 1897, il compose six Gnossiennes, du mot grec «gnosis »qui signifie connaissance. Satie devient dans cette période un adepte quelque peu mystique des Rose-Croix, ordre ancien du début du XVIIème siècle, qui a retrouvé deux siècles plus tard une certaine visibilité, si l’on peut dire pour une secte éprise d’occultisme ! Il n’y restera pas longtemps mais compose tout de même des œuvres commandées par son leader en France, Joséphin Péladan, avec qui il rompt en 1892…pour fonder sa propre Eglise ! Dont il sera le seul fidèle !

 

 

Parade

Après avoir quitté Montmartre pour Arcueil, Satie embrasse des idées politiques socialistes, s’engage dans des actions sociales locales en collectant des fonds ou en organisant des goûter pour les personnes déshéritées. Satie est l’une des figures de proue de l’Avant-Garde, il sera proche du Groupe des Six et inspirera l’ École d’Arcueil. Il continue de composer, en lien avec Debussy et Ravel, notamment en 1903 sept pièces de piano qu’il nomme Trois Morceaux en forme de poire, par ironie vis-à-vis des détracteurs de Pelléas récemment créé, qui reprochaient l’absence de forme au chef d’oeuvre de Debussy. Il connaît ensuite, un peu avant la guerre, une période faste pour ses œuvres musicales, restées jusqu’alors très confidentielles, grâce à des artistes en vue, comme le pianiste Ricardo Vines qui met à son répertoire à partir de 1913 les œuvres de Satie. En 1916 Jean Cocteau monte au Châtelet un spectacle de ballet très original avec les Ballets russes de Diaghilev, Picasso pour les décors et costumes et Satie pour la musique. Le scandale à la création de Parade en pleine guerre est immense, les amis de Cocteau et d’Apollinaire qui a écrit la notice de présentation en évoquant une pièce « sur-réaliste », s’affrontent aux défenseurs de la musique traditionnelle. Satie s’en prend à un critique en termes assez crus, et les choses auraient pu mal tourner. Mais sa notoriété parisienne le protège, d’ailleurs il a reçu pour la première fois une commande d’une mécène, la princesse de Polignac ! Ce sera Socrate, inspiré des Dialogues de Platon, et d’esprit « cubiste » selon Satie, dont la version pour piano est créée en juin 1918.

 

Le ballet Relâche

L’ultime fait d’arme de Satie est en 1924 la musique du ballet Relâche créé au Théâtre des Champs Elysées, par Picabia et les Ballets suédois, avec, projeté à l’entracte  film de René Clair Entr’acte.
C’est encore un scandale. Et les critiques sont toutes négatives, même de la part de ceux qui étaient auparavant pro-Satie. Il en fut alors très affecté. D’autant qu’il venait d’essuyer un échec avec un autre ballet Mercure, une commande d’un autre mécène.

 

Une fin de vie dans la pauvreté et la dépression

Retiré dans une petite chambre à Arcueil, il tentait de cacher sa situation de pauvreté matérielle. Il était devenu tellement misanthrope, fâché avec presque tous ses collègues artistes, à part Darius Milhaud qui a transcrit pour deux pianos la musique d’Entr’acte, qu’il sombrait dans la dépression. Ses derniers amis, voyant qu’il ne pouvait plus rentrer à Arcueil le soir, lui trouvent une chambre d’hôtel à Paris, puis c’est l’hospitalisation, enfin la mort le 1er Juillet 1925.

 

Satie aujourd’hui

John Cage a été sans doute celui qui a le mieux compris la musique de Satie, l’a jouée et s’en est directement inspiré pour sa propre musique indéterminée et répétitive. Mais bien des interprètes ont ensuite donné des lectures différentes. Quand Aldo Ciccolini joue la première Gymnopédie, on croit entendre un prélude de Chopin ! Et plus récemment quand Jean-Yves Thibaudet joue la Sonatine bureaucratique, une pièce de 1917, parodie de Clémenti, on croit à du Ravel. Alors Satie devenu classique ? Comme toujours le temps fait son œuvre, lui aussi, et nos oreilles apprennent à écouter ce qui paraissait inécoutable, ou peut-être le temps finit par révéler, quitte à sélectionner, ce qui avait pu être oublié ou négligé, comme l’a montré subtilement le film d’Antonioni Blow-Up à une époque d’avant la photo numérique !

 

Philippe Hussenot