Dandy, élégant, séducteur, à la mode : les adjectifs ne manquent pas pour définir Maurice Ravel. Un champ lexical tourné vers l’appréciation du Beau, du chic, d’un art du paraître à la française qui ne verse jamais dans l’ostentatoire ou le mauvais goût – si le Diable ne s’habille pas en Prada, il se cache tout de même dans les détails. Par besoin de se démarquer ou de se conformer ? Une petite visite dans la garde-robe du compositeur s’impose.
Avant d’être une figure influente de la création musicale française et internationale, Maurice Ravel est avant tout un corps. Un corps chétif et de petite taille, doté de mains dont on s’imagine assez peu être celles d’un pianiste et d’une santé relativement fragile. Un corps que l’on aura vite fait de réformer lorsque celui-ci souhaitait servir de chair à canon pendant la Première Guerre mondiale, avant d’être autorisé à rejoindre le front en 1916 dans un corps de métal, Adélaïde, son fameux camion … et de finir sur une table d’hôpital quelques mois plus tard pour cause de dysenterie !
Un corps faillible que Ravel semble compenser par une discipline vestimentaire dès plus strictes, chaque tissu, chaque motif, chaque accessoire faisant l’objet d’un examen minutieux avant de pouvoir être porté par son propriétaire : « Sa toilette est toujours très étudiée et il a un penchant pour les belles cravates dont le choix fait l’objet de discussions sans fin. Les chaussures, les pochettes l’inquiètent beaucoup. » confie la pianiste Marguerite Long, une amie proche du compositeur.
Ravel, un homme à l’élégance naturelle
Des bouts d’étoffes et d’estime qui sont devenus pour Ravel une seconde peau, voir une seconde vie, celle d’un homme à l’élégance naturelle et fort bien mis : « On le vit, avec Erik Satie, en pardessus raglan, un jonc à manche recourbé suspendu à son avant-bras, coiffé d’un chapeau melon. On le vit, pendant une récréation des candidats au prix de Rome, en redingote et coiffé d’un Cronstadt. On le vit en costume noir et blanc, coiffé d’un canotier et toujours prolongé de sa canne – la canne est à la main ce que le sourire est aux lèvres. On le vit aussi, chez Alma Mahler, vêtu d’éclatant taffetas. Il posséda une robe de chambre noire brodée d’or et deux smokings, l’un à Paris et l’autre à Montfort-l’Amaury. » écrit Jean Echenoz dans Ravel, une biographie romancée dédiée à l’artiste.
Un art de l’élégance et du raffinement qui manie également l’art du camouflage et de la dissimulation. Celui d’une vie bien rangée servant de rempart à un esprit tourmenté, rôdé à l’exercice du stress et de l’insomnie Lui qui trouvait dans la nature la plus belle et atemporelle des harmonies, voulait, à sa manière, se fondre dans le décor, et paradoxalement, en caresser le moindre relief, en saisir la moindre aspérité, être baigné en permanence dans l’ère du temps pour être au plus près des vérités de son époque – à condition, bien sûr, de ne pas tomber dans le mauvais goût !
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Une philosophie de vie que Ravel appliquera également dans ses créations musicales, écrivant ainsi dans son Esquisse autobiographique : « Je n’ai jamais éprouvé le besoin de formuler, soit pour autrui soit pour moi-même, les principes de mon esthétique. Si j’étais tenu de le faire, je demanderais la permission de reprendre à mon compte les simples déclarations que Mozart a faites à ce sujet. Il se bornait à dire que la musique peut tout entreprendre, tout oser et tout peindre, pourvu qu’elle charme et reste enfin et toujours la musique. »
Clément Serrano
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