Maurice Ravel a dirigé les Apaches, un groupe d’artistes qui militait pour la nouveauté

MARY EVANS/SIPA

Oubliez les Hells Angels ou les Peaky Blinders : la France a aussi son gang d’enfants terribles prêt à casser la baraque si par malheur on osait marcher sur leurs plates-bandes ! Un petit groupe d’irréductibles artistes à qui la modernité ne leur fait pas froid aux yeux, écumant les salles de concert parisiens pour crier haut et fort leur amour de la nouveauté ! Leur nom : les Apaches. Leur leader ? Maurice Ravel.  

C’est à la suite d’une bousculade avec un crieur de journaux en 1904 à Paris – qui laissa échapper le terme d’Apache au moment de l’altercation – que le pianiste Ricardo Vines eut l’idée de reprendre cette expression, attribuée à un gang existant de l’époque, pour baptiser son petit club d’amis formé depuis plus de deux ans maintenant.

L’Apache, c’est celui que l’on craint dans les livres sur la conquête de l’Ouest. Celui que l’on redoute de croiser dans les rues malfamées de Paris. Le marginal anarchiste qui entend refaire ses lois, n’en déplaise à la doxa. Ce sera désormais un groupe d’artistes, composé de peintres, de poètes, de musiciens et d’amateurs de musique, parmi lesquels se trouve en figure de proue notre cher compositeur, Maurice Ravel.  

Ravel a 27 ans quand le groupe se crée

Leur objectif ? Partager leur amour des arts et leurs créations, mais aussi, promouvoir la nouvelle garde esthétique, et en particulier, la musique de Claude Debussy.  

Pour Ravel, alors âgé de 27 ans au moment de la création du groupe, ces réunions sont l’occasion de tester la réception de ses œuvres : « Un soir, Maurice Ravel nous fit entendre, en première audition, dans un silence tendu comme un complot, la Pavane pour une infante défunte et les Jeux d’eau. L’ironie, la couleur et la nouveauté de ces morceaux furent une révélation. » se souvient Léon-Paul Fargue dans son portrait fait au compositeur, Maurice Ravel.  
 
C’est aussi l’occasion de flairer les bons airs, puisant secrètement dans les travaux de ses amis poètes pour en tirer des partitions clandestines : « A plusieurs reprises, et sans lui en dévoiler la raison, il demanda à Tristan Klingsor de lui déclamer haute voix trois poèmes de Schéhérazade, “Asie”, “La Flûte enchantée” et “L’indifférent”. En réalité, il se proposait de mettre en musique à l’insu de Klingsor ces trois délicieuses pièces, et désirait se pénétrer au préalable de leur rythme authentique et de leur juste accentuation […].” peut-on lire dans une citation rapportée par Lester James Pronger, auteur de La poésie de Tristan Klingsor. 

Ravel invente un personnage fictif !

C’est surtout l’opportunité pour Ravel de créer un véritable esprit de confrérie dans le groupe, avec ses valeurs – la défense et la promotion d’esthétiques musicales novatrices -, ses signes d’appartenance – le thème de la Symphonie n° 2 de Borodine sifflé dans les salles de concert et lors des rassemblements -, le groupe venant supporter et encourager les créations musicales jugées trop déroutantes par rapport aux standards de l’époque – comme ce fut le cas lors des représentations de l’opéra Pelléas et Mélisande de Debussy où l’on pouvait compter sur la présence des Apaches dans le public pour contrebalancer les huées et les moqueries de spectateurs mal intentionnés.  

 

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Une anecdote veut que ce soit à cette même période que Ravel inventa un personnage fictif, un certain Gomez de Riquet, qui lui servit de prétexte pour prendre la poudre d’escampette lorsqu’il se retrouvait coincé dans une situation qui lui déplaisait, ou pour reprendre l’expression de Jean Echenoz dans Maurice Ravel, surface de la miniature : « quand il rencontrait un fâcheux. » Un personnage fictif qui s’avérait être également… un membre officiel des Apaches !  

 Clément Serrano

 

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