Maurice Ravel est bien l’unique auteur du Boléro a jugé le tribunal judiciaire de Nanterre qui devait trancher ce vendredi, dans le cadre de l’affaire des droits d’auteur liés à l’une des pièces de musique classique les plus diffusées au monde. Par cette décision le célèbre morceau, tombé dans le domaine public en 2016, reste libre de droits.
L’enjeu était de taille dans cette procédure qui opposait la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) et les ayants droits de Maurice Ravel. Ces derniers arguant que le peintre et décorateur russe Alexandre (Nikolaïevitch) Benois était co-auteur du Boléro, dont les droits d’auteur étaient tombés dans le domaine public en 2016, alors que, selon eux, ils devraient être protégés jusqu’au 1er mai 2039, Alexandre Benois étant décédé en 1960.
Lors de l’audience du 14 février, les ayants droit de Maurice Ravel avaient argué que refuser de reconnaître leur aïeul comme coauteur de ce succès planétaire n’est pas un droit que la Sacem peut s’arroger. Ils estiment que le Boléro est une « œuvre de collaboration » avec le décorateur russe, justifications historiques à l’appui. Ils ont notamment fait référence à la mention du nom de Benois sur l’argument de 2 ballets représentés le soir de la première de l’œuvre de Maurice Ravel à l’Opéra Garnier en 1928.
Les ayant droits de Maurice Ravel vont faire appel du jugement
Mais le tribunal judiciaire a donné raison à la Sacem dont l’avocate, Me Josée-Andrée Bénazéraf, avait estimé que « reconnaître le co-autorat de l’œuvre aurait impliqué de devoir déchirer le bulletin de déclaration de 1929 signé par Maurice Ravel qui s’y désignait comme seul auteur du Boléro pour le remplacer, (ce qui) porte atteinte au droit moral (du compositeur) qui s’est toujours considéré comme seul auteur ». La thèse d’une autre coautrice lésée, la chorégraphe Bronislava Nijinska, a également été écartée par ce jugement, l’artiste n’ayant, selon le jugement, « jamais figuré sur la documentation du Boléro comme coauteur ».
Interrogé par radio Classique juste après la décision du tribunal, Manuel Cornejo, président-fondateur de l’association des Amis de Maurice Ravel, déclare éprouver une « grande joie ». Pour le chercheur et musicographe « Au nom de la vérité historique il n’était pas possible que la mémoire de Maurice Ravel soit salie, surtout pour des raisons qui n’étaient absolument pas artistiques. On ne réécrit pas l’histoire ! ».
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Le Boléro a été protégé pendant 78 ans et quatre mois: en France, les droits d’une œuvre tombent 70 ans après la mort de l’auteur (Maurice Ravel est mort en décembre 193è). Mais la loi prévoit des prorogations qui visent à compenser le manque à gagner des artistes français durant les deux guerres mondiales, ce qui portait la protection jusqu’au 1er mai 2016.
Si les droits générés ont représenté pendant longtemps des millions d’euros chaque années, les montants avaient sensiblement baissé mais atteignaient encore en moyenne 135.507 euros par an entre 2011 et 2016. Les plaignants (ayants droit) avaient annoncé qu’il feraient appel s’ils étaient déboutés en 1ère instance.
Philippe Gault (avec AFP)
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