« C’est peut-être le sauveur de l’humanité » : le professeur Raoult déchaîne les passions – La Revue de Presse de David Abiker

La chloroquine et son défenseur le plus médiatique, le professeur Didier Raoult, font la Une de nombreux journaux ce mardi 24 mars. Le médecin, qui n’a pas toujours eu « un look bohème« , et son médicament suscitent beaucoup d’espoir, mais aussi des craintes de pénuries et de contrefaçons.

 

L’écorce d’arbre à la base la chloroquine est utilisée depuis le 17e siècle

La photo du Pr. Didier Raoult est à la Une de Libération ce matin. Un énorme portrait de l’infectiologue au look de chanteur de hard-rock fait la 1ère page, avec cette question : « La Chloroquine, espoir ou mirage ? ». Le Figaro s’interroge sur la personnalité même de Didier Raoult, « génie incompris ou faux prophète ? » Ouest France titre quant à lui sur le médicament qu’il met en avant, la chloroquine.

 

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Même angle pour Le Parisien-Aujourd’hui en France, qui détaille ce qu’il faut savoir sur ce traitement, après l’annonce hier par le gouvernement d’y recourir pour les patients atteints d’une forme grave de coronavirus. Ouest France explique de son côté ce qu’est la chloroquine, un des substituts de la quinine, substance extraite de l’écorce d’un arbre péruvien, le « Cinchona officinalis », que l’on utilise contre le paludisme depuis le 17e siècle.

 

Le professeur Raoult a l’origine d’un « double emballement« 

Pour ce qui est des essais cliniques, on utilise l’hydroxychloroquine, commercialisée en France par Sanofi et popularisée depuis le mois de février par le Pr. Didier Raoult. Cette fameuse molécule fait l’objet de convoitises internationales. Le Maroc a fait des stocks, alors que l’on signale des contrefaçons venues du Nigéria, d’Inde ou de Chine. Chez nous, c’est déjà la crainte de pénuries, explique Le Parisien-Aujourd’hui en France. 

 

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Une pénurie, qui se double d’une sorte d’emballement dangereux. D’un côté, se trouvent les autorités de santé qui expliquent qu’il faut la prescrire à des patients atteints de formes graves. De l’autre, à Marseille, se masse devant l’Institut hospitalo-universitaire une foule de gens qui viennent se faire tester et auxquels on propose, s’ils sont positifs et quelque soit la gravité de leurs symptômes, le fameux traitement du Pr. Raoult à base de chroloquine.

 

Un patient, qui présente tous les symptômes, testés négatif au coronavirus

Le Parisien-Aujourd’hui en France décrit une queue de plusieurs heures devant cet hôpital marseillais. Dans la file d’attente se trouvait notamment Rose, inquiète pour son fils de 7 ans, qui expliquait : « Je fais confiance au Pr. Raoult. C’est peut-être le sauveur de l’humanité. De toutes façons, quand on est dans un bateau qui coule, on s’accroche à tout ce qui passe ».

 

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Quand vous lisez les témoignages dans la presse et que vous regardez ce qui se dit sur internet, vous découvrez que la chloroquine est devenu l’espoir, le médicament qu’il faut essayer, faute de mieux. On en arrive à des situations un peu folles, avec ce patient de 48 ans interrogé sur France 3 et qui déclare tous les symptômes du coronavirus. Il est traité au CHU d’Amiens. On lui fait un test et on a appris hier qu’il était en fait négatif.

 

Le professeur Didier Raoult n’a pas toujours eu « ce look bohème« 

Cet emballement autour de la chloroquine, on le doit au Pr. Raoult et à sa façon de s’exprimer, à la très haute opinion qu’il a de lui-même, à ses règlements de compte avec Paris… Mais il faut lire son portrait ce matin dans Le Figaro, qui décrit le parcours difficile de ce bosseur, mégalo mais brillant. « Il est né à Dakar au Sénégal, son père était médecin militaire, sa mère infirmière. Il s’est engagé très tôt dans la marine, a passé un bac littéraire en candidat libre, puis a entrepris des études (brillantes!) de médecine. Il est marié à une médecin psychiatre, père de trois grands enfants », explique Le Figaro.

 

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« Ce qu’il a aujourd’hui, il ne le doit qu’à lui-même. Il n’est pas né coiffé, il a dû ramer. Il se comporte comme quelqu’un qui a souffert, qui s’est construit tout seul », indique un médecin qui l’a connu jeune et qui s’interroge sur la transformation de son apparence physique. Car ce grand gaillard, « plutôt beau mec à l’époque », n’a pas toujours eu ce look bohème.

 

David Abiker