Bal de l’Opéra de Vienne : pour la première fois, deux femmes danseront ensemble

Jeudi soir, dans la capitale autrichienne, deux amies qui avaient fait un pari seront alignées parmi les couples triés sur le volet pour le grand bal de l’opéra de Vienne, l’événement dansant de l’année.

Le pari de deux amies, complices depuis le lycée

Le Bal de l’Opera, ce sera robe longue pour Iris et frac noir pour Sophie, premier couple de même sexe choisi pour ouvrir le prestigieux rendez-vous viennois. « C’est le bal des bals et nous nous sommes dit – imaginons qu’on envoie une candidature ? », raconte Iris Klopfer, arrivée à Vienne avec sa partenaire, Sophie Grau, pour les répétitions précédant le grand soir. Originaires d’Allemagne, les étudiantes de 22 et 21 ans sont complices depuis leurs années lycée mais ne sont en couple que sur les parquets de danse et pas dans la vie.

 

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Amatrice de bals, Iris a entraîné son amie dans la sélection drastique à laquelle sont soumis les aspirants débutants et débutantes, ces passionnés de valses, de polonaises, de quadrilles qui ouvrent, dans une chorégraphie parfaitement réglée, les nombreux bals qui se tiennent à Vienne chaque hiver. « Ce que nous voulions au départ, c’est juste danser ici, rien de plus« , explique Sophie Grau, cheveux courts et lunettes à monture sombre. Mais les deux élues souhaitent dire aussi « que ce que tu as dans le pantalon importe peu, pas plus que le corps dans lequel tu es né ».

 

L’une portera un frac noir et l’autre une robe blanche

Les organisateurs du bal assurent n’avoir accordé aucun passe-droit aux jeunes femmes, ni modifié les critères de sélection qui incluent une parfaite maîtrise de la valse à gauche, dite « valse viennoise », avec son redoutable croisé de jambe. Au grand soulagement de Maria Großbauer, ordonnatrice de la soirée, Iris et Sophie « ont elles-mêmes souhaité qu’une des dames porte un frac noir et que l’autre dame porte une robe blanche » [et le diadème créé par Christian Lacroix, NDLR], code vestimentaire indispensable à l’harmonie visuelle de la chorégraphie exécutée par les 144 couples. Pour le reste, Mme Großbauer dit « se réjouir » d’une brise de modernité, somme toute évidente à ses yeux : « Nous sommes en 2020. Elles sont les bienvenues, comme tous les couples le sont ».

 

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Dominique Meyer y voit un message clair contre l’homophobie 

Une évolution « totalement normale » aussi pour le directeur de l’Opéra Dominique Meyer, qui organise son 10e et dernier bal avant de rejoindre la Scala de Milan, et qui voit dans la participation de ce couple de danseuses « un message clair contre l’homophobie ». Radieuses lors des répétitions, parfaitement à l’aise parmi les autres débutants et débutantes venus de 11 pays, le duo questionne aussi les rapports traditionnellement établis entre partenaires dans les danses de salon. « Je sais guider, elle sait guider », observe Iris Klopfer. « Tout le monde peut apprendre à guider et toute le monde peut apprendre à se laisser guider« , ajoute Sophie Grau. « L’important, c’est le plaisir qu’on éprouve à danser ensemble ». Reine de la nuit, c’est le thème choisi pour le Bal de l’Opéra 2020. Inspiré de « La flûte enchantée » de Mozart, il va comme un gant aux deux têtes d’affiche de l’édition. Plus de 450 bals se tiennent à Vienne chaque hiver, déclinaison locale des festivités de carnaval, dont la tradition remonte au 19e siècle.

 

Philippe Gault (avec AFP)

 

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